‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 14 sur 69 · Ce régime était, il est vrai, extrêmement rigoureux · texte numérisé non relu

Ce régime était, il est vrai, extrêmement rigoureux

« Le sort des ouvriers est devenu tellement déplorable, écrit .Sismondi en 1838, à propos des ouvriers employés dans les manufactures de coton, les privations auxquelles ils sont soumis, la destruction de leur santé, la corruption de leur moralité, le sacrifice de leurs enfants présentent une telle complication de souffrances que nous répugnons à en présenter ici le tableau... » Le même auteur rapporte encore cette lugubre adresse des ouvriers de fabriques en bas de Nottingham : « Après avoir travaillé de quatorze à seize heures par jour, nous gagnons seulement de quatre à cinq shillings par semaine... Nous déclarons de la manière la plus solennelle que, pendant ces derniers dix-huit mois, nous avons à peine connu ce que c’est d’être affranchi de la souffrance de la faim. >» Ce qu’il y a de particulièrement épouvantable, c’est que parmi ces pauvres êtres, les femmes et les enfants sont en très grande majorité. Suivant Lord Ashley, ils repré~

Aussi ne faut-il pas s'étonner si bien des gens s’alarmèrent de pareils changements, et John Bright se fit leur interprète au Parlement, quand il s’écria :

« La proposition est contraire à l’intérêt du pays, — contraire à tous les principes d’une saine législation ; — elle est la mise en pratique d’une utopie au détriment des travailleurs. Cette réforme est préconisée par des hommes qui n’ont aucune connaissance de l’organisation industrielle. C’est une des plus mauvaises propositions qu’on ait jamais présentées au Parlement, et si le projet est adopté, les besoins de l’industrie et les prières des ouvriers eux-mêmes et des patrons obligeront le Parlement à retirer la loi votée. »

D’autres adversaires du Bill affirmaient que la réduction des heures de travail entraînerait nécessairement une diminution de la production, et dès lors, ou bien l’industrie anglaise se verrait obligée, pour ne pas disparaître, de réduire le salaire des ouvriers, ou bien, suivant l’opinion de Hume, elle serait hors d’état de lutter contre la concurrence étrangère.

« L’expérience devait une fois de plus démontrer, ajoute M. le professeur Raoul Ja}^ qui rapporte

senteraient 77 0/0 de la population de ces manufactures. Il y avait notamment 112. 192 jeunes filles au-dessous de 18 ans. alors que le nombre des adultes n’atteignait que 70.569. (Voir Ansiaux : Heures de travail et salaires, et V’on Schulze- Cavernitz : ZuJii socialen Frieden).

cet exemple, la vérité de la divine parole, qua ceux qui cherchent le royaume de Dieu et sa justice, tout le reste est donné par surcroît. Les années qui suivirent la promulgation de la loi de 1850 furent, pour l’industrie textile anglaise, des années d’éclatante prospérité » (1).

La progression considérable des exportations, vers cette époque, le prouve d’une façon péremptoire.

Les exportations anglaises étaient :

En 1840, de 695 millions de livres sterling.

— 1850, de 1.068,1 — —

— 1855, de 1.557,9 — —

— 1860, de 2.777,1 — —

Dans les cinq années qui suivirent 1850, les exportations s'accrurent beaucoup plus que dans les dix années précédentes.

En ce qui concerne spécialement les cotonnades, qui auraient dù être particulièrement affectées, à cause de la grande quantité de main-d’œuvre féminine qu’elles comportaient, les résultats furent très remarquables.

Les exportations de cette nature passèrent,

de 1.000 millions de yards en 1850 à 2.000 — — 1860.

C’était donc une victoire complète pour la pro-

1. — Raou Jay ; La protection légale des travailleurs. Paris ^ Larose ôdit., 1904, p. 143.

tection légale du travail dans un pays qui est pourtant la patrie classique du laisser-faire (1).

La loi allemande du juin 1891 apportait, elle aussi, une limitation importante au travail des femmes.

La journée maximum était de 11 heures les jours ordinaires, et de 10 heures les veilles de dimanches et de fêtes ; elle était interrompue par un repos de une heure ou une heure et demie et, les veilles de dimanches et de fêtes, le travail était arrêté à 5 heures 1/2 du soir. En outre, le travail de nuit des femmes était interdit (2).

J. — Les résultats étaient si évidents qu’on dut s’incliner. Pour s'en rendre compte, il suffit de lire les débats parlementaires qui précédèrent le vote de Tact de 1874. Les effets bienfaisants de Tact de 1850 ne sont plus mis en doute.

A la Chambre des Communes, M. Baxter, faisant allusion aux appréhensions qui s’étaient manifestées alors, disait: « Ces terribles calamités ne se sont point abattues sur ce pays ; qu'est-il arrivé? Nous avons eu une série d’années de prospérité manufacturière presque sans précédent, et la richesse s’est répandue dans ce pays d’une façon dont son histoire ne lui offrait pas d’exemple, »

M. Hermon disait aussi : « Le Bill des soixante heures rencontra une violente opposition, mais on peut dire aujourd’hui avec assurance qu’il n’y a pas de manufacturiers qui désireraient son abrogation. » (Chambre des Communes, séance du 11 juin 1874, 3* série, vol. 219, p. 1446.)

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