a faiblesse des femmes et l’insuffisance du temps
née 1892, première année de l’application de la loi, s’exprime ainsi :
« On est satisfait presque sans exception de la législation nouvelle. Il n’y a pas à constater de ralentissement dans la production et, en tous cas, il serait tout à fait hors de proportion avec la diminution de la durée du travail. De très rares patrons sont d’un autre avis. Au contraire, beaucoup de propriétaires de filatures et de tissages nous ont déclaré qu’ils accueilleraient avec plaisir la réduction légale de la journée de travail à 10 heures dans leurs industries. »
A Dusseldorf on était, il est vrai, moins enthousiaste au début, mais les patrons n’avaient cependant pas tardé à reconnaître que la réglementation nouvelle avait « ses bons côtés » (I).
En 1897, les inspecteurs d’Alsace-Lorraine rapportent que « dans les milieux industriels on a de plus en plus conscience que la réduction de la journée de travail dans de certaines limites ne lèse nullement les intérêts des industriels » (2).
dont elles disposaient pour soigner leurs enfants avaient amené une mortalité infantile considérable. A Augsbourg, de 1871 à 1873, les décès des nourrissons étaient de 65 0/0 dans la population des fabriques, ils n’étaient dans le reste de la population que de 48 0/0. A cette même époque, 66 0/0 de la population ouvrière étaient impropres au service militaire, tandis que, dans le reste de la population, 45 0/0 seulement des jeunes gens étaient mis en réforme. (Cité par Joseph Sarraute : Limitation légale de la durée du travail en Allemagne, p. 65).
Une telle législation, à en croire les conservateurs, devait amener les pires des calamités. Or, précisément à partir de ce moment, le commerce d’exportation de l'Allemagne a pris un essor que les nations voisines et rivales lui envient. La loi de 1891 a été si légère à l'industrie allemande que, de 1891 à 19CK), les exportations ont augmenté de 45 0/0 alors que, pendant cette période, celles de la France ne progressaient que de 15 0/0 et celles de l’Angleterre de 14 0 0 (1).
Les inspecteurs du travail qui ont surveillé de près l’exécution de la loi sont aussi très affirmatifs.
Le rapport du grand-duché de Bade pour l’an-
EXPORIWTIONS
1891 3.175 millions de marcks.
1891 .. .. 3.570 millions de francs.
309 millions deli vressterling.
1. — Rapport de l’inspecteur de Dusseldorf, 1892. (Cité par J. Sarraute : Limitation légale de la durée du travail en Allemagne, p. 195).
2. — Plusieurs années plus tard, l'inspecteur du ti'avail d’Hildesheim, qui avait pu se rendre compte du résultat de ces lois protectrices, écrivait :
« Il pourrait être tout au plus question d'une atteinte portée à quelques industries les plus arriérées. Là où on utilise des installations antiques qui travaillent à grands frais et où on ne peut soutenir la concurrence que par des
\"oici les chiffres ;
De l'Allemagne
De la France.. .
De l'Angleterre
Les chefs d’entreprise avaient déclaré au début qu’ils n’étaient pas les seuls à être gravement atteints par la loi, mais que les ouvriers eux aussi avaient à subir le fâcheux contre-coup de la législation nouvelle.
« Les ouvriers, d'après eux, manifestaient un vif mécontentement à la suite de la réduction des salaires. Seuls, ceux qui étaient dévoués de corps et d’àme à la démocratie socialiste supportaient sans se plaindre une loi dont ils approuvaient le principe. Quant aux femmes et aux adolescents, les industriels se disaient obligés d’en renvoyer une grande partie et leur sort n’en était que plus malheureux : ou ils perdaient toute occupation et ne pouvaient, dès lors, subvenir à leurs besoins, ou ils étaient refoulés dans l’industrie à domicile, plus rigoureuse et déprimante que la fabrique » (1).
Les rapports des inspecteurs du travail nous montrent au contraire que la classe ouvrière, dans son ensemble, n'a eu qu'à se féliciter de la réforme.
L’inspecteur de Mensalz cite le cas d’une filature
bas salaires, la diminution légale de la journée de travail amènera sans doute la fermeture d’établissements. Mais, à la longue, de semblables exploitations, même avec la journée de onze heures, ne pourront subsister et seront amenées à se transformer ou à se fermer. Ces établissements ne méritent aucune considération et ne doivent pas faire renoncer à la limitation légale à dix heures. » {Bulletin de l’Office du Travail, avril IbO't, p. 345).