‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 19 sur 69 · C. cit., p · texte numérisé non relu

C. cit., p

qui sont employées dans les magasins et sont obligées de fournir un travail aussi prolongé que celui des vendeurs. Quelle peut être la formation morale de ces malheureuses jeunes filles qui ne sont jamais au foyer paternel, ou de ces jeunes femmes qui désertent pendant la plus grande partie de leur vie le toit conjugal ? Il faut qu’elles soient bien avec tout le monde, surtout avec les chefs de rayons, et souvent ceux-ci se croient tout permis. Malheur alors à la pauvre créature qui, par pudeur ou par fierté, repousserait leurs amabilités plus que familières, elle deviendrait sans rémission la victime de leur despotisme; pour elle, dès lors, toutes les observations blessantes, toutes les corvées, toutes les fatigues. On mettrait tout en œuvre pour lui rendre la place impossible.

Que sera aussi leur santé? Toujours debout, piétinant du matin jusqu'au soir, n’osant se servir, pour ne pas être mal vues, des sièges que la loi oblige les patrons à mettre à leur disposition, elles éprouvent souvent des troubles de santé qu’elles ne peuvent guérir, faute d’une vie plus normale et plus saine. Leur teint exsangue, leur physionomie nerveuse manifestent le déséquilibre qui résulte de cette dangereuse profession.

Mais si la femme n’en meurt pas, l’enfant sera une victime toute indiquée d’avance pour succomber sous les attaques de la tuberculose qui le guette.

La mortalité prématurée est aussi très considérable chez les coiffeurs car, de 20 à 39 ans, elle

atteint plus de 43 0/0 de la mortalité de tous âges.

Le métier est fatigant, en effet (1) : la journée commence à 6 heures en été et à 7 heures en hiver, elle finit généralement à 9 heures du soir, mais les veilles de dimanches et de fêtes elle peut fort bien se prolonger jusqu’à onze heures ou minuit. La

1. — « En apparence, dit M. Bergeron dans le Bulletin de la Ligue sociale d'acheteurs (2<= trimestre 1905), le métier de coiffeur est peu pénible; en réalité, il est extrêmement fatigant et malsain. L’ouvrier se calfeutre dans une pièce mal aérée, à l’atmosphère viciée par les clients fumeurs. Certains jours, le travail comporte d’assez longs intervalles de repos. Certains autres jours au contraire, — par exemple les samedis et veilles de fête, — l’ouvTier coiffeur se livre à un véritable surmenage. Durant de longues heures, il faut rester debout, la poitrine légèrement courbée, dans le voisinage immédiat de clients atteints quelquefois d’affections désagréables ou même de maladies. Comment la santé ne subirait-elle pas le contre-coup de ce régime?

« Les inconvénients d’ordre moral ne sont pas moins sérieux. I.e coiffeur a généralement commencé son apprentissage de très bonne heure, dès 1.3 ou 14 ans, c’est-à-dire à un âge où il n’a reçu qu’une instruction rudimentaire. Il lui est interdit de la développer — son service l’occupant au moment où ont lieu les cours d’adultes, et les conférences de.s instituts et des universités populaires.

« La situation de l’ouvrier marié est plus pénible encore, r.e mari n’a même pas la satisfaction de prendre ses repas à la même table que sa femme. Etant donné la distance qui sépare le logis de l’atelier et le peu de temps dont il dispose, il est obligé, lorsqu’il n’est pas nourri par le patron, de s’adresser au restaurant. A son départ, le matin, l’enfant est encore au berceau; il y est déjà, le soir, à son retour. Ainsi, l’enfant grandit en l’absence du père. >>

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journée est donc de 14 ou 15 heures, et souvent aussi de 17 à 18 heures (1).

Dans les pharmacies, le travail dure aussi de 14 ou 15 heures, de 7 heures du matin à 9 heures ou 9 heures 12 du soir. L’attention la plus soutenue est cependant nécessaire dans cette profession, car la moindre étourderie pourrait avoir les pires conséquences pour la santé et pour la vie même des malades.

Il est encore toute une autre catégorie de travailleurs, qui se rattachent à un commerce exclusivement local, et dont la durée du travail, n’étant pas expressément réglementée par la loi, arrive à atteindre l’extrême limite de l’exploitation possible ; ce sont les travailleurs de V alimentation.

Il est douloureux de penser que ceux qui préparent notre alimentation de chaque jour sont obligés de subir de si dures conditions d’existence. Bien des personnes les ignorent, car si elles les connaissaient, il leur serait impossible de ne pas désirer ardemment la réalisation immédiate d’une rélorme qui depuis trop longtemps s’impose.

l. — Conseil supérieur du Travail, loc. cit., pp. 'l'i et 58. \’oir également une brochure publiée par l’Association catholique de la Jeunesse française ; Les conditinns de travail de la jeunesse ouvrière. Paris. 78, rue des Saints-Pères, p. 79.

Pour les boulangers, la journée, ou plutôt la nuictée est, en général, de 12 heures. « Bien souvent, lisons-nous dans l’enquête qui a été faite par l’Office du Travail en 1893, la besogne se prolonge

au delà de la limite, car la petite industrie ne con- |

naît pas la régularité de la grande industrie. » Il ;|

arrive fréquemment que « le premier aide, le geindre, est obligé de revenir de 3 à 4 heures pour .

préparer ses levains, et bien peu de patrons ont |

songé à se procurer cet auxiliaire bienfaisant, le fermentateur, qui n’enlève que le travail gênant et î

épuisant » (1).

On sait combien ce métier est rude, car il faut pétrir la pâte, la diviser, s’occuper des fournées dans l’atmosphère surchauffée d’un sous-sol, et les hommes sont obligés d’être moitié nus pour mieux résister à la température excessive qui règne dans les fournils. En sortant d’une pareille étuve, les refroidissements sont bien à craindre, et en réalité ils sont fréquents, d’autant plus que l’homme.

1. — Office du Travail ; La petite industrie: l’alimentation à Paris. — Paris, Berger et Levrault, éditeurs, 1893. —

Un certain nombre de syndicats patronaux de province reconnaissent que, en déduisant les repos, la durée de travail effectif est de 12 heures (Beaune, \'alence, Grenoble,

Dole, Mayenne), de 11 heures (Aurillac, Bordeaux), ou bien varie de 11 à 13 heures (Saint-Germain-en-Laye) ou de 10 à 14 (Amiens). Les syndicats ouvriers déclarent que la durée de travail est de 16 heures à Nîmes, de 13 à 16 heures à Montceau-les-Mines, de 12 à 16 heures à Saint-Quentin, de 14 heures à Paris, de 13 heures à Nantes, de 12 à 14 heures à Orléans, etc. {Ibid., p. 100 à 103.)

épuisé par toute une nuit de labeur (1), est dans l’état de réceptivité voulu pour contracter toutes les maladies. De plus, voulant lutter contre la fatigue et le sommeil, aussi bien que contre la soif ardente que provoque la chaleur suffocante, l’ouvrier boulanger se laisse aller fréquemment aux tentations de l'alcool pour se donner des forces, se réveiller et se désaltérer. Et ainsi un mal engendre un mal de plus.

Les bouchers, dont le travail est plus prolongé que celui des boulangers, se trouvent du moins dans des conditions de vie au grand air qui leur permettent de résister dans de meilleures conditions.

Le travail commence à 4 ou 5 heures du matin pour finir à 7 ou 7 heures et demie du soir : suivant les patrons, il durerait 12 ou 14 heures, et suivant les ouvriers, 16 à 18 heures. Un bon nombre de syndicats patronaux de province reconnaissent que le travail oscille entre 13 et 15 heures (2). Le travail est assez dur : il faut transporter des quartiers de viande, les disposer à l’étal, les débiter avec beaucoup de vigueur et d’agilité.

Les plus jeunes employés qui font les courses

1. — 11 est certain que le repos qui est pris le jour est moins réparateur que celui de la nuit. Par ailleurs, que peut être la vie de famille dans un intérieur dont le chef est absent la nuit et dort le jour ?

2. — Notamment les syndicats patronaux de Cherbourg, Saint-Etienne, Calais, Lyon, Nantes.

ont, en outre, à porter parfois des charges considérables. Si on en croit la Chambre syndicale ouvrière de la boucherie de Paris, « les chefs excitent les apprentis à porter de lourdes charges : l’apprenti de 14 et 15 ans, pour ne pas passer pour plus maladroit qu’un autre, porte sur la tête des charges de 30 et 35 kilogrammes. Dans les voitures à bras, les apprentis charrient des poids de 800 à 1.000 livres. Souvent le patron accompagne la voiture, mais se contente de regarder » (1).

Les conditions du travail dans la charcuterie se

1. — Conseil supérieur du Travail : L' alimentation à Paris, p. 70. — Cette déclaration se trouve confirmée par un rapport de police publié dans le même ouvrage (p. 140). En voici le texte exact :

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