‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 20 sur 69 · RAPPORT DE POLICE MUNICIPALE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE POLICE MUNICIPALE

Paris, le 8 mai 1901.

A 4 h. 50 hier soir, rue de Flandre, sur le pont du canal Saint-Denis, le gardien de la paix Gavériaux Charles a été informé par des passants que le jeune P..., âgé de 15 ans, garçon boucher, demeurant rue F..., n“ 11, chez ses parents, au service de M. B..., boucher étalier, demeurant rue B..., n“ 15, qui traînait une voiture à bras chargée de viande, appartenant à M. U. G..., loueur, demeurant rue du C..., n“ 5, était tombé sur la chaussée sous le poids de son chargement, rue de C..., déviant len® 34, et avait la jambe droite fracturée.

Ce gardien s’est rendu aussitôt sur les lieux et a demandé

une voiture d’ambulance dans laquelle le blessé a été transporté à l'hôpital Saint-Louis, où il a été admis salle Nélaton, lit provisoire.

\ erification faite sur la bascule de l’octroi aux abattoirs de la Villette, il résulte que le chargement traîné par le jeune P... pesait 450 kilogrammes, véhicule compris.

Pour copie certifiée conforme ; L’officier de paix,

Le préfet de police, Coston.

Lépine.

a été admis salle Nélaton,

ouvriers de meilleure heure : 5 heures en été, 6 heures, G heures 1/2 Thiver. Le soir, ils peuvent prolonger plus avant dans la nuit cette tâche, qu’aucune réglementation ne peut limiter, au fond de l’arrière-boutique. Le repos ne commence qu'à 9 heures 1/2, 10 heures, à l'époque de la presse, au mois de décembre surtout (préparation des saucissons), pas de halte avant minuit. »

La majeure partie des travailleurs de la boulangerie, de la boucherie et de la charcuterie sont des adultes, et généralement d'une santé robuste qui, seule, leur permet de résister à un pareil surmenage.

Il nous faut parler maintenant d'une profession pour laquelle l’excès de la durée de travail est particulièrement odieux, parce que, d’une part, elle occupe de tout jeunes enfants, et parce que, d’autre part, elle vit de notre gourmandise et de nos caprices. Il s'agit de \a. pâtisserie.

La déposition du délégué de la Chambre syndicale ouvrière des pâtissiers de la Seine, à l’enquête faite par le Conseil supérieur du Travail, est particulièrement significative : elle montre combien sont nombreux les enfants qui travaillent dans cette profession, et combien la tâche qu’on leur impose est au-dessus de leurs forces. « On charge les enfants comme des mulets, disait-il, on leur met des poids de 50, 60 et même 80 kilogrammes sur la tête. La mortalité moyenne dans notre métier est à 35 ans... Généralement, dans la pâtisserie, on fait 10 apprentis pour 2 ouvriers ; je connais des

rapprochent de celles que nous avons constatées dans la boucherie. Dans beaucoup de villes, les patrons eux-mêmes reconnaissent que le travail ne dure pas moins de 14 heures en hiver et de 15 heures en été (1). Les ouvriers affirment qu’ils ont 16, 18 et 20 heures de présence (2).

Cependant, ce métier, assure le rapport de l’Office du Travail, est plus pénible que celui des bouchers. « Autant le garçon boucher semble voué à la vie en plein air, à la discussion commerciale avec la clientèle, autant le garçon charcutier est prédestiné aux travaux obscurs, pénibles, dans le coin retiré de la cuisine, où son patron le confine avec soin.

« Ce sont des provinciaux en général, ces garçons charcutiers, et des provinciaux jeunes. Les patrons traitent les Parisiens de « révoltés ». Ils taxent les vieux ouvriers d’indisciplinables. Ce trait révèle le degré de souplesse que l'ouvrier doit ajouter à la plus forte dose possible de travail.

« Un point rapproche le régime de travail des deux professions voisines. Là aussi la vie au foyer, garantie d’obéissance facilitée d’ailleurs par le travail quotidien, reste la règle.

« Le logement, parfois la soupente, où deux garçons sont entassés par lit, permet d’éveiller les

1. — Notamment à Limoges, Amiens, Bar-le-Duc, Dijon, Troyes. — Conseil supérieur du Travail, loc. cit., p. 104.

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