CHAPITRE VIII
Vers la journée de huit heures.
La diminution des heures de travail et l’augmentation des salaires dans les uines. — Quelques applications de la journée de huit heures en France, en Angleterre, aux États- Unis. — La journée de huit heures généralisée en Australasie.
— Résultats au point de vue du salaire et de la prospérité économique.
Nous sommes loin d’être arrivés à réduire la durée du travail, en France, autant qu’il serait désirable et possible.
Nous venons d’exposer que le travail était moins prolongé en Allemagne et en Angleterre qu’il ne 1 était chez nous. Nous voudrions montrer maintenant que ceux des chefs d’entreprise qui n’ont pas attendu pour diminuer la journée d’y être contraints par les lois ou par les usages, n’ont généralement pas eu à se plaindre de leur initiative. En même temps qu'ils ont fait une bonne action, ils ont, dans bien des cas, réalisé une bonne affaire.
Voyons, en effet, ce qui s’est passé dans les mines françaises. Depuis une vingtaine d’années.
la durée du travail effectif n’a cessé de décroître, et pourtant les salaires mo}’'ens des ouvriers et les dividendes des actionnaires ont progressé d’une manière très remarquable.
Dans la Loire, par exemple, la durée du travail était de 9 heures 45 par jour en 1892 ; à partir de 1899, elle n’a plus été que de 9 heures, et cependant le salaire journalier moyen des mineurs, tant du fond que du jour, a passé, dans ce même laps de temps, de 4 fr. 18 à 4 fr. 40 ; en 1901, il a été de 4fr. 76(1).
Quant aux actionnaires, ils n’ont pas eu à se plaindre de ces modifications. Les actions de la Compagnie des mines de la Loire ont passé de 182 fr. 34 en 1897, à 289 francs en 1901 ; celles de Montrambert et la Béraudière, de 828 à 950 francs. Les dividendes de la Compagnie de Roche la Molière et Firminy étaient de 62 francs en 1897 et de 85 francs en 1901 ; ceux des Houillères de Saint- Etienne, de 18 et de 25 francs ; ceux des mines d’Albi, de 25 et de 50 francs.
1. — Voici qu’elles ont été les étapes successives de la réduction de la durée du travail dans la Loire :
De 1882 à 1888, durée du travail 10 heures.
De 1888 à 1897 — 9 h. 45.
De 1897 à 1899 — 9 h. 30.
De 1899 à 1902 — 9 heures.
Les salaires journaliers moyens ont augmenté de la manière suivante : 4 fr. 18 en 1892 ; 4 fr. 25 en 1895 ; 4 fr. 2\J en 1897 ; 4 fr 35 en 1898 ; 4 fr. 40 en 1899 ; 4 fr. 75 en 1900, et 4 fr. 70 en 1901. La progression a donc été constante.
Nous pourrions citer bien d’autres exemples
analogues, soit dans la Loire, soit dans le Nord :
qu il nous suffise d en signaler un pour cette dernière région.
Dans les mines d Anzin, la durée de présence des ouvriers au fond de la mine était de 10 h. 15 avant 1899. Depuis cette époque, et par étapes successives, la durée de présence a été réduite à 9 h. 18 à partir de 1901. Le salaire annuel moyen d'un ouvrier mineur était de 1,533 fr. 20 en 1898; il s’est élevé à 1,871 fr. 61 en 1901.
La légendaire prospérité de la mine d’Anzin n’a pas eu à subir de ce chef de trop lourds sacrifices, puisque le centième de denier (1), qui rapportait
2(X) francs en 1897, a donné un dividende de 290 francs en 1901 .
En présence d expériences aussi concluantes, nous avons de sérieuses raisons de penser que les Compagnies minières pourront supporter facilement la réduction de la durée du travail qui leur est imposée par la loi du 29 juin 1905 (2). Cette loi
1. — Le capital de cette Société avait été primitivement divisé en 2^ deniers. Ces deniers, ayant acquis une valeur trop considérable, ont été fractionnés en centièmes de
deniers, qui ont rapporté 70 francs en 1850, 140 francs en 1880 et 290 fr. en 1901.