Bulletin de VOtTice du Travail, mars 1904, p
« Au point de vue pécuniaire, lisons-nous dans le rapport, l’augmentation de l’effectif, forcément entramee par la réorganisation des services (suppression du travail aux pièces, arrondissement des salaires), a donné lieu a un surcroît de dépenses de :iîl.0()0 francs environ. Ce chiffre représente une augmentation de 2,4 0/0 du montant des salaires pa}^és, pour une diminution de 20 0/0 de la durée du travail, réduite de dix à huit heures. »
LTne augmentation d'un peu plus de 2 0/0 des salaires, qui permet de diminuer de 20 0/0 la durée du travail d’un nombre assez considérable d’our \ riers, n est-ce pas vraiment plus qu’on ne pouvait
espérer d une pareille expérience tentée dans de si fâcheuses conditions.
Le ministre du commerce ne s'y est pas trompé, et il a étendu bientôt cette mesure à plusieurs autres services dépendant de son département (i).
Au ministère de la guerre, la réduction à huit heures n a pu être opérée en une seule fois, mais la durée du travail a été ramenée de 10 à 9 heures. Un essai de la journée de huit heures avait été fait à
1. Après l’essai dont nous venons de parler, la journée de 8 heures fut décidée d’une façon définitive pour les ateliers du boulevard Brune, le 9 février 1901 ; pour les ouvriers des services d’installation et d’entretien des appareils téléphoniques de la région de Paris, le 1" mars 1901 ; pour le personnel ouvrier des équipes de la région de Paris, le 1" mai 1901; pour le personnel de l’atelier de force motrice de l’Hôtel des Postes, le 16 juillet 1901 ; pour l’atelier d’électricité du poste central, le 24 septembre 1901.
LA journf:e de huit heures
l’arsenal de Tarbes, mais les résultats n’avaient pas semblé suffisamment concluants, et c’est pour cette raison que le ministre, s'inspirant des conclusions de la commission d’étude des revendications du personnel civil des établissements militaires, borna momentanément la réforme, par un ordre daté du 20 février 1904, à réduire d’une heure la durée du travail (1).
A- — Après discussion, la Commission avait adopté les conclusions suivantes :
« La Commission estime qu’il est désirable que la journée de travail de l’ouvrier ne dépasse pas huit heures et qu’on doit s’efforcer d’arriver à ce résultat sans diminution dp salaire et sans diminution des rendements journaliers.
« Laissant de côté les mesures spéciales qui pourraient être prises dans certains établissements pour atténuer les effets du licenciement, la Commission ne conseillerait pas la réduction brusque de dix heures à huit heures parce qu elle craindrait qu elle n’ait pour effet ou de diminuer le salaire ou d’accroître les dépenses, le supplément d’effort de 1 ouvrier ne pouvant à son avis compenser entièrement, au moins dans la plupart des cas, une diminution de durée du travail de deux heures.
I « Au contraire, une diminution progressive et peut-être
J même rapide, permettrait de perfectionner l’outillage de
; telle manière que de plus forts rendements fussent possibles
à l’ouvrier et que la journée de huit heures fût réalisée sans I sacrifices sensibles pour le budget.
« En conséquence, la Commission est d’avis :
( » 1“ Qu il n’y a pas lieu d’adopter la réduction immédiate
et générale de la journée de travail à huit heures;
" 2o Qu’il y a lieu de procéder à des diminutions progressives dans le sens indiqué ci-de.ssus. »
Le ministre décida que, dans les neuf heures, seraient
La journée de huit heures a été définitivement introduite, le 7 janvier 1905, dans les arsenaux de la marine : nous ne nous arrêterons cependant pas à cette expérience, car étant donné la nonchalance et le désordre moral qui régnent en ce moment dans nos ports militaires, il serait difficile qu’un tel examen put aboutir à un résultat appréciable. Nous ne pouvons, en effet, étudier que des cas véritablement normaux (1).
Dans bien des pays étrangers, et même en Espagne (2), de nombreuses applications de la journée de huit heures ont été faites. Il nous est impossible de les indiquer toutes (3) : elles sont trop nom-
comprises 5 minutes à l’entrée et 5 minutes à la sortie pour les soins de propreté et d’hygiène. Un minimum de salaire, correspondant au salaire ancien devait être établi pour les ouvriers à la tâche. — Cette réforme concernait plus de 21.000 travailleurs.
1- — A peine cette mesure avait-elle été généralisée que le ministre d’alors, M. Pelletan, décida, le 22 août 1903, qu’il y avait lieu de renoncer définitivement aux travaux à la tâche. En fait, le travail effectif n’a pas été réduit à 8 heures, mais à 7 h. 1/2, et parfois à 7 heures (voir Rapport de M. Cuvinot, au Sénat, sur le budget de la Marine pour l’exercice 1905). D’ailleurs, il est certain que les ouvriers des arsenaux cherchent, pour la plupart, à donner le moins de travail possible dans le moins de temps possible, et les chefs directs sont impuissants à enrayer ce laisser-aller. Dans ces conditions l’expérience de la journée de 8 heures dans les arsenaux perdait sa valeur d’expérimentation.