En ce qui concerne l’intéressante expérience qui a été
breuses à l’heure actuelle, pour qu’il soit possible de connaître tous les établissements qui l’ont mise en pratique.
Nous ne citerons donc qu’un certain nombre d’exemples qui sont plus caractéristiques, ou qui ont été plus minutieusement étudiés que les autres.
Ce sont les ouvriers anglais qui, parmi les premiers, ont exprimé clairement leur revendication de la journée de 8 heures dans le refrain désormais célèbre :
Eigtit hours to work, eight hours to play, Eight hours to sleep, eight shillings a day
Huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de sommeil et huit shillings de salaire par Jour (10 fr.), tel était le programme dont il s’agissait d’assurer la réalisation.
D’ailleurs on pourrait dire que, en Angleterre, la journée de 8 heures n’est pas une nouveauté, elle constitue plutôt un retour à la tradition. A la fin du XVIII® siècle, la durée du travail dans les mines ne dépassait pas 7 à 8 heures par jour (1). Les ou-
faite dans les usines Zeiss, à léna, en Allemagne, consulter la brochure de A. de Morsier : La journée de 8 heures et le salariat industriel, p. 149.
1. — V^'oir Adam Smith : La Richesse des Nations. — Gabriel Jars : Metallurgische Reisen, 1, 320, et II, 438. — Arthur Young : Tour in North of England, II, 262. — Ce
vriers agricoles eux-mêmes, dont le travail est d’une nature telle qu’il semblerait nécessiter, à certains moments, un labeur particulièrement prolongé, bénéficiaient également des courtes journées : leur labeur n’excédait guère 7 à 8 heures, même en été (1).
dernier, qui avait visité des mines du Yorkshire, nous apprend que les mineurs, leur journée finie, avaient encore à leur disposition une moitié de la journée. Ils passaient leurs heures libres à paresser ou à festoyer dans les tavernes; mais le propriétaire de la mine les avait guéris de ces mauvaises habitudes en donnant à chacun un petit lot de terre. « Lors de la visite de Young, ils possédaient tous au moins trois acres et une vache, quelques-uns vingt acres, des chevaux et des vaches. Ils faisaient de la culture du sol leur récréation principale et ils étaient devenus de bons pères de famille, industrieux et prospères. » — John Rae. La Journée de 8 heures, Giard et Brière, ItlOO, p. 1.
1. — ..." Dans le comté de Bucks, par exemple, la journée commençait en été — de la Chandeleur à la Saint-Martin — à 7 heures du matin pour finir à 3 heures de l’après-midi, et en hiver de 8 heures à 3 heures. Ils devaient encore, évidemment, rentrer leurs chevaux, leur donner à manger et les panser. Dans le Bedfordshire, la journée allait en été de six heures, et en hiver de l’aube, jusqu’à 1 ou 2 heures de l’après-midi, avec une pause pour le repas de 10 heures, << l’heure du castor ». Dans le Warwickshire, la journée commençait à G heures en été pour finir à 2 heures, ou à 7 heures pour finir à 3 ; en hiver on travaillait environ G heures... Dans le Devonshire, les ouvriers allaient au travail à 8 heures du matin et rentraient à midi ; ils repartaient à 2 heures pour rentrer avant 6 heures. » — John Rae, loc. cit. — James Malcolm : Agriculture of Buckingham, 1794, p. 39, et Marshall ; Revieic of Reports of Board o/ Agriculture for Midland Department of England, p. 589.
( l A JOURNÉE DE HUIT HEURES
Quant à l'industrie, avant l’invasion du machinisme, elle n’avait pas été aussi féroce pour l'ouvrier qu’elle le fut dans la suite. La Commission d enquête de 1833 (Factories Commission) nous rapporte un exemple des plus frappants. 11 s'agissait d’un vieillard « qui avait travaillé au métier à bas pendant soixante-neuf ans. Cet homme déclare que lorsqu’il commença à travailler, en 1745, à l’âge de dix ans, les tricoteurs ne travaillaient jamais plus de dix heures par jour, cinq jours par semaine, et qu’ils consacraient le samedi à porter leur ouvrage à Nottingham, ou à jardiner, ou à ce qu’ils av^aient à faire; mais, plus tard, ils furent obligés de travailler douze heures par jour, et, dans
les dernières années, jusqu’à quatorze, quinze heures » (1).
Il n’est donc pas étonnant que le peuple anglais se soit montré, dans toutes les régions du monde où il s’est implanté, un ardent défenseur de la journée de 8 heures.
Le gouvernement britannique entra, lui aussi, résolument dans cette voie. Après une expérience qui fut jugée très satisfaisante, la journée de 8 heures lut accordée, en 1894, aux 43.090 ouvriers qui travaillent dans les établissements de l’Etat. Le Trésor n a pas eu à supporter des charges appréciables, et les ouvriers ont bénéficié d’une
1. — Jüha Rae : La journée de 8 heures, p. 4, et Marshall : Rural Economy of England, 1, 119.
réduction de travail variant de 2 heures à 5 h. 3/4 par semaine (1).
\ oici d’autres expériences qui ont été faites dans l industrie privée, et grâce à la précision des indications fournies, il est possible d’apprécier d’une façon très sûre les résultats obtenus.
1. — Il Les 18,041 ouvriers de la guerre étaient presque tous occupés dans les ateliers de Wolwich (ateliers de construction, arsenal, entretien, habillement, etc.); la réduction adoptée les fit bénéficier d'une diminution de 5 heures 3/» par semaine en moyenne.
Il T.’adoption de cette mesure devait, dans l’esprit de l’administration, assurer divers avantages ; économie de la perte de temps qu'entraîne la cessation et la reprise du travail à 1 heure du déjeuner (la journée commence après le déjeuner), plus grande exactitude dans l’arrivée, travail plus producti,' sans augmentation proportionnelle du coût de la production, économie de lumière et de combustible.
Il Ainsi qu’il ressort d’une récente communication, l’expérience a prouvé que ces espérances étaient fondées : actuellement, la production est tout aussi grande et n’est pas plus chère qu’avant l’adoption de la journée de huit heures. D’autre part, la plupart des ouvriers étant aux pièces, les salaires hebdomadaires n’ont pas sensiblement changé, bien que les tarifs n’aient pas été modifiés. Les ouvriers à la journée ont été augmentés de façon à gagner en 48 heures autant qu’en 54; il n’a pas été nécessaire d’embaucher des ouvriers supplémentaires.
Il Les 24,263 ouvriers de la marine étaient occupés dans les chantiers maritimes, les arsenaux et les dépôts d'approvisionnements ; ils bénéficièrent d’une réduction de 2 heures et demie par semaine. Dans les chantiers où l’on faisait jusque-là 50 heures et demie, la journée du samedi fut réduite de 1 heure et demie et se termine actuellement à
Le 1®' janvier 1892, la maison William Allan et C'*^, de Sunderland, réduisait de 58 heures à 48 heures le travail de chaque semaine (1). Elle proposa à ses ouvriers de consentir à une réduction de cinq pour cent sur leurs salaires, mais elle s’engageait à rétablir les salaires anciens après six mois, et à leur restituer le montant de la réduction si le coût de production n'avait pas augmenté et si la production était restée la même. Au bout de six mois, M. Allan constata que la production avait plutôt augmenté, il rétablit les anciens salaires et restitua la différence. « Si paradoxal que cela puisse paraître, disait-il, j’obtiens vraiment plus de travail qu’autrefois ; je suis très étonné de voir comment le travail avance, car j’ai pensé, comme tous les autres industriels, qu’il y aurait une dimi-
midi. Par contre, on a supprimé certaines tolérances et certains petits congés payés qui équivalaient, dans l’ensemble, à 1 heure de temps par semaine. Le coût de la production dans les chantiers de construction ne semble pas avoir augmenté depuis l’adoption de la journée de huit heures. On ne saurait d’aillejjrs établir exactement l’influence de cette mesure sans tenir compte de divers autres facteurs tels que l’amélioration du matériel mécanique et des moyens de transport dans les chantiers, l’adoption de nouvelles méthodes de travail et de l’augmentation de certaines catégories de salaires. Il est à noter toutefois que les salaires aux pièces n’ont pas changé. » (Bulletin de rOf'fîce du Travail^ août 1‘J05, p. 727.)
1. — Le travail journalier était réparti de la manière que voici : 4 jours par semaine on travaillait 8 heures S'i, U‘ cinquième 8 heures 1/2, et le samedi 4 heures 1/2.
nution correspondante dans la production » (1). M. Harrisson, son intendant, fut plus surpris encore d’obtenir ce résultat avec le travail mécanique aussi bien qu’avec le travail à la main. Voici ce qu’il expliquait lui-même : « Sous le régime de neuf heures, chaque machine produisait une certaine quantité de travail par jour. Si incroyable que cela puisse paraître, il est constant que cette même machine travaillant seulement pendant huit heures fournit la même production.» La raison qu’il en donne est très simple: «Les ouvriers gaspillent moins de temps et travaillent avec plus d’énergie » (2).
MM. Short frères, constructeurs de navires à Sunderland, après avoir expérimenté pendant cinq mois la semaine de 48 heures, écrivaient : « Nous avons le très grand plaisir de vous annoncer que notre attente a été dépassée. Nous payons maintenant beaucoup plus de salaires, et par conséquent la production a augmenté. Nous sommes maintenant convaincus qu’il est de l’intérêt de tous les industriels de notre spécialité, comme des ouvriers, d’adopter la journée de huit heures telle que nous l'avons organisée » (3).
Beaucoup de patrons ont été éclairés par ces expériences, et de plus en plus nombreux ils