‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 33 sur 69 · Newcastle Chronicle, 7 sept · texte numérisé non relu

Newcastle Chronicle, 7 sept

3. — Emile Vinck ; La réduction des heures de travail et la journée de huit heures. Lamertin, édit., Bruxelles.

adoptent cette durée du travail. De 1893 à ItKX), plus de 100.000 ouvriers ont obtenu la journée de huit heures, et il ny en eut pas 1.300 qui, après expérience, durent reprendre une durée de travail plus prolongée.

Bien des industriels ont fini par se rendre compte que, à ce point de vue, leurs intérêts étaient parfaitement conciliables avec la réalisation des revendications de leurs ouv’^riers.

Un industriel anglais (l), intéressé dans un grand nombre d’entreprises (industries du papier, du laiton, des munitions de guerre, etc.) et ayant sous ses ordres plus de 10. (MX) ouvriers, disait, dans une interview, à MM. Mantoux et Alfassa : « Ce n est pas par une résistance stupide aux demandes des ouvriers que les patrons peuvent réussir. Souvent, ce serait leur avantage d'accueillir ces demandes. Prenez, par exemple, la question des heures de travail. On nous dit, de tous côtés, que nos ouvriers ne font pas d'assez longues journées, et Cjue c'est une des raisons des progrès menaçants de l’industrie allemande. Mon expérience m’a conduit à une conclusion toute différente. Dans nos établissements, nous avons successiv’^ement réduit le nombre des heures de dix à neuf, puis à huit. J’ai remarqué depuis longtemps que la plupart des accidents, dans les ateliers, se produisent à la fin de la journée : or, si, après un certain nombre

1. — M. Arthur Chamberlain (Maison Smith et Chamberlain, Birmingham).

d'heures de travail, les mouvements de l’ouvrier, par suite de la fatigue qu'il éprouve, deviennent assez lents ou assez irréguliers pour donner heu a des accidents, à plus forte raison pouvons-nous en conclure que la qualité de son travail se détériore à mesure que le temps se prolonge. En fait, nos ouvriers travaillent tout autant en huit heures qu’ils travaillaient en dix ; leurs salaires, qui leur sont en général comptés aux pièces, n’ont pas été réduits. L’intensité du travail a augmenté à mesure que sa durée diminuait. Assurément, si les ouvriers pouvaient travailler neuf ou dix heures avec le même degré d’activité qu’ils ont atteint en ne travaillant que huit heures, la production serait supérieure. Nous pouvons l’obtenir, dans un cas urgent, pendant une semaine ou deux ; les ouvriers ayant bien l’habitude de travailler d’une certaine manière continuent à le faire pendant une heure de plus que leur temps habituel. Mais si 1 expérience se prolonge plus de quinze jours, l’intensité du travail tombe et revient à ce quelle était autrefois. Aussi, ce n’est pas ce procédé que nous employons quand nous avons un surcroît de besogne, des commandes pressées à exécuter. Nous faisons le contraire, nous raccourcissons encore les heures ou nous les coupons par des repos en assurant la continuité du travail par l’organisation d équipes qui viennent se relayer alternativement... De sorte que l’usine fonctionne pendant seize heures et les hommes pendant huit seulement, divisées en deux périodes de quatre. Pour organiser ce système

avec les ouvriers, nous sommes même allés plus loin. Comme la loi nous empêche de les faire travailler après huit heures du soir, le total est de quatorze heures au lieu de seize. Chacune des équipes ne travaille donc plus que sept heures par jour et je vous assure que les résultats sont excellents, tant au point de vue de la production qu au point de vue des salaires. » (1)

En Amérique, la diminution progressive des heures de travail se poursuit d’une façon ininterrompue.

Il V a lort longtemps que le principe de la durée de huit heures avait été introduit dans la législation des États-Unis. Dès 1868, le Congrès fédéral avait voté une loi fixant à huit heures la durée du travail journalier pour toutes les personnes employées à des travaux publics. Ce principe, placé en quelque sorte au frontispice de la législation (2), n’était pas

!• Mantoux et Alfassa : L.a crise du Trcide-Unionis))ie. p. 275.

2- La législation des États avait devancé sur ce point celle delà Confédération. Dès 1867,1e Connecticut et l’Illinois avaient décidé « que l’on considérerait comme journée légale, huit heures de travail accomplies le même jour, à moins dune con\ention contraire passée entre les parties >. (Bulletin de l’Office du Travail, mars lOOi, p. 241). Le principe de la journée de huit heures pour les journaliers t t

inutile pour rappeler les notions essentielles d’humanité, car, peu d’années auparavant, la durée normale du travail atteignait encore 13 heures par jour (1).

Pourtant, ce n’est que beaucoup plus tard, en 1886, qu’un grand mouvement se produisit en faveur de la journée de huit heures ; 200.000 hommes y prirent part, 50.000 obtinrent la journée de huit heures et beaucoup d’autres des réductions considérables. Cette manifestation était trop inopinée, l'industrie n’était pas assez préparée à ce changement pour qu’un pareil succès eût chance d'être définitif. En effet, quelques mois plus tard, bon nombre de patrons retirèrent les avantages qu’ils avaient accordés.

L’idée, cependant, avait cheminé lentement. L’Etat du Colorado avait procédé à une enquête qui avait fourni des renseignements intéressants. Un ouvrier, notamment, avait fait la déclaration suivante : « Quant à la journée de huit heures, disait-il, je pense que c’est un des mouvements les meilleurs qu’on puisse produire pour la classe ouvrière. J’ai travaillé huit, neuf, dix et même quatorze heures, et l’expérience m’enseigne que huit heures de travail suffisent entièrement à un homme. C’est

ouvriers employés par le Gouvernement ou pour son compte figure également dans les statuts des Etats-Unis révisés en 1878.

1. — E. Levasseur : La journée de huit heures aux États- Unis (Économiste français, 29 février 1896, p. 260).

une grande chose pour deux raisons : l’éducation et la santé. Travaillant huit heures, j’ai le temps d’être en famille et de m’occuper des choses qui l’intéressent, ce que je ne pouvais pas auparavant. Je gagne juste autant d’argent et même plus, et j’espère que mon salaire augmentera. Pour la santé, je fais des progrès merveilleux : quand je travaillais dix heures, je pesais 120 livres ; j'en pèse 145. La journée de dix heures, c'est pur esclavage et rien autre. » (1)

A l’heure actuelle, la journée de 8 heures est encore loin d’être générale aux Etats-Unis, mais d’excellents symptômes se manifestent qui font bien augurer de l’avenir : d’une part, les journées de 11 et 12 heures tendent à disparaître, et, d’autre part, les usines et chantiers dans lesquels le travail n’excède pas 48 heures par semaine, atteignent une proportion qui n’est pas négligeable : en 1904, 11 0/0 des ouvriers industriels travaillaient, en moyenne, moins de 8 heures par jour, et 39 0/0 moins de 9 heures environ (2).

D’ailleurs, les Etats de l’Union sont intervenus à maintes reprises pour favoriser l’adoption de la journée de 8 heures. Certains l’ont imposée pour tous les travaux publics exécutés par l’Etat et les communes ou pour leur compte: d’autres l'ont

rendue obligatoire pour quelques catégories d'industrie privée telles que les mines, les fonderies, les travaux d’irrigation, etc. : d’autres, enfin, ont décidé qu elle serait, à moins de stipulation contraire, la règle générale des conditions normales du travail pour tous les travailleurs ^1).

C’est en Australasie, autre pays anglo-saxon, que la journée de 8 heures s’est répandue avec le plus de succès.

« La semaine de travail, explique M. Albert Métin, qui a été faire sur place une enquête des plus instructives, est aujourd’hui presque universellement de quarante-huit à cinquante -deux heures, avec repos le samedi après-midi et le dimanche ; les employés de magasin ont à peu près les mêmes avantages avec l'après-midi de repos un autre jour que le samedi (le mercredi en général). Dans les journées ouvrables, le travail commence plus tard que chez nous, vers sept heures et demie du matin en moyenne, et se termine par le repas du soir entre cinq et six heures. Sous ce rapport, les ouvriers et employés australasiens sont les plus favorisés du monde » f2'l.

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