Loc. cit., p
La durée du travail fut donc ramenée de vingtcjuatre heures à douze heures. Encore les douze heures de présence ne comportaient qu’un travail effectif de dix heures : il y avait, en effet, deux poses d’une demi-heure, et une autre d’une heure, à midi ou à minuit.
Un travail plus intensif fut très difficile à obtenir des ouvriers (1) : le laisser-aller de l’ancien sj^stème leur semblait infiniment préférable.
1. — « Ces ouvriers, habitués à un travail interrompu par de fréquentes pauses, étaient accoutumés à conduire le grillage à leur guise, d’après l’expérience personnelle acquise par chacun d’eux... Tous ces ouvriers furent déroutés lorsqu’ils se trouvèrent en face de fours nouveaux ; leurs vieilles habitudes invétérées et l’indépendance dont ils avaient joui dans leur travail antérieur, les rendirent réfractaires à l’organisation nouvelle du travail, et ils ne purent se plier à la discipline imposée par les exigences d’un procédé nouveau... Les méthodes nouvelles decontrôle, qui avaient le malheur de se baser sur les données de la chimie, ne trouvèrent pas grâce aux yeux des ouvriers.
« Une autre cause de désaccord et non la moindre, résidait dans les aptitudes physiques des ouvriers employés. Coutumiers d'un travail essentiellement intermittent et produit par à-coups, habitués à de faibles rendements personnels, les ouvriers ne purent se soumettre à dépasser cette production, alors que, circonstance aggravante pour eux, les conditions de productivité étaient plus difficiles et soumises à une discipline technique plus sévère. En outre, les usines nouvelles entendaient faire une guerre sérieuse à l’alcool.
« A de très rares exceptions près, l’exode se produisit et a contagion de l’exemple fut tellement profonde que les ouv'riers grilleurs, devenus disponibles par la mise hors feu
successive des anciens fours Freiberg, refusèrent même d’essayer le travail nouveau, jugeant au-dessus de leurs forces de s’assouplir aux conditions nouvelles du travail, effrayés qu’ils étaient par les récits de leurs anciens compagnons de labeur. » (Fromont, loc. cit., pp. 37 et 38.)
Nous avons tenu à reproduire ce passage, un peu long sans doute, parce qu’il signale une série de difficultés auxquelles on est exposé à se heurter parfois, mais dont on peut venir heureusement à bout, ainsi que l’expérience l’a démontré.
1. — Le courage ne manquait pourtant pas à beaucoup d’ouvriers, mais bien plutôt la force. /’
« Pendant les chaleurs accablantes de l'été, écrit M. Fro |
Cependant avec cette méthode de travail on était arrivé à un rendement bien plus satisfaisant. Alors que, pendant le régime de la journée de vingt-quatre heures, l’ouvrier traitait, en douze heures, 583 kilos de blende, avec la nouvelle organisation, l’ouvrier parvenait à griller en douze heures 1.000 kilos de blende. Toutefois, et cette remarque est symptomatique, lorsqu’une équipe, pour assurer le roulement, se trouvait obligée de rester vingt-quatre heures de suite au travail, la production pour ces vingt-quatre heures ne dépassait pas 1.600 kilos, c’est-à-dire 800 kilos par douze heures.
Mais le travail exigé pendant ces douze heures (dix heures de trav^ail effectif) était encore excessif : on en v^oyait la preuve à la caisse de Secours mutuels, dont les exercices se clôturaient par des déficits grandissants dus à la fréquence des cas de maladie (1).
ANNEXES
La race était épuisée : elle n’était plus capable de fournir un travail intensif et prolongé.
On résolut donc d’essayer l’application de la journée de huit heures.
Trois brigades furent constituées, qui fournirent chacune huit heures de travail. Cette combinaison procurait aux ouvriers non seulement l’avantage d’une diminution très sensible de la journée de travail, mais encore le bénéfice, à deux brigades sur trois, du repos en famille pendant une bonne partie du dimanche (1).
Avec la journée de douze heures, l’ouvrier passait à l’usine 50 % de son temps, et fournissait un travail efiectif pendant 42 % du temps total.
Avec la journée de huit heures, l’ouvrier passait
mont, l’endurance des grilleurs faiblissait encore, au point de nécessiter la formation de brigades perm;mentes de secours qui aidaient ou relayaient les ouvriers affaiblis ou incapables de continuer leur travail. Le courage de nos hommes était pourtant bien grand, leur amour-propre même les poussait à essayer de faire autant et aussi bien que ce que, dans d’autres contrées et d’autres pays, d’autres ouvriers parv'enaient à produire. Combien de fois n’avonsnous pas dù intervenir par persuasion et par autorité, auprès de certains courageux pères de famille, pour leur imposer des congés qu’ils refusaient de prendre, quoi qu’ils fussent indemnisés de leur interruption de travail. » (Loc. cit., p. 48.)