L'ENDURCISSEMENT
L'intrigua bonapartiste s'assoupit, se réveille, s'éclipse encore, mais n'albdique pas. Un journal qu'elle commandite (1), des allées, venues, des mystères, des publications, qui se préparent, mille échos, des symptômes successifs, tout la révèle. Qu'on ne s'étonne donc pas que ceux qui connaissent l'homme et se rappellent comment, la France y a été prise, veillent et avertissent. C'est pourquoi nous avons dressé cet appel à toutes les
H) La Situation^ à Loqdres, nous a vivement attaqué. On a pu, voir notre réponse dans VÊcho français.
consciences dont la fière probité est prête à protester contre les abominations.
Ce n'est pas delà phraséologie ceci. Est-il un lecteur qui, en égarant la pensée de cette réflexion sur le personnage, ne trouve et n'avoue que c'est bien la physiononàie prise au daguerréotype de la conscience révoltée ? Alors s'est offerte à elle le miroir que réfléchit le lugubre tableau.
La vérité en fera l'arrêt de l'histoire.
Après la conspiration et le crime de sa guerre purement dynastique, on le sait, celui écrasé, détrôné et capftf offrait à son possesseur son opprobre comme garantie de sa soumission.
Cet homme ne semble pas se douter du poids qu'il a attaché à son fatal souvenir. — Par sa, faute, à cette heure, Paris, le charme du monde, le centre de tous les intérêts, est renfermé dans un cordon de souffrance, de mort, de perspectives qui terrifient les moins sensibles ; ce Versailles, le plus somptueux des palais où le grand roi semblait toujours attendu, consacré aux gloires de la France par Louis-Philippe, a pour protection la croix rouge désignant l'hôpital des blessés prussiens. Tout ce que le génie, la célébrité, l'héroïsme ont conçu y a son image dans les salles, livrées aux soldats de la rjade Poméranie, dont la
présence est insultante. — Dans ce temple de la magnificence, nos plus glorieux symboles se détachent au milieu des baïonnettes qu'ils ont annihilées si souvent.
L'hôte royal qui y était traité en ami, il y a quatre ans, va les occuper en vainqueur. Celui qui lui en faisait les honneurs , où est-il ? Captif dans un palais, il conspire encore, aux dépens du peuple qui lui a tout livré, et qu'il a dépouillé, trompé, exploité de toutes façons, qu'il a finalement conduit à une défaite qu'on doit à son incapacité. Cependant, lui, calomniateur de son armée, ne manquera point, par la voix gagée de ses émissaires, auprès des paysans , de mettre son propre méfait sur le compte de la trahison.
Le cjniisme qu'étale ce grand coupable peut indigner, non étonner. — C'est la série des fatalités qui s'appellent et s'engendrent.
Mais que Guillaume, M. de Bismark, que l'Allemagne savante , qui ont la passion des arts et des lettres, pris d'un vertige àe vengeance, de sang d'émulation dans la ruine, s'acharnent à la victime à eux livrée par un empereur de contrebande, on ne peut l'admettre. Ce serait la crucifixion dans une monstruosité.
Hélas ! est-ce qu'on estimerait qu'il n'y a pa» assez de sang versé, de deuils allemands et fran*» çais? Un cri d'angoisse, bientôt accusateur, s'élève de l'univers.
Nous l'avons dit après lord Castelreagh : Prusse, Russie, France, aucune nation n'abuse impunément. Si, comme le déclarait M""® de 'Staël à lord Byron : « Le monde est trop fort contre quelque individu que ce soit, // — l'Europe et l'opinion du juste, qui confondront les nationalités, ne sauraient être vaincues par la victoire, même la plus foudroyante. Le lendemain e^t à tous, il est à l'expiation, cette loi dont Dieu a fait la justice qui, dès ce monde, anticipe celle assurée de l'autre.
Quoi ! on pourrait songer à exercer sur un peuple cette violence, le plus honteux des outrages que l'esprit du mal peut rêver! Dieu ne laissera pas aboutir au but sacrilège.
Et ce serait pour cela qu'on forcerait une ville qui devrait être un palladium, sous la garde des nations dont elle était l'attrait hospitalier, à renouveler les scènes de Saragosse, à s'ensevelir comme Jérusalem ! Quoi ! tout à coup une sollicitude subite se serait glissée dans le cœur qui a voulu qu'on suivit la voie criminelle ! où Dieu l'a fait tomber. L'innocente victime frappée dans
l'honneur, ]a deatinée, la vie, la JGtrtun^ de ses enfants, profanée dans ses sanctuaires de gloire, pourrait être de nouveau la proie de l'aigle avide et imprévoyant !
Ah ! c'est de ce gouffre de désolation que Guillaume, le représentant du droit divin, ferait surgir pour le dénouement à son expédition d'Alexandre non un Darius, celui-là savait mourir, mais le mendiant d'une couronne soumise à sa loi!... Il viendrait par cette porte honteuse renouveler une domination qu'on peut abhorrer avec plus de raison que les traités de 1815 !
Il y aurait là pour Iç monde, non la morale en aetiou régalienne : ce serait l'explosion d'une indignation, à faire sauter en éclats les plus solides couronnes.
Il ne resterait plus aux nations soulevées, averties de ce que peut le machiavéîisme royal, qu'a suivre à tout prix les- étapes des doctrines si redoutables aux dynasties.
La conacienee humaine se détournerait d'elles. 'L'impérialisme n'était pas un abri, c'était le caveau mortuaire, l'arsenal où ce sombre conspirateur. Napoléon III, tramait contre l'Europe ; il y avait marqué la place des libertés et des vieilles dynasties.
Il a succombé après avoir fait de la France, si virile et si glorieuse, la Niobé des nations. Il est tombé jouet de lui-même. Au lieu de demander la gloire à la yérité, à la vertu, il a voulu emprunter le triomphe à la ruse. Mais les faveurs de la fortune, moins capricieuse qu'on le suppose, ne s'ouvre qu'au génie qui sait la fixer.
Napoléon III a trouvé sa punition dans le destin mênie auquel il a marché, sans nul souci des lois divines et humaines dont il faisait la litière de la route. — Ici se rencontre la justice providentielle qui a mis son sceau indélébile sur l'anathème des hommes.
L'histoire du monde offrit-elle jamais un plus grand erudimini dans le plus dramatique des résultats ?
L'héritier du grand Frédéric, de cette race militaire que Napoléon P"" semblait avoir éclipsée à jamais, est à Versailles. Lui et son fils ont placé leur quartier général dans ce séjour du roi qui justifiait sa devise : Nec plwribus impar.
C'est devant la splendide statue de Louis XIV que Fritz distribue ses récompenses à ceux qui l'ont amené là.
Souvenirs de notre gloire, est-ce assez de profanation! Le Prométhée qui prétendait lui ap-
porter un éclat nouveau n'a su que ternir Tancien. — Son progrès à lui, c'était la défaite avec tousvses maux.
L'héritier de Napoléon le Grand, à cette hauteur où il^ semblait que nul autre ne pût atteindre, l'héritier de ce conquérant dont l'ombre rendit la France aussi folle qu'imprévoyante, eh bien ! cet empereur défaillant à son nom, à sa famille, à son peuple, à tout, est prisonnier à Wilhelmshœhe. Aux lueurs sinistres qui s'échappent d'une carrière, qui devait avoir un pareil et un si tragique dénouement, l'histoire rougira d'écrire le nom qui a ébloui le commencement du siècle. Il laisse bien loin derrière lui les plus fatals, celui qu'on appellera désormais : L'homme de Sedan,
UN RAPPIIOCHEMENT HISTORiaUE