PAS D'ILLUSION
La science de la guerre consiste à ce que les moyens se trouvent toujours en rapport avec le but. — Il faut des forces suffisantes pour tenir la défensive; il faut des forces submergeantes pour Tattaque, de manière à briser toute résistance. — Voilà le système amené par Moltke à ses conséquences mathématiques.
Quels moyens a la France livrée sans défense par son empereur? La démoralisation créée par lui est tout à la fois politique et militaire.
Le second Empire n'était qu'une fantasmagorie enluminée d'artifices. L'Empereur était le
dieu devant lequel il n'y avait ni droit ni mérite. Il a altéré le fort esprit de Tarmée, comme toutes les forces vives qui sont l'essence d'un . gouvernement.
D'un autre côté, le socialisme, par ses idées fausses,, ses utopies, sans tenir compte du milieu , de l'organisation établie, est v«nu tout mettre en question. L'armée en a senti le contre-coup. On ne s'en doutait pas, quand le plébiscite vint sillonner l'abîme d'un éclair précurseur. Toujours est-il que les apôtres de Belleville, qui se sont tant occupés du soldat, l'ont embrouillé dai\s un labyrinthe de doctrines hybrides. Tour à tour l'individu se trouvait juge suprême des institutions dont il devait faire litière, ou être réduit à l'état d'une machine subordonnée à suivre une impulsion collective. Il en est résulté cette confusion, métempsycose latente dont la guerre a révélé l'altération. Le soldat s'est trouvé désagrégé de ses chefs, par l'esprit nouveau. Lprsqu'au jour du sacrifice du sang, qui fait de la foi à sa cause, de la confiance au commandement les conditioRS vitales du succès, il s'est senti défaillir en trouvant à sa tête des favoris empanachés, étrangers à leur métier, même sans la pudeur de leurs hauts grades.
L'autorité incontestée du commandement est donc une des premières conditions de la victoire- L'histoire en a témoigné toujours, la Prusse en est la preuve irrécusable aujourd'hui.
Dans cette situation, il faut envisager la réalité. — Laissons Tétat de la FranXse, si tourmentée par des partis divers, où des folies, se constituant à part dans de grands centres, comme Lyon, Marseille, Toulouse, Limoges, ne peuvent que faire beaucoup de mal, en détournant ce qu'il serait plus patriotique de reporter à la défense nationale.
Est-ce que la destinée de la République exigerait que la France parcourût les stations de ce sanglant Calvaire? La pensée chrétienne et sociale d'arrêter ce flot de douleur doit confédérer tous les peuples.
Paris, fier, inébranlable, prêt à tous les sacrifice», est un des plus émouvants spectacles dj^ l'histoire. Seulement, en présence de cette organisation allemande formidable, de ses grandes ar<mées disposées de manière a rétrécir et à fermer, chaque jour, le cercle des assistances, Paris apparaît comme la grande victime d'une série de fautes, dont la République n'avait pas la respon^ sabilité. Malheureusement sa ligne de conduite n'a fait que compliquer la situation.
M. de Bismark, lui-même, doit sentir trébucher l'idée du 'bombardement ou de la famine dans rhcHrreur de Toutragé. — Il ne le commet pas seulement contre la France:^ mais contre la Rome de la civilisation moderne. C'est le centre où tout jconverge, c'est la constellation dont l'attraction entraîne les autres peuples dans son orbite.
C'est pourquoi, nous ne saurions assez le répéter, l'intervention des puissances spectatrices émues seule est capable de trancher le nœud gordien, oeuvre de la politique embrouillée de Napoléon III. La France, la Prusse peuvent et doivent accepter cet arbitrage amiable, tout officieux, de manière à cef que l'humanité trouve sa satisfaction plénière dans la part faite aux circonstances.
Les neutres sont appelés à être les agents actifs du retour de la paix. Les motifs d'ambition, les adages vulgaires, ne sauraient réclatner crédit et cours, en face de cette grande boucherie d'hommes, qui stupéfie les contemporains, en attendant qu'elle courrouce l'histoire.
Le gouvernement provisoire est sûr que la représentation convoquée plus tard ne cassera pas l'œuvre humanitaire des arbitres. La Prusse a une garantie, la meilleure de toutes : c'est que Sedan et tous les désastres qu'il a amenés ont
mis le bâillon pour un siècle sur le parti de la guerre. Elle est discréditée par l'indignation qui a marqué, à tout jamais, du signe néfaste, — la race et le front de l'homme de Sedan (1).
(i) Au^ moment où Ton réimprime ces considérations et voeux, tombe rémouvante nouvelle que M. Thiers est rappelé et que les négociations sont rompues. Quel noir horizon de désastres et de sang!