‹ La journée de SedanChapitre 28 sur 33 · IT · texte numérisé non relu

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OU notre droite était établie et en parfaite communication avec le centre et la gauche de notre armée..

N'aurions-nous pas réussi à repousser cette fraction de l'aile gauche ennemie, chose assez improbable, vu notre supériorité numérique du moment, les bois qui se trouvaient derrière nous nous offraient non-seulement un abri , mais une voie de retraite assurée, grâce aux nombreux et excellents chemins vicinaux et forestiers qui les traversent.

La droite de Farmée ennemie, venant nous attaquer du côté d'IUy, était également loin de se trouver dans des conditions favorables.

Pour nous aborder à lUy et Fleigneux, elle était obligée, une fois la route de Bouillon franchie, de s'engager dans la gorge de la Haute-Givonne (Lamont et usine Chalamont). Séparée de son centre, que le canon de Sedan tenait immobile, forcée de nous présenter le flanc le long de la crête entre lUy et Givonne, exposée dans le ravin, qui est presque en ligne droite, à un feu d'enfilade, elle eût été repoussée trèsprobablement. En tout cas, ainsi que nous l'avons déjà dit, il nous restait les bois comme dernière voie de salut.

Telles étaient les chances possibles dans le cas où l'on aurait occupé la position d'IUy ; mais rester à Sedan, c'était s'enfermer au centre de la circonférence que l'ennemi devait décrire, sans espoir possible d'en sortir si on la laissait se fermer entièrement.

Aussi fût-ce avec un véritable désespoir que le gé- Le générai néral, se conformant aux ordres du maréchal, rétro- ^^^^^^ ''^tro-

T ^ , grade sur Se-

grada sur Sedan. * dan.

€ J'entrevoyais si biea ]e dangjBr^ dît-il dans une

> lettre adressée à ua de ses amis, que |e n'obéis

> qu'avec rageur >

La, route de Givonne à Bazeilles étant horriblenouent encombrée, les dernières troupes <du 1*' corps n'arrivèrent qu'à onze heures et demie par une nuit obficure. Très-inquiet, profondément anxieux, le général Ducrotj après avoir visité ses bivouacs, s'allongea à terre prèS' d'un fea du 1" zouaves et attendit le jour.

Deseriptioû Le champ de bataille sur lequel allait se décider le du champ de g^j»^ ^^ notre pavs est compris entre le ruisseau de

bataille de Se- ^ "^ '^

dan. Floing, la rive droite de la Meuse et le ruisseau de Gi-

vonne, sorte jlo vaste triangle rectangle dont le ravin de Givonne représenterait l'hypothénuse. Situé à peu près au milieu du côté formé par la Meuse, Sedan est dominé par les collines qui séparent le Floing et la Givonne. Css hauteurs, sans être aussi escarpées que celles qui se trouvent sur la rive gauche de la Meuse, sont plus coupées, plus mouvementées. Leurs sommets et leurs flancs sont couverts de bois, non pas de forêts entières, mais de bouquets de 20 à 30 arpents avec des clairières gazonnées sur les pentes. Le plus gros bois est celui de la Garenne ;. il occupe le point culminant (293 mètres) et court du Sud au Nord.

Aux abords de la ville, les murs de clôture^ les jardins, les haies, un certain nombre de maisons qui se relient à celles du Fond - de - Givonne, font de cette partie au sud du Vieux-Camp un véritable dédale. Défendu par quelques troupes solides, il serait

très-difficile de s'en rendre maître; mais, par contre, que des corps repousses et en désordre viennent y chercher un abri, il deviendra impossible de les rallier et de les reformer. 1

Les deux points culminants du cham{) de bataille sont situés, Fun directement au-dessus de Givonne (293 mètres) l'autre au calvaire d'IUy (276 mètres).

Du point coté 293 mètres, le terrain descend en pentes très-abruptes sur Givonne, Daigny et la Mon celle; il se relève de l'autre côté, se reliant par des pentes assez douces aux hauteurs de la Petite-Moncelle (233 mètres) d*où l'on domine entièrement la route de Bazeilles à Douzy.

Du calvaire dllly (276 mètres), le terrain va en s'abaissant sur Illy et Floing pour se rèlever par un mouvement de terrain assez accentué sur Fleigneux (264 mètres) et Saint-Menges (260 mètres).

Directement au-dessus de Sedan est situé le Vieux- Camp (262 mètres) ; il domine, au Sud, le Fond-de- Givonne et la Moncelle , au Nord-Ouest la hauteur de Cazal (215 mètres).

Dès quatre heures et demie du matin la fusillade Disposition retentit dans la direction de Bazeilles ; les troupes ^^^ ^^^p^ ^"

, Ml j . ^ , lever du jour.

prennent les armes par un brouillard intense; le jour se feisant peu à peu et le brouillard se dissipant, on peut distinguer leurs emplacements.

Le 12* corps (Lebrun), aile droite, occupe les villages de Balan, Bazeilles, la Moncelle, la Platinerie.

Le T corps (Douay), aile gauche, s'étend depuis Floing jusqu'à Illy.

Le 1" corps (Ducrot), centre,, relie les deux ailes

par Givonne et Daigny. La division de Lartigue passe la Givonne à ce dernier village, et se porte en pointe, face au bois Chevalier.

Les débris du 5' en réserve occupent la ville et le Vieux-Camp.

Le général ^^ général Ducrot s'occupait à faire construire, Ducrot reçoit au-dcssus de Givoune, quelques épaulements pour ment en chef. Protéger son artillerie, quand un officier de l'état- Sa prompte ré- major général du maréchal, le commandant Riff, vint solution. 2^j annoncer que le maréchal était blessé et lui remettait le commandement de l'armée. Peu d'instants après, la nouvelle lui était confirmée par le général Faure, chef d'état-major général de l'armée, qui venait se mettre à la disposition du nouveau général en chef avec son état-major (1). Le général Ducrot dit en recevant cette communication : « Il est bien tard ; la

> responsabilité est bien lourde. N'importe 1 nous la 3> supporterons avec résolution. :»

Puis, se tournant vers ses officiers d'état-major, il ajouta :

€ Il n'y a pas un instant à perdre. Il faut reprendre

> notre plan d'hier. L'ennemi nous amuse sur notre

> centre, pendant qu'il cherche à envelopper nos 3> ailes — c'est son éternel mouvement de Capri- 3> corne — cette fois, nous ne serons pas assez sots » pour nous y laisser prendre. >

(i) Le général de Wimpffen reproche amèrement au général Faure et aux officiers des états-majors général et particulier du maréchal de ne pas être venus lui offrir leurs services. La manière toute différente dont ils se sont comportés à notre égard donne lieu de supposer que le général de Wimpffen est mal servi par ses souvenirs.

Aussitôt il envoie prévenir les commandants de corps d'armée (1) que l'armée entière va se concentrer sur le plateau d'Illy.

Ordre est donné au général Forgeot, commandant Tartillerie de l'armée, de faire filer immédiatement tous les impedimenta de l'artillerie; les mêmes prescriptions sont données à l'intendance, relativement aux voitures de F administration (2).

Il fallait se hâter ; de moment en moment le danger grandissait. Si le général Ducrot avait eu encore quelques doutes sur la gravité de la situation, ce qu'il venait de voir les aurait dissipés.

Quelques minutes avant de recevoir l'ordre du maréchal, apporté par le commandant RifiP, des hauteurs de Givonne il avait aperçu à travers la brume de grosses masses noires passant à près de 2 kilomètres, et allant, par rapport à lui, de droite à gauche. Il leur avait fait envoyer quelques paquets de mitraille. Les groupes s'étaient dispersés et avaient pris le pas de course en avant.

Dans le même moment, un paysan était venu lui remettre un billet du maire de Villers-Cernay, lui annonçant que , depuis le matin , de nombreuses troupes prussiennes passaient à Villers-Cernay et à Francheval. L'intention de l'ennemi était toute indiquée par cette direction ; il voulait nous couper notre seule voie de retraite par Illy; nous allions être

{i) Pourquoi, à ce moment-là, le général Wimpffen n'a-t-il pas produit sa lettre de service et réclamé le commandement ?

(2) C'est ce qui explique comment plusieurs voitures d'artillerie et des services administratifs sont arrivées à Rocroy et à Mézières.

£jitrcticn cn-

enveloppés, si une décision rapide n'était pas prise.

€ J'étais, écrivait quelques jours après le général j> Ducrot à un de ses amis, tout à ces tristes ré- :s> flexions, quand on est venu m'annoncer que j'étais D nommé commandant en chef de l'armée. Je n'hé- D sitai pas un instant. Vainement mon chef d'état- 3) major, mon aide de camp, me firent-ils des ob- 3> servations, me disant que tout allait bien, que la 3> journée ne faisait que commencer, qu'on pouvait y> attendre. — Attendre . quoi ? leur répondis-je, que ]f) nous soyons complètement enveloppés? il n'y a 3) pas un instant à perdre. Exécutez mes ordres, i> trêve de réflexions (1). »

Et le général part au galop dans la direction du 12* corps pour voir si le général Lebrun se conformait à ses prescriptions.

Les échelons en retraite se formant par la droite,

(1) Le général Ducrot n'avait reçu aucune instruction du a^aréchai ; il ignorait absolument quelles étaient ses intentions ; s'il avait voulu livrer une bataille offensive ou défensive; s*il voulait reprendre «a marche sur Montmédy (les efforts faits par le 12® corps du côtd <9b Bazeilles pouvaient le faire supposer) ou battre en retraite sur Méziêres.

Dans ces conditions, le général Ducrot devait prendre un parti instantanément; il Ta fait sans hésitation, et en admettant qu'il ne fM pas le meilleur, on ne saurait nier qu'il eût été préférable dpen poursuivre Texécution que d'agir sans but déterminé et sans plan bien arrêté. Or, le général de Wimpffen dit lui-môme qu'il a arrêté le mouvement de retraite commencé, parce qu'il voulait jeter les Bavarois dans la Meuse, pour revenir ensuite contre les corps ennemis qui étaient au nord de Sedan ; ailleurs, il dit qu'il voulait tenir les positions jusqu'à la nuit; enfin, il prétend qu'il voulait percer par Carignan, dans la direction de Montmédy. De là ces ordres ces contre-ordres, ces fluctuations qui ont contribué à jeter l'armée dans un désordre indescriptible et à la réduire à une impuissance absolo».

le 12* corps devait donc commencer le mouvement, tre le générai Le général Wolf à l'extrême gauche (1" division du i>^<^'<>\«"« «*• 1" corps) devait rester le dernier et se retirer par les bois de la Garenne en se défendant pied à pied.

Le général Ducrot trouva le' commandant du 12** corps pied à terre. Il venait de recevoir une contusion.

« Vous a-t-on communiqué mes ordres, avez- vous 3) commencé le mouvement ? » lui dit le général en chef. — « Je vous ferai remarquer, répond le géné- 3> rai Lebrun, que nous avons l'avantage ; les Bava- 3) rois reculent; nos soldats vont bien, ce iserait domp mage de ne pas en profiter.^Je crains qu'un mou- :» vement de retraite ne les décourage et ne se change :^ bientôt en déroute. — Mon cher ami, reprend le y> général Ducrot, il n'y a pas à hésiter ; pendant y> que l'ennemi nous amuse de votre côté, il est en j^ train de manœuvrer pour nous envelopper. Ce )) qui se passe ici n'est pas sérieux ; la véritable ba-

> taille sera bientôt derrière nous, du côté d'IUy* ^ Vous voyez bien, ajoute legénéral en lui montrantles 3> hauteurs qui s'étendent du calvaire d'Illy à Floîng, i> vous voyez bien ce grand plateau, il faut con-

> centrer notre armée dans cette direction. Cela 3> fait, notre gauche solidement appuyée à lUy, notre

> droite couverte par Sedan, nous serons en bonne

> situation. Si je me suis trompé, si mes prévisions D ne se réalisent pas, si l'ennemi ne vient pas à nous D sur nos derrières et se borne à nous attaquer de

> front, eh bienl nous ferons un retour offensif sur i> notre centré et nous le précipiterons dans le ravin de

> Givonne. Je vous le répète, il n'y a pas d'hésitation

> à avoir. — Exécutez mes ordres. y>

Le général Lebrun n'insista plus et dit qu'il allait de suite commencer le mouvement.

On comprend qu'il était pénible pour le commandant du 12* corps d'abandonner de bonnes positions, d'interrompre un succès. Mais à la guerre il faut savoir faire des sacrifices et les faire vite. Souvent deux buts se présentent ; il faut abandonner l'un et courir à l'autre. Qui veut atteindre les deux hésite, tergiverse et, en partageant ses moyens, les annule.

Ce n'était évidemment pas dans l'espoir d'une victoire que le général en chef avait pris la résolution d'abandonner le plateau de Givonne et de ne pas poursuivre le petit avantage du 12* corps ; mais si la victoire n'était plus à espérer, il fallait faire tout ce qui était humainement possible pour s'ouvrir un passage. Hésiter, attendre, c'était s'enlever les moyens de le faire, possaîiiitéde A tout prix, il fallait passer. Percer par Garignan! se retirer par gj 1^ 30 et le 31 c'était courir à une perte certaine,

le Nord au mo- . , . ■« . «x x» i.» i m •

mentoùiecé- Kiam tenant que 1 ennemi avait franchi le Cbiers en nérai Ducrot grandes forces, c'eût été de la folie. Pour qui a vu le prend le corn- terrain ou sait lire sur une carte, cette hypothèse

maademeBit. ,. i i

n est pas discutable.

Mais il nous restait la route du Nord. A sept heures et demie au moment où le général ordonnait le mouvement de retraite, elle n'était pas réellement fermée et pouvait encore nous sauver.

En effet (voir sur les cartes, à la fin de l'ouvrage, les positions de l'armée allemande le 31 au soir

et le 1" au matin) Pavant-garde du H** corps prus^ sien qui avait franchi la Meuse à Donchery et loiigé la presqu'île d'Iges, se trouvait à cette heure fort en l'air à Vrigne-au-Bois ; il y avait tout lieu de croire qu'il serait possible de la bousculer pendant que le reste de l'armée, solidement établi à lUy, contiendrait au centre et à la gauche les efforts de l'ennemi cherchant sous le feu de la place de Sedan à gravir les hauteurs du bois de la Garenne. Le 5* corps^ qui plus tard devait se joindre au H* avait quitté Chémery dans la matinée, et se trouvait encore loin du champ de bataille. Plus loin on ne rencontrait plus que la division wurtembergeoise qui n'était pas à redouter. Deux jours après, le général Ducrot devait apprendre de la bouche même de ses adversaires à qu^l point cet espoir était alors réalisable ; mais dans oette guerre malheureuse, il était dit que nous ne saurions, ni ne voudrions profiter de rien.

Après la capitulation, le général Ducrot s'étant rendu à Donchery (1) s'entretint quelque temps avec le général de Bliimenthal, major général du prince royal, qui lui avoua que pendant une grande partie de la journée du 1*' il avait été fort inquiet, redoutant un effort désespéré de notre part du côté du Nord « et de j> ce côté, lui dit-il, je n'avais, jusqu'à une heure > du soir que 200 bouches à feu soutenues par quelle ques escadrons de cavalerie. — C'était bien témé-

(1) Le général était allé au quartier général du prince royal de Prusse demander que des distributions de vivres fussent faites à Tarmée prisonnière, et que le transport des officiers s'effectuât dans certaines conditions.

3> raire, lai dit le général français. — Téméraire? 3> non; audacieux, oui. Mais à la guerre, vous savez, y> général, qu'il faut agir d'après le moral de ses ad- » versaires. Nous vous savions bien abattus. Nous > pouvions donc beaucoup oser. i>

Supposons, pour tout élucider (nous avons été si malheureux qu'il faut prévoir l'impossible), supposons que nous eussions échoué devant les batteries de Blùmenthal nous barrant la route de Sedan à Mézières par Floing et Vrigne-aux-Bois ; il restait, nous le répétons encore, les chemins vicinaux et les sentiers qui courent à travers bois entre la route et la frontière; enfin, ressource in extremis, il y avait derrière nous la Belgique I

Mouvement Le 12* corps commeuce donc son mouvement de re- <ie retraite du traite en échclons par brigade, des ^e73e di- ^^ division de Vassoignes est portée en arrière dans visions du 1" la direction du plateau pour former le premier échelon corps. ^^ droite; en même temps les divisions Lhériller et

Pelle du 1*' corps qui, étant en seconde ligne, n'avaient pas été engagées, exécutaient leur mouveme^Qt et venaient s'établir avec l'artillerie de réserve et l'artillerie divisionnaire à hauteur du bois de la Garenne, le tout dans un ordre parfait.

Pour mieux protéger la retraite, le commandant en chef prenait la précaution suivante : la division de Lartigues qui avait passé le matin le ravin de la Givonne à Dàigny pour se porter face au bois Chevalier, y fut laissée malgré sa position un peu risquée.

sur

la rive gauche du ruisseau de Givonne.

Le général avait d'abord donné l'ordre de la faire ^ division

dp T.<AT*tifiniP p^f

revenir, puis se ravisant, il dit à l'officier d'état-ma- maintenue jor prêt à partir :

« Non, attendez. Je ferai prévenir Lartigue^ plus :^ tard; il est très-important que nous restions maf-

> très de Daigny le plus longtemps possible; c'est

> le seul point où il existe un pont pour le passage 3> de l'artillerie ennemie. Lartigues saura bien s'y :» maintenir; dans tous les cas l'affaire est assez im- 3> portante pour que je ne craigne pas de compro- D mettre cette division. :& Toutefois, il retint la 2*" brigade de la division de Lartigues qui n'avait pas encore franchi le ravin.

L'Empereur qui, monté à cheval dès le matin, ae trouvait aux environs de Balan, fut surpris du mouvement rétrograde de l'armée, et malgré son désir de ne vouloir en rien influencer les décisions de ses généraux, il ne put s'empêcher d'envoyer demander au commandant en chef des explications.

€ — Sa Majesté a remarqué, vint dire au général

> le capitaine Guzman, officier d'ordonnance de l'Emi> pereur, un mouvement de retraite qui semble s'ac-

> centuer de la droite à la gauche, et cela dans un i> moment où nous semblions avoir l'avantage vers i> la droite. L'Empereur ne se rend pas compte de ce 3> mouvement, et m'envoie vous demander des éclair- 3> cissements à ce spjet.

3> — Monsieur, vous direz à Sa Majesté que ce qui y> se passe à notre droite est insignifiant. L'ennemi i> nous amuse là, pendant qu'il manœuvre pour en- 3) velopper nos ailes, et c'est derrière nous vers Illy

j^ que se livrera la vraie bataille. Dites à TEmpereur ^ que je prends mes dispositions en conséquence;

> j'exécute mes mouvements de retraite et de con- ^ centration avec ordre, mais le plus rapidement pos- 3> sible. Rien ne saurait les arrêter. :«)

Soit que l'Empereur se fût rendu aux raisons du général, soit qu'il ne voulût pas sortir de son rôle de spectateur, il n'apporta aucun obstacle aux mouvements de retraite.

Le général Ce que le souveraîu de la France laissait faire, un voyant lb^suc^ général venu de la veille allait Tempécher. ces obtenu à la Arrivé le 30 à l'armée, le général de Wimpffen, en se

droite réclame promenant daus la matinée du 1*' septembre à traie commande- * . . -, «^ w .

ment. vers les positions du 5* corps, s était aperçu que

l'affaire marchait bien à droite, que le 12' corps se maintenait ferme dans Bazeilles et faisait même plier les Bavarois. Trompé par les apparences, il crut que, l'avantage s'accentuant, ce succès était le commencement d'une victoire. Alors il voulut que la journée fût sienne, et, produisant un pli de Paris émanant du comte de Palikao, se déclara commandant en chef 11 Bulletin du Le général Ducrot voyait avec satisfaction son Wimpffen au Hiouvemeut de retraite parfaitement se dessiner. La énérai Ducrot divisiou de Vassoigues, les divisions Pelle et Lhériller avaient accentué leiir marche dans la direction indiquée, quand, vers neuf heures, il reçut l'ordre suivant : « Le général de Wimpfen au général Ducrot. 3> L'ennemi est en retraite sur notre droite. J'envoie

> à Lebrun la division Grandchamp. Je pense qu il p ne doit pas être question en ce moment de mou-

» vement de retraite. J'ai une lettre de commandei> ment de l'armée du ministère de la guerre ; mais :» nous en parlerons après la bataille. Vous êtes 3) plus près de l'ennemi que moi ; usez de toute vo- 3> tre énergie et de tout votre savoir pour rempori> ter la victoire sur un ennemi dans des condi- » tions (1) désavantageuses. En conséquence, sou- 3) tenez vigoureusement Lebrun tout en surveillant la^ » ligne que vous étiez chargé de garder. i>

Aussitôt le général Ducrot partit à la recherche Discussion du général de Wimpflfen et l'abordant, lui dit : « Je ^^^"^ ^l ^''^'

^ ^ 'rai de Wimpf-

3> ne viens pas vous contester le commandement, fen et le gé -

3) quoique je l'aie reçu du maréchal de Mac-Mahon ^^^^ai Ducrot.

3> et qu'il m'ait été confirmé par l'Empereur. Ce

y> n'est pas le moment d'élever de pareils conflits

3 Je suis prêt à vous seconder de tous mes efforts.

î> Mais permettez-moi de vous faire observer que je

y> suis en présence des Prussiens depuis près de

j> deux mois, que mieui que vous je connais leur

i> manière de faire, que j'ai étudié la situation, le ter-

y> rain, qu'il est évident pour moi que l'ennemi est

3> en train de manœuvrer pour nous envelopper.

3> Je l'ai vu de mes yeux, et ce billet que voici du

(1) Dans Touvrage qu*il a publié sur Sedan, le général de Wimpffen,en reproduisant ce billet adressé au général Ducrot change le mot de conditions en celui de positions. Là, en effet, est le secret de la conduite de cet officier général ; il croyait alors l'ennemi dans des conditions réellement désavantageuses ; il regardait la victoire comme possible et môme comme probable, et c'est pour ce motif qu'il réclama le commandement. Le billet original est entre les mains du général Ducrot ; il diffère, comme on le voit, en plusieurs points, de celui que reproduit, de mémoiie évidemment, le général de Wimpffen dans spn ouvrage.

i> maire de Villers-Cemay, annonçant le passage de

> troupes ennemies depuis ce matin ne peut laisser

> aucun doute. Au nom du salut de Farmée, je vous 3> adjure de laisser continuer le mouvement de re- 3) traite. Dans deux heures il ne sera plus temps. i>

Grénéral de Wimpffen — \ <l Mais pourquoi vou- » lez-vous battre en retraite, quand Lebrun a Favan-

> tage ? N'est-il pas vrai 7 > ajouta-t-il en interpellant ce général qui se trouvait là. « N'est-il pas vrai, jf Lebrun, que vous avez l'avantage ? ^

Le général Lebrun répondit dans le sens du général de Wimpfien , et dit qu'on pouvait attendre pour commencer la retraite, si les circonstances ultérieures en démontraient la nécessité.

Général de Wimpffen : -^ €. Oui, nous n'avons que i> de la cavalerie derrière nous; nous n'avons pas y> à nous en inquiéter. Le général Douay la mainj tiendra.

i> Quant à nous, réunissons tous nos efforts pour 3> écraser ce qui est devant Lebrun. 3>

Général Ducrot : — « Mais où voulez-vous qu'aille

> cette infanterie qui passe depuis ce matin à Fran-

> cheval et à VilIers-Cemay, si ce n'est à Illy ? 3> Général de Wimpfen : — a: Illy ? Qu'est-ce que

:s> c'est qu'Illy ? »

Général Ducrot : — <( Ah I vous ne savez pas ce que ly c'est qu'Illy ? eh bien ! regardez. 3>

Et, étalant une carte sur Farçon de sa selle, il ajour ta : € Voyez ce coude de la Meuse qui se relève vers le i> Nord, et ne laisse qu'un étroit espace entre la riy> vière et la frontière belge. Il n'y a là qu'un unique

> point de passage, c^est Uly ! Si Tennemi s'en em- :» pare^ nous sommes perdus. :»

Le général de Wimpffen daigna jeter à peine un coup d'ceil sur la carte, et dit : « Oui, oui, tout cela

> est très-bien ; mais pour le moment Lebrun a l'a-

> vantage, il faut en profiter. Ce n'est pas une re- 3> traite qu'il nous faut, c'est une victoire I >

« — Ah I il vous faut une victoire ? Eh bien 1 nous

> serons trop heureux si nous avons une retraite ce 7> soir! y>

Et, piquant des deux, le général Ducrot partit au galop la mort dans l'âme.

Néanmoins, voulant faire jusqu'au bout son métier Le générai de soldat, il fait, suivant l'ordre reçu, redescendre i^^^^^'^^t reporte

ses troupes eu

aux deux divisions Pelle et Lhériller une partie des avant. positions qu'elles avaient gravies peu d'instants auparavant, puis il pousse jusqu'au bois de la Gareime pour voir comment il était gardé.

Là, il constate que les troupes chaînées de ce soin s^en acquittaient fort mal et qu'elles étaient beaucoup plus préoccupées de se mettre à l'abri en s'enfonçant dans répaisseur du bois que de surveiller ce qui se passait sur la lisière nord.

Voyant que l'officier général qui les commandait avait mis pied à terre et se tenait vers la partie sud, il lui fit sèchement observer que sa présence serait plus utile au Nord,, c'est-à-dire du côté de l'ennemi.

E était alors dix heures et demie. L'Empereur qui L'Empereur s'était rendu, aux raisons du commandant du i^ craint que lar-

. . , - mée ne soit en-

corps avait, assure-t-on, vu avec inquiétude le rem- veioppéo. placement de ce général par le général de Wimpffen

venant changer encore une fois Tordre de bataille. Plein d'anxiété, il veut gagner les hauteurs dominantes pour voir par lui-même. Comme il traversait le fond de Givonne, un officier de chasseurs à pied s'approche vivement de lui (1) : « Sire, dit-il, je suis du pays, je le connais parfaitement. Si on nous laisse tourner par Illy, nous sommes perdus, ji)

Encore sous l'impression de ces paroles, l'Empereur rencontre le général de Wimpffen et lui en fait part.

a: Que Votre Majesté ne s'en inquiète pasl dans 3> deux heures je les aurai jetés dans la Meuse. »

(L Plaise à Dieu, murmure un officier général de j) la suite, que ce ne soit pas nous qui y soyons je- 3> tés! i)

Tout le monde voyait le danger. Seul le général en chef semblait ne pas s'en douter.

A onze heu- Vers ouze heures, une violente canonnade se faisait res on entend entendre dans la direction de Floing d'abord et de

la canonnade t-ii • •xm» r.iA.r

du côté de Fleigneux ensuite. Toujours aux écoutes de ce côte, Floing et de le général Ducrot envoie un officier au général Douay Fleigneux. p^^p avoir des nouvelles. Au bout d'un quart d'heure

le bruit du canon s'élevant de plus en plus, il prend le galop et court sur le calvaire d'IUy.

Le 7« corps Comme il se portait dans cette direction, il est est très-ébran- arrêté par uu torrent d'hommes et de chevaux ; in- *^* fanterie, cavalerie, artillerie, tout se précipite pêle-

mêle; en vain cherche -t-il à arrêter ce débordement. — Personne ne l'écoute. Tout fuit. Au même

{\) Lettre du général Pajôl, aide de camp de TEmpereur.

instant, il aperçoit le long du bois de la Garenne un régiment de cuirassiers qui filait au trot, mais en ordre. Il court à lui et adjure son chef de s'arrêter et de maintenir quelques instants la position. «Dans un

> instant je vous amènerai du renfort. 3) Et il se dirige de toute la vitesse de son cheval à la recherche du général de Wimpffen. Il le trouve au sud du bois de la Garenne :

OL Les événements que je vous annonçais, lui dit- il,

> se sont produits plus tôt que je ne le pensais. L'en- ^ nemi attaque le calvaire d'IUy. Douay est fort 3> ébranlé. Les instants sont précieux. Hâtez-vous i> d'envoyer des renforts, si vous voulez conserver » cette position. 3>

De Wimpffen. — a: Eh bien 1 chargez-vous de cela, ï> réunissez tout ce que vous trouverez de troupes de 3> toutes armes et maintenez-vous bon par là, tandis ^ que moi je m'occuperai du 12* corps. 3)

Lorsqu'au matin le général de Wimpffen avait pris

^ ^ r r j^^xi\,^ le géné-

le commandement , l'avantage de Lebrun pouvait ^ai de wimpflui faire espérer une victoire sur un ennemi placé ^en ne songe dans des conditions désavantageuses, comme il l'écri- ^^^ cangnaT vait au général Ducrot; une fois les Bavarois «jetés a compte seuà la Meuse > il comptait revenir sur les assaillants ^^^^^J' ^^

, maintenir dans

places de l'autre côté de Sedan. les positions.

Mais au moment où il ordonnait de se maintenir bon à Illy, tandis que lui se chargeait du 12* corps occupant la Moncelle et Balan, il avait alors renoncé à sa victoire; il ne comptait plus jeter les Bavarois à Feau. Il espérait uniquement se maintenir dans ses positions, et ne songeait nullement à faire une

A ce mo-

trouée par CarignarL Du moin&, il n'en a pas dit un mot au général Ducrot, qui, ayant le dos tourné à Carignan, puisqu'il se portait sur lUy. devait au moins être averti de ce que le commandant en chef comptait faire de ce c6té.

Si le général de Wimpffen lui en avait parlé, il n'aurait pas manqué, vu les raisons énoncées plus haut, de protester énergiquement contre la possibilité de ce mouvement.

Conformément aux ordres reçus, le général Ducrot donne Tordre au général Forgeot d'amener sur le plateau faisant face à Fleigneux et à Floing tout ce qui restait d'artillerie disponible. Il commande au colonel Robert de faire remonter vers la crête les divisions Pelle et Lhériller, et envoie chercher tout ce qui reste de cavalerie disponible. Ces différents ordres sont donnés au nom du général de Wimpffen pour éviter les hésitations.

Toute la partie Nord-Ouest du champ de bataille, entre Floing et lUy, était battue depuis onze heures maintenir en- par uu épou vautable feu d^artillerie. L'infanterie alle- ^re Floing et j^^jj^g n'avait pas encore paru, mais à une heure,

le grand mouvement circulaire du H' et du 5* corps par Vrigne-auî-Bois, ainsi que celui du corps de la garde, par Villers-Cernay et Fleigneux, était déjà très-nettement dessiné. Sur notre gauche s'avançaient en masses profondes les bataillons du 11*" corps soutenus par une fraction du 5'. Il fgiut les arrêter.

uCrn Le général Ducrot «ppeUe le géaérai Margu«ritte cavalerie. qui so tenait avec la !'• divimon de cavalerie de ré—

Le 1^ corps e t le i«r ne

peuvent se

serve, vers le calvaire d'IUy. Il le guide lui-même, et, longeant les batteries établies sur la crête, entre le bois de la Garenne et Floing, les dépasse et lui dit: «Vous allez charger par échelons sur notf e gauche. Après avoir balayé ce qui est devant nous, vous vous rabattrez à droite et prendrez en flanc toute la ligne ennemie. :?> Ce remarquable officier général se porte en avant avec son état-major pour reconnaître le terrain, et reçoit une blessure mortelle. Plusieurs de ses officiers tombent autour de lui Le général de GaliJffet prend le commandement de la division. Une partie de la division . Salignac-Fénelon est amenée, et se prépare également à prendre une part active à ïa lutte.

Ces braves cavaliers, officiers et généraux en tête, s'élancent en avant de toute la vitesse de leurs chevaux. Malgré une pluie de balles et de mitraille, la première ligne ennemie est sabrée et dispersée. La seconde ligne est abordée avec la même ardeur, mai^ ils ne peuvent la briser. Les bataillons prussiens déployés au centre, formés en carré sur les ailes, les jettent à terre par des feux bien dirigés. Repoussés, les escadrons retournent en arrière, se reforment et se précipitent de nouveau, faisant ainsi une charge continue. Le roi Guillaume, qui du haut des hauteurs de Frénois assistait à ce spectacle, ne put s'empêcher d'applaudir et de s'écrier : (C Oh 1 les braves » gens (1) ! î>

(i).HécU fait quelques Joord aprôs par le prince royal au gëûéral

Deux siècles auparavant, un autre Guillaume, furieux de voir la victoire lui échapper, exaspéré de l'impassibilité de notre cavalerie sous le feu de son artillerie, s'était écrié : « Oh I l'insolente nation I :d (Senef, 11 août 1674.)

Cette fois, hélas I le succès n'était pas douteux, et le Guillaume de Sedan pouvait s'écrier sans amoindrir sa gloire : c Oh 1 les braves gens 1 1> BeUe attitu- L'artillerie ne se montre pas moins admirable que ^e e artuie- j^ cavalerie. Accourues en toute hâte, deux batteries

de la réserve sont pulvérisées en quelques instants par le feu de 50 pièces ennemies. D'autres les remplacent immédiatement, prennent de meilleures dispositions et répondent énergiquement. Pendant quelque temps, elles parviennent à attirer sur elles tous les efforts de l'artillerie ennemie, ce qui permet à la cavalerie et à l'infanterie de tenter un dernier effort. Mais, indépendamment de notre infériorité numérique et de notre infériorité de tir et de portée, la configuration du terrain, par sa forme circulaire, nous était encore désavantageuse. Tous nos coups étaient divergents, tandis que l'ennemi, occupant une ligne circonscrite à la nôtre, faisait converger tous ses feux. Les projectiles venaient à la fois de face, de gauche et de droite. Bientôt la place n'est plus tenable, les affûts sont brisés, plusieurs caissons sautent à la fois, et les batteries se retirent en abandonnant une partie de leur matériel.

Le général Pendant que l'artillerie et la cavalerie faisaient ces Ducrot essaye ^obles cfforts, le général Ducrot à la tète de son état-

d' entrain er

l'infanterie, major cherchait à entraîner les quelques bataillons

JtBÎUL

OU fractions de bataillons qu'il avait pu grouper autour de lui. Mais ces troupes exposées depuis le matin au feu de plus de 400 pièces, portées tantôt en avant, tantôt en arrière, impuissantes à répondre directement à un ennemi invisible qui les couvrait de projectiles, se voyant enfin enveloppées de toutes parts, n'avaient plus ni élan, ni énergie.

Par trois fois le général Ducrot essaye de les enlever. Il les appelle, les encourage et cherche à leur communiquer l'ardeur et la colère qui l'animent. Quelques braves se précipitent, les autres éuivent, mais, accablés, reculent et se débandent. Lorsque la cavalerie est ramenée en désordre pour la troisième fois, les dernières troupes d'infanterie restées encore solides se débandent. Alors de la droite à la gauche les lignes prussiennes s'avancent en poussant leurs hurrahs ! dont les éclats se mêlent à ceuxjde la canonnade et de la mousqueterie. La confusion se met dans nos rangs et tous en désordre se précipitent dans la direction de Sedan, où instinctivement chacune des fractions de l'armée va s'engloutir.

Yoici dans quels termes le rapport allemand apprécie les efforts faits par le général Ducrot dans la direction d'IUy et de Floing :

« Vers une heure environ s'avancèrent l'infanterie j> du 11* corps et la 19* brigade de l'aile droite du » 5* corps pour attaquer dans la direction de Floing.

i> L'ennemi se défendit avec le courage du déses- 3> poir, mais, malgré ses efforts, l'infanterie, souj^ tenue très-fortement par ses batteries, réussit à

tCi^Tv'

:^ occuper la portion de terrain située devant Floing. 3) Plusieurs retours offensifs, surtout faits par la

^ cavalerie, et dont la vivacité donnait à supposer

» l'intention de faire la trouée, vinrent échouer devant

» le calme inébranlable des bataillons du 41* corps

3> et des fractions du 5* corps qui les appuyaient.

> Les attaques furent reçues : partie en carré, partie » en ligne, et furent toutes repoussées par un feu :p calme, bien ajusté, qui coucha à terre la plus grande 3> partie des assaillants et rejeta le reste dans Sedan.

> A trois heures de l'après-midi, l'ennemi était

> déjà sur divers points en pleine retraite sur la for-

> teresse.

> Le 5* corps avait pendant ce temps efficacement

> préparé par son artillerie de réserve l'attaque gé-

> nérale contre lUy et la position dominante qui y » touche. Elle était parfaitement secondét par une

> troisième batterie de réserve du 3* corps, qui avait

> pris position à l'Est de Floing.

> Un violent combat embrasa les hauteurs au Sud

> d'illy et les parcelles de bois qui s'y trouvent. A ^ trois heures, il s'éteignit. L'ennemi se trouvait, là ]^ aussi, en retraite à travers le bois de la Garenne, ^ sur la forteresse.

3> Ainsi, à ce moment de l'après-midi, on avait

> achevé de cerner complètement Farmée française

> en rase campagne. 3>

Quant à la fameuse sortie faite par le général de Wîmpffen sur Balan, vers cinq heures, le rapport allemand n'en dit pas un mot. En effet, ce ne fut jamais une chose sérieuse ; il suffit de lire le récit du gé-

néral Lebrun pour en être conyaincu. (Page 280 de l'ouvrage du général de Wimpffen.)

a: Je ne supposerai jamais que le général de Wimpf- » fen ait pu considérer comme un ordre qu'il me

> donnait de tenter une trouée sur Carignan la pro- 3> position qu'il vint me faire au centre du village de

> Balan, où je me trouvais, de reprendre l'offensive i> avec les deux ou trois mille hommes que nous pou- » vions alors réunir autour de nous, Non, dans

> cette dernière entrevue du général en chef avec i> moi, dans ce dernier épisode de la bataille, il ne

> s'agissait pas, il ne pouvait s'agir d'une tentative

> de trouée sur Carignan, non plus que d'un passage 3) à ouvrir de ce côté pour la personne de l'Empereur, j> Ce que j'ai pensé et ce que je pense encore aujourj d'hui de la proposition faite par le général de

> Wimpffen dans le moment que j'ai indiqué, c'est TD qu'il n'était pas possible d'y voir autre chose

* qu'un dernier appel désespéré et (irréfléchi adressé r, à une poignée de soldats impuissants à y ré-

* pondre- »

Avant de poursuivre ce récit, arrêtons-nous pour examiner quelle était à ce moment la situation de chacune des quatre divisions du 1" corps. Dispersées sur une immense circonférence par suite de fausses manœuvres, d'ordres et de contre- ordres, iso-^ Jées les unes des autres (plusieurs mêmes divisées et placées dos à dos), sans possibilité de se prêter le anoindre appui, nos divisions avaient été réduites à lutter sur place sans but précis, sans objectif déterminé. Au milieu d'elles, une cavalerie en désordre,

qui ne pouvait être utilisée, errait de ravin en ravin, cherchant vainement un pli de terrain où elle fôt à Fabri des obus qui pleuvaient de toutes parts.

La 1" division (général Wolf) était restée ëur les hauteurs de Givonne, tenant ferme cette excellente position; mais, complètement isolée et débordée par sa gauche, elle avait dû se replier vers la partie Est de la ville, et à ce moment le général Wolf recevait une grave blessure.

La 2' division (général Pelle), réduite à la brigade Gandil, s'était épuisée en vains efforts dans la direction d'Illy, et après l'évacuation des hauteurs du Calvaire et du bois de la Garenne, s'était trouvée entraînée dans la déroute générale et refoulée vers la partie Nord de la ville. La brigade de Montmarie, complètement isolée, était restée sur le bord du ravin de Givonne.

La 3' division (général Lhériller), au moment où elle se portait dans la direction du Nord sur les traces de la 2', avait été prise en travers par une avalanche de cavalerie fuyaAt en désordre et s'était trouvée dispersée sans avoir combattu. Elle était au reste réduite à sa 2* brigade ; la premièr.e (général Carteret) combattait avec le 12' corps ; son général était blessé et ses troupes refoulées vers le Vieux-Camp.

La 4' division (général de Lartigues) avait eu sa 1** brigade (général Fraboulet) engagée dès le matin sur la rive gauche de la Givonne ; écrasée par des forces supérieures, elle avait lutté pied à pied, s'était maintenue avec acharnement dans le village de Daigny, mais débordée par sa droite et par sa gauche,

elle avait été anéantie ou dispersée. Les généraux de Lartigues, Fraboulet, le chef d'état-major colonel d'Andigné étaient gravement blessés.

La division de cavalerie Margueritte, qui avait répondu avec un si héroïque dévouement à l'appel du commandant du 1" corps, était également anéantie ou dispersée. Son général de division, le brave Margueritte, était blessé mortellement, le général Tillard était tué, le colonel Cliquot, du l*' chasseurs d'Afrique, les lieutenants-colonels de Gantés, du 1*' hussards, de Linière'â, du 3' chasseurs d'Afrique, étaient tués; le lieutenant-colonel Ramond, du 1" chasseurs d'Afrique, blessé grièvement. Lé 1"' hussards comptait à lui seul 8 officiers tués, 14 blessés. Le colonel de Bauflfremont avait eu deux chevaux tués sous lui. La division de Salignac-Fénelon avait également subi des pertes cruelles. Son chef avait reçu une blessure grave.

Quant à l'artillerie, nous avons dit quel avait été son rôle I avec quelle abnégation elle s'était sacrifiée sans tenir compte de son impuissance.

Et c'est après nous avoir plongés dans cette horrible situation que M. le général deWimpffen ose nous accuser d'avoir refusé de lui prêter notre concours pour tenter l'on ne sait quelle entreprise insensée dans a direction de Ca rignan

En vérité, c'est trop d'injustice ou d'aveuglement! Mais que voulait-il ? Que pouvait-il espérer en se lançant dans cette direction ? La route de Carignan est dans k fond de la vallée; elle longe la rive droite du Chiers, est dominée à gauche et à droite par

des hauteurs garnies d'une formidable artillerie et de nombreux bataillons. En supposant que l'on eût pu déboucher du village de Bazeilles et parvenir jusqu'à Douzy, ne trouvait-on pas là un obstacle insurmontable ? N'était-on pas coupé complètement par les troupes ennemies qui, maîtresses des hauteurs, tombaient sur notre flanc gauche par la route qui descend perpendiculairement des hauteurs de Francheval sur la route de Sedan à Carignan? En admettant qu'on ait pu concevoir la pensée de percer dans cette direction, n'était-ce pas par le chemin de la montagne (celui suivi la veille parle 1*' corps) qu'il fallait tenter son effort ? Mais en réalité la chose n'était pas plus possible d'un côté que de l'autre.

Que serait-il advenu au contraire, si le mouvement de concentration ordonné parle général Ducrot avant huit heures du matin se fût continué avec calme et avec ordre ?

N'est-il pas à peu près certain que vers onze heures la majeure partie de l'armée se serait trouvée concentrée en bon ordre sur les'hauteurs qui s'étendent entre Saint-Menges, le calvaire d'IUy et Fleigneux? nos 200 bouches à feu en batterie sur ces excellentes positions voyaient venir les têtes de colonnes ennemies, les empêchaient de se déployer, les écrasaient peut-être. Nos quatre divisions de cavalerie (environ 60 escadrons), manœuvrant avec l'appui de cette puissante action, débordaient la gauche de l'ennemi et pouvaient enlever sa nombreuse artillerie si témérairement engagée sur nos derrières, sans autre appui que celui de quelques escadrons. La

route du N.-O. était complètement déblayée et nos divisions d'infanterie maintenant facilement i'ennemi engagé dans les fonds de Givonne (voir le rapport allemand) pouvaient faire leur retraite en bon ordre ou sMcouIer lestement par les bois qui s'étendent d'Uly et Fleigneux à la irontière belge.

Nous le répétons, il y avait chances, grandes chances d'un succès relatif.... et dans tous les cas nous ne laissions pas se former autour de nous ce cercle de fer et de feu qui devait nous étouffer et nous broyer.

Oh! lorsqu'on repasse ces douloureux souvenirs dans sa mémoire, n'est-on pas pris d'un affreux désespoir et n'a-t-on pas le droit de maudire l'aveu glementet la folle présomption de celui qui a poussé dans cet horrible gouffre de Sedan la dernière armée de la France, lui enlevant ainsi sa dernière chance de salut et infligeant à son drapeau une honte ineffaçable!

Débordé de toutes parts et suivant à dislance ce torrent de fuyards, le général Ducrot arrive sous les murs de la citadelle. Conduit par M. Debord, capitaine adjudant-major au lk% il gagne à travers un dédale de ruelles et de jardins le chemin couvert de la place. Ce jeune et énergique officier attaché à l'état-major généraldu l"corps depuis le matin avait" rendu les plusgrands services. Né àSedan, il connaissait comme chasseur infatigable le moindre pli de terrain, le plus petit sentier. Cest lui qui avait dit au général que le chemin de la montagne était très-praticable, que toute la forêt au Nord d'Uly et de Saint-Menges était

percée d'excellents chemins vicinaux par lesquels l'armée pouvait faire retraite dans la direction de Rocroy, dans le cas où la route serait coupée (1).

Arrivé sous les murs de Sedan, le général Ducrot ignorait entièrement quelles étaient ses ressources.

Il savait seulement, ayant fait du système de défense de la France une étude particulière (2), que cette ville classée comme place forte était intenable ainsi que toutes nos places construites du temps deVauban, où la portée maximum du canon était de 5 à 600 mètres 1 Mais il ne savait pas si elle était armée, approvisionnée en vivres et en munitions, si on avait construit quelques ouvrages extérieurs pouvant offrir un abri à une armée en retraite. Venu très-tard sur le champ de bataille, il n'avait pu, le 31 au soir, se mettre en communication avec le maréchal de Mac-Mahon, prendre ses ordres, connaître ses intentions. Au moment où le combat s'était engagé le 1", au matin, n'ayant reçu aucune instruction du grand quartier général, il ignorait absolument si le maréchal avait l'intention de séjourner, délivrer bataille ou de battre en retraite vers Mézières. C'est dans ces conditions qu'il avait pris le commandement.

Comme le général descendait dans le fossé de la citadelle, où il se trouva réuni à plusieurs généraux, un de ses officiers d'ordonnance s*écria : « Le dra- 3) peau blanc est hissé. Serait-ce le drapeau parle-

{{) Une grosse Aractioa du 3" zouaves n'ayant pas reçu Tordre de discontinuer le mouyement de retraite ordonné par le général Ducrot poursuivit sa marche vers le Nord et arriva par les bois à Rocroy.

(2) Système de défense de la France, par A. Ducrot. — Édition Dentu.

> mentaire ? — Ce n'est pas possible, dit le général, c'est 3 plutôt un drapeau d'ambulance dont la croix rouge jp a été effacée par la pluie. i>

Arrivé à la poterne du bastion, il eut grand'peine à se frayei" un passage à travers les mourants, les blessés, les fuyards entassés pêle-mêle sous cet abri, car les obus éclataient dans les fossés.

En débouchant dans la cour de la citadelle, le général Ducrot vit le général Dejean. Il alla à lui, et tous deux firent le tour des remparts pour voir s'il y avait possibilité de tenter un semblant de résistance.

Cette place de Sedan, qui avait bien son importance stratégique, puisque, se reliant à Paris par Mézières et l'embranchement d'Hirson, elle était l'unique moyen de ravitaillement d'une armée opérant par le Nord sur Metz, était à peine à l'abri d'un coup de main; ni vivres, ni munitions, ni approvisionnements d'aucune sorte. Quelques pièces avaient 30 coups à tirer ; d'autres 6 ; mais la plupart manquaient d'écouvillons.

Cependant les généraux Ducrot et Dejean placèrent quelques soldats sur les parapets et dans les chemins couverts. Démoralisés, découragés, ces hommes quittaient leur poste sitôt qu'on les perdait de vue. Les remontrances, les menaces étaient impuissantes sur ces âmes abattues.

Vers trois heures et demie, le général Ducrot se décide à traverser la ville pour se mettre en communication avec le commandant en chef. Au moment où il était entré dans la citadelle, un officier d'ordonnance du général de Wimpffen lui avait apporté

Tordre d'amener ce qu'il pourrait de troupes dans la direction de Balan, et de concourir à une tentative de trouée sur Carignan et Montmédy.

Malgré son manque absolu de confiance dans l'issue d'une telle entreprise, le général n'avait évidemment qu'à obéir; mais il était seul, il n'avait même plus son escorte. Ce n'était pas sa personne que le général de Wimpffen demandait, c'était le 1*' corps, ou au moins une partie, et divisions, brigades, régiments, troupes de toutes armes, tout s'était effondré.

« Je n'ai plus rien avec moi, dit le général Du- > crot à l'officier d'ordonnance; je vais entrer dans 3) la place pour voir s'il est possible de réunir quel- 3) ques troupes. »

A l'intérieur de Sedan, le spectacle était indescriptible; les rues, les places, les portes étaient encombrées de voitures, de chariots, de] canons, de tous les impedimenta et les débris d'une armée en déroute. Des bandes de soldats, sans fusils, sans sacs, accouraient à tout moment, se jetaient dans les maisons, dans les églises. Aux portes de la ville on s'écrasait. Plusieurs malheureux périrent piétines.

A travers cette foule, accouraient des cavaliers ventre à terre^ des caissons passant au galop, se taillant un chemin au milieu de ces masses affolées.

Les quelques hommes qui avaient conservé un reste d'énergie ne semblaient s'en servir que pour accuser et maudire : c Nous avons été trahis, criaient- 2> ilSy nous avons été vendus par les traîtres et les 3> lâches I >

Il n'y avait évidemment rien à faire avec de tels

hommes ; le général Ducrot se rendit à la sous-préfecture, où se te nait l'Empereur.

Napoléon III n'avait plus cette figure froide, impassible, que tout le monde connaît; les cruelles émotions qui l'agitaient se laissaient apercevoir sur sa figure empreinte d'une profonde tristesse.

Dès qu'il vit le général, il lui dit qu'il avait vivement regretté la nomination, par le ministre de la guerre, du général de Wimpffen au commandement en chef, mais qu'étant résolu à ne contrecarrer en rien les décisions venant de Paris, il n'avait pas voulu s'y opposer. € Cependant, ajouta-t-il, il n'y 3) avait que votre mouvement de retraite qui pût 3> nous sauver. y> Puis, s étendant sur les faits antérieurs à la guerre, il ajouta: <tVos pressentiments sur > les intentions de la Prusse, ce que vous m'aviez y> dit de ses forces militaires et du peu de moyens y> que nous aurions à leur opposer, tout cela n'é- » tait que trop vrai. J'aurais dû tenir plus compte 3) de vos avertissements et de vos conseils (1). jj>

Après ces quelques paroles, l'Empereur se tut,

(i) Commandant de la 6^ division militaire à Strasbourg, le général Ducrot était très à même de savoir ce qui se passait de l'autre côté du Rhin. Aussi dans maints rapports, lettres, brochures, etc.^ avaitil constamment signalé la politique et les tendances de la Prusse, mis à jour son activité militaire, ses préparatifs de guerre lui permettant de mettre en ligne immédiatement 600,600 'hommes* parfaitement instruits, équipés, organisés, et quelques semaines après 900,000 hommes, chiffre formidable pouvant même s'élever à 1,100,000; tandis qu'en France on ne pouvait, d'après les calculs du général, réunir que 200 à 250,000 hommes en trois semaines. « Après les premiers Jours de marche, dit-il dans un de ses rapports, nous n'arriverons donc pas sur les champs de bataille de l'Allemagne avec plus de i 50,000 hommes.» (Ce chiffre est reifectif exact de nos combattants

Le profond silence qui régnait autour du souverain rendait plus saisissant encore le bruit du dehors. L'air était en feu; les obus tombant sur les toits entraînaient des pans de maçonnerie , qui s'abattaient avec fracas sur le pavé des rues ; réclatement des projectiles se mêlait au grondement de 600 bouches à feu, épouvantable canonnade qui fut entendue jusque devant Metz par le prince Frédéric-Charles, tc — Je ne comprends pas, dit l'Empereur au général 3) Ducrot, que l'ennemi continue le feu ; j'ai fait arbo-

* rer le drapeau parlementaire, ^'espère obtenir y> une entrevue avec le roi de Prusse; peut-être D aurai-je des conditions avantageuses pour l'ar-

* mée? *

« — Je ne compte pas beaucoup, répondit le général, 3> sur la générosité de nos adversaires ; à la nuit nous » pourrions tenter une sortie. >

éparpillés sur les champs de bataille de Frœschwiller, de Spickeren et de Metz.) <.

Le général avait également démontré l'insuffisance et la faiblesse de notre système défensif. Il voulait trois grands centres de défense : Lille, Laon et Langres, reliés à Paris et réunis entre eux par des réseaux de chemins de fer. Ces immenses camps retranchés devaient se soutenir mutuellement et se fortifier les uns par les autres. Toutes les places étaient déclassées à Texception de Metz, Strasbourg, Belfort qui devaient nous servir pour Toffensive. Au point de vue défensif, disait le général, Strasbourg ne peut tenir huit jours (s'il a résisté plus d'un mois, c'est grâce à Ténergie et au patriotisme çte ses braves habitants).

Aucun des conseils du général Ducrot n'avait été écouté. Plusieurs personnages de la cour et du ministère de la guerre s^étaîent même fait de la vigilance du commandant de la 6^ division mihtaire une arme contre lui, en disant qu'il excitait la susceptibilité d'une puissance désireuse de la paix^ et jetait l'inquiétude dans les populations rhénanes.

Sa Majesté fit observer qu'il existait un tel désordre, un tel encombrement dans la ville, que les troupes en outre étaient si démoralisées, qu'il n'y avait pas le moindre espoir de réussir. « Une tentative de 3) cette sorte, ajouta -t- elle, n'aboutirait qu'à une 3) nouvelle effusion de sang. •

L'Empereur et quelques officiers de sa suite auraient peut-être pu s'échapper grâce à la nuit, mais il ne fallait plus songer à sauver l'armée. Enveloppée, cernée, elle était irrévocablement prise.

L'histoire se prononcera et dira si, contrairement

.aux lois militaires, Napoléon III devait, par une fuite

qu'on eût très-certainement cru favorisée, séparer son

sort de celui de l'armée, ou s'il devait, après avoir

partagé ses dangers, partager son malheur.

Du reste, le roi de Prusse ayant déclaré qu'il faisait la guerre à l'Empereur et non à la France, l'Erhpereur prisonnier, la guerre devait cesser (1).

Pendant les quelques paroles échangées entre l'Empereur et le général Ducrot, la canonnade, loin de diminuer, redouble de minute en minute. Le feu se déclare en plusieurs endroits. Des femmes, des enfants tombent frappés. Le drapeau de l'Internationale ne protège plus les blessés qui sont entassés dans la grande caserne et dans les maisons converties en ambulances. Acculés aux murailles, amoncelés dans les fossés, soldats et officiers

(i) Cette idée était très-répandae dans l'armée allemande : « Le roi Wilhem, disaient les soldats, n'a qu'une parole. Il a promis de nous faire rentrer quand nous aurons battu l'Empereur. »

sont atteints ; deux généraux trouvent ainsi la mort.

La sous-préfecture n'est pas plus épargnée ; des obus éclatent à tout instant dans le jardin et dans la cour.

« Mais, dit TEmpereur, il faut absolument faire 3) cesser le feu. Écrivez là, » dit-il en se tournant vers le général Ducrot, et lui indiquant la table près de laquelle il était assis :

« Le drapeau parlementaire ayant été arboré, les 3) pourparlers vont être ouverts avec l'ennemi ; le feu 3> doit cesser sur toute la ligne. y> Puis, comme le général regardait l'Empereur, celui-ci lui dit : c Main- 2) tenant, signez. 3> — Oh non ! sire, je ne peux pas

> signer. A quel titre signerais-je? Je commande le :8> 1'" corps. C'est le général de WimpfiFen qui est gé- ]8) néraLen chef — Vous avez raison; mais je ne sais i> pas où est le général de Wimpffen ; il faut que quel- 7> qu'un signe. — Faites signer par son chef d'état- 3> major, où parle plus ancien général de division

> qui est le général Douay. — Oui, répondit l'Erapey> reur, faites signer par le chef d'état-major. ï>

Le général Ducrot sortit et communiqua les ordres de l'Empereur au colonel Robert. Celui-ci chercha le général Faure, et, l'ayant trouvé dans la citadelle, lui fit part du désir. de Sa Majesté :

a Je viens de faire abattre le drapeau blanc, dit

y> cet officier, ce n'est pas pour signer un ordre

i> pareil. »

Vaine tenta- Le colouel Robort rentra dans la place avec le

tive des gêné- général Faure^ et vint rendre compte au général

erLebruTà'ia Dt^crot; pendant qu'il lui parlait, le général Lebrun

portrMi-Baian. sortit de chez FEmperour et fit connaître qu'il se

readait. vers F-eaMiemiî en parlecMH taire. C'est alors qu'ayant rencontré le commandaBi en chef, ce brave officier général fit avec lui cette démonstration sur le village de Balan dont le général de Wimpfifen a fait si grand bruit.

« Mais, dit le général Lebrun dans sa lettre du 'j

i> 20 octobre 1870 (1), nous n'avions pas franchi un ' 1

> espace de 200 mètres, nous n'étions, pas arrivés à la

> sortie du village (dans la direction de Carignan), 3> que jetant un coup d'œil en arrière et constatant y> que noua n'étions pas suivis^ le général en chef 31 tournait bride, me déclarant qu'il n'y avait pas à 1 • insister plus longtemps, et me prescrivait de faire

> opérer la retraite sur Sedan. >

Vers 6 heures, l'Empereur fit appeler le général Du- Le générai crot pour lui dire que le général de Wimpffen ayant oucrot refuse

1 r 1 f • » *t 1 y 1 t 1 jti Accepter le

donne sa démission, il eut a prendre le commandement, commande- Le général i déclara à Sa Majesté qu'au point où en ment de larétaient les choses^ il ne pouvait l'accepter. Le général ^^^' de Wimpffen ayant le matin revendiqué l'honneur de diriger les opérations, il n'avait pas le droit de se récuser, maintenant qu'elles avaient mal abouti. Du reste, le général Douay étant le plus ancien divisionnaire, c'était à lui que revenait le nouveau commandement Le général Douay allait accepter quand sur les observations de son ami le général Lebrun, il se récusa paiement et déclara que le général de Wimpffen devait commander jusqu'au bout.

L'Empereur envoya chercher le général de Wimpf- Altercation fèn : Il était environ huit heures quand ce dernier arriva, entre le géné-

(1) Ouvrage du géo^al dift* A¥iinpffèn, page 281.

rai Ducrot et Le général Ducrot était assis dans un coin, caché le général de ^^^ plusieurs personues de Tentourago.

""^ *°" Le général de Wimpflfen entre avec éclat (1), levant

les bras au ciel et marchant à grands pas : « Sire, » s'écrie-t-il, si j'ai perdu la bataille, si j'ai été vaincu,

> c'est que mes ordres n'ont pas été exécutés, c'est » que vos généraux ont refusé de m'obéir. 2>

A ces mots, le général Ducrot se levé comme mû par un resssort, et d'un bond se place face au général de Wimpffen : « Que dites-vous, s'écrie-t-il, et qui a

refusé devons obéir? A qui faites-vous allusion? » Serait-ce à moi? Hélas 1 vos ordres n'ont été que » trop bien exécutés. Si nous avons subi un affreux » désastre, plus affreux que tout ce qu'on a pu rêver, » c'est à votre folle présomption que nous le devons. » Seul vous en êtes responsable, car si vous n'aviez pas

> arrêté le mouvement de retraite en dépit de mes » instances, nous serions maintenant en sûreté à Mé-

> zières, ou du moins hors des atteintes de Tennemi 1 » Un peu surpris et décontenancé par cette brusque

apostrophe du général qu'il ne savait pas là, le général de Wimpffen dit: « Eh-bienl puisque je suis » incapable, raison de plus pour que je ne conserve D pas le commandement. ^ *

Ducrot. — € Vous avez revendiqué le commande- » ment ce matin quand vous pensiez qu'il y avait » honneur et profit à l'exercer ; je ne vous l'ai pas

> contesté... alors qu'il était peut-être contestable.

' (1) Huit ou dix persoDues se trouvaient dans le salon, entre autres

le chef d'état-major général Faure ; toutes peuvent dire lequel de ce récit ou de celui du général de Wimpffen est le plus conforme à la vérité.

» Mais à l'heure qu'il est, vous ne pouvez plus le refui> ser. Vous seul devez endosser la honte de la capitu- :& lation ! i>

Le général Ducrot était très-exalté. L'Empereur et les personnes de son entourage s'interposèrent pour le calmer. L'incident terminé, le commandant du 1" corps se retira et le général de Wimpflfen ayant reçu les instructions de Sa Majesté se rendit au quartier général allemand.

M. le général de Wimpflfen a fait le récit de son entrevue avec l'état-major allemand au sujet de la capitulation; nous donnons le nôtre, qui émane d'un homme dans la loyauté et la sincérité duquel nous avons pleine confiance. Il concorde d'ailleurs beaucoup mieux que celui du général avec les récits qui nous ont été faits le lendemain de ce douloureux événement par des officiers placés sous nos ordres et dont la parole en conséquence revêtait presque un caractère officiel. Puisque l'on nous a mis dans la douloureuse nécessité d'écrire cette page d'histoire avant l'heure, il faut qu'elle soit complète et contienne tout ce qui peut servir à l'enseignement de nos contemporains et de nos enfants.

Extrait d'une Note remise (1) par le capitaine d'Or cet

du 4* de cuirassiers.

<L Nous fûmes tous introduits alors dans un salon

{\) Cette narration a été rédigée à Stettin pendant la captivité.

au rez-de-chaussée, où ' nous attendîmes au moins dix minutes l'homme qui devait nous intimer la volonté du roi Guillaume.

> Le général de Moltke fit son entrée accompagné de M. le comte de Bismarck, du général deBlùmenthal et de quelques officiers. Après un salut assez sommaire, il demanda au général de WimpfFen s'il avait des pouvoirs, et, sur sa réponse affirmative, il demanda à les vérifier, ce qui fut fait. Le général de Wimpffen présenta ensuite le général Castelnau et le général Faure. Le général de Moltke ayant alors demandé quel était le caractère de ces deux généraux, le général Faure répondit qu'il était venu comme chef d'état-major du < maréchal de Mac-Mahon pour accompagner le général de Wimpflfen, mais sans aucun caractère officiel, et le général Castelnau dit qu'il venait apporter une communication verbale et officieuse de la part de l'Empereur, mais que cette communication n'aurait son utilité qu'à la fin de la conférence, à laquelle d'ailleurs il n avait point qualité pour prendre autrement part. Le général de Moltke nomma alors au général de Wimpffen, en les désignant de la main, M. le comte de Bismarck et le général de Blùmenthal, et l'on s'assit.

5> Nous étions placés de la manière suivante : au centre de la pièce, une table carrée avec un tapis rouge ; à l'un des côtés de cette table le général de Moltke, ayant à sa gauche M. de Bismarck et le général de Blùmenthal à sa droite, du côté opposé de la table était le général de Wimpffen seul en avant ; derrière lui, presque dans l'ombre, les généraux Cas-

telnau et Faure et les autres officiers français; il y avait en outre dans le salon sept ou huit officiers prussiens dont l'un, sur un signe du général de Blumenthàl, vint se mettre près de la cheminée sur laquelle il s'appuya pour écrire tout ce qui se disait.

y> Après que l'on se fut assis, il régna un instant de silence, on sentait que le général de Wimpffen était embarrassé pour engager l'entretien, mais le général de Moltke restant impassible, il se décida à commencer.

y> Je désirerais, dit-il, connaître les conditions de capitulation que S. M. le roi de Prusse est dans l'intention de nous accorder. — Elles sont bien simples, répliqua le général de Moltke : L'armée tout entière est prisonnière, avec armes et bagages : on laissera aux officiers leurs armes comme un témoignage d'estime pour leur courage, mais ils seront prisonniers de guerre comme la troupe.

> — Ces conditions sont bien dures, général, réplii> qua le général de Wimpffen, et il me semble que jf) par son courage l'armée française mérite mieux 3) que cela.

y> Est-ce qu'elle ne pourrait pas obtenir une capi- 3> tulation dans les conditions suivantes :

i> On vous remettrait la place et son artillerie. 3) Vous laisseriez l'armée se retirer avec ses armes, 3> ses bagages et ses drapeaux, à la condition de ne

> plus servir pendant cette guerre contre la Prusse; )i l'Empereur et les généraux s'engageraient pour

> l'armée et les officiers s'engageraient personnelle- » ment et par écrit aux mêmes conditions, puis cette * armée serait conduite dans une partie de la France » désignée par la Prusse dans la capitulation, ou en *> Algérie pour y rester jusqu'à la conclusion de la » paix. » Et il ajouta quelques autres développements dans le même sens, paraissant regarder la paix comme

prochaine; mais le général de Moltke demeura impitoyable et se contenta de répondre qu'il ne pouvait rien changer aux conditions. Le général de Wimpffen fit de nouvelles instances; il fit appel d'abord aux sympathies que sa position personnelle pouvait inspirer au général de Moltke : « J'arrive, disait-il, il y a

> deux jours d'Afrique, du fond du désert, j'avais » jusqu'ici une réputation militaire irréprochable et

> voilà qu'on me donne un commandement au milieu » du combat et que je me trouve fatalement obligé » d'attacher mon nom à une capitulation désastreuse

> dont je suis ainsi forcé d'endosser toute la respon- » sabilité, sans avoir préparé moi-même la bataille » dont cette capitulation est la suite. Vous qui êtes » officier général comme moi, vous devriez compren-

> dre toute l'amertume de ma situation mieux que »» personne; il vous est possible d'adoucir pour moi

> cette amertume en m'accordant de plus honorables

> conditions : pourquoi ne le feriez-vous pas? Je sais

> bien, ajouta-t-il, que la plus grande cause de notre » complet désastre a été la chute dès le début de la » journée, du vaillant maréchal qui commandait

avant moi ; il n'aurait peut-être pas été vainqueur, mais il aurait pu du moins opérer une retraite heureuse, etc., etc. Quant à moi, si j'avais commandé » dès la veille, je ne veux pas dire que j'aurais mieux » fait que le maréchal de Mac-Mahon et gagné la « bataille ; mais j'aurais préparé une retraite, ou du

* moins, connaissant, mieux nos troupes, j'aurais

* réussi à les réunir dans un suprême effort pour

* faire une trouée. Au lieu de cela, on m'impose le > commandement au milieu même de la bataille sans )) que je connaisse ni la situation, ni les positions

* de mes troupes : malgré tout, je serais peut-être » parvenu à faire une percée ou à battre en retraite » sans un incident personnel qu'il est du reste

* inutile de relater. » (C'était sans doute une allusion à la confusion d'ordres qui est résultée de ce que le matin le maréchal de Mac-Mahon avait remis le commandement au général Ducrot , qui l'avait exercé jusqu'au moment (dix heures du matin) où le général de Wimpffen le réclama en vertu d'une lettre du ministre, dont il était porteur.)

» Le général de Wimpffen continua encore sur le même thème, mais s'apercevant que le général de Moltke paraissait peu touché de ce plaidoyer personnel, il prit un ton un peu plus vif « D'ailleurs, dit-il, » si vous ne pouvez m'accorder de meilleures condi- » tions, je ne puis accepter celles que vous voulez » m'imposer. Je ferai appel à mon armée, à son hon- » neur, et je parviendrai à faire une percée, ou je me » défendrai dans Sedan. 3) (Il faut constater qu'il n'avait pas l'air très-convaincu lui-même de ce qu'il disait.)

i> Le général de Moltke l'interrompit alors : c J'ai j» bien, dit-il, une grande estime pour vous, j'apprécie

> votre situation et je regrette de ne pouvoir rien

> faire de ce que vous demandez ; mais quant à tenter » une sortie, cela vous est aussi impossible que de » vous défendre dans Sedan. Certes, vous avez des » troupes qui sont réellement excellentes : vos infan- » teries d'élite (il voulait dire sans doute les zouaves, » chasseurs à pied, turcos et infanterie de marine)

> sont remarquables, votre cavalerie est audacieuse

> et intrépide, votre artillerie est admirable et nous

* a fait grand mal, trop de mal ; mais une grande » partie de votre infanterie est démoralisée, nous » avons fait aujourd'hui plus de 20,000 prisonniers » non blessés - . . .

» D ne vous reste actuellement pas plus de 80,000 j» hommes. Ce n'est pas dans de pareilles conditions » que vous pourrez percer nos lignes, car sachez que

> j'ai autour de vous actuellement encore 240,000 >» hommes et 500 bouches à feu, dont 300 sout-tiéjà » en position' pour tirer sur Sedan. Les 209 autres y » seront demain au point du jour. Si vous voulez » vous en assurer, je puis faire conduire un de vos

> officiers dans les différentes positions qu'occupent » mes troupes, et il pourra témoigner de l'exactitude

> de ce que je vous dis. Quant. à vous défendre dans » Sedan, cela voua est tout aussi impossible ; vous

* n'avez pas pour 48 heures de vivres et vous n'avez » plus de munitions. »

» Attaquant alors une différente note, le général

de Wimpffen reprit d'un ton insinuant ^« Je crois » qu'il est de votre intérêt, même au point de vue po- » litique, de nous accorder la capitulation honorable ^ à laquelle a droit l'armée que j'ai Thonneur de com- » mander. Vous allez faire la paix, et sans doute vous

* désirez la faire bientôt : plus que toute autre, la j» nation française est généreuse et chevaleresque, et » par conséquent sensible à la générosité qu'on lui » témoigne, et reconnaissante des égards qu'on a j» pour elle ; si vous nous accordez des conditions » qui puissent flatter l'amour-propre de l'armée, le » pays en sera également flatté, cela diminuera aux » yeux de la nation l'amertume de sa défaite, et une

* paix conclue sous de pareilles auspices aura chance > d'être durable, car vos procédés généreux auront ^ ouvert la porte à un retour yers des sentiments ré- » ciproquement amicaux, tels qu'ils doivent exister » entre deux grandes nations voisines, et tels que

* vous devez les désirer.

» En persévérant, au contraire, dans des mesures

* rigoureuses à notre égard, vous exciteriez à coup i> sûr la colère et la haine dans le cœur de tous les » soldats; F amour-propre de la nation tout entière » sera offensé grièvement ; car elle se trouvera soli- » daire de son armée, et ressentira les mêmes émo- » tions qu'elle. Vous réveillerez ainsi tous les mauvais » instincts endormis par le progrès de la civilisation,

* et vous risquerez d'allumer une guerre intermina- ») ble entre la France et la Prusse. »

c Ce fut cette fois M. de Bismarck qui se chargea de répondre; il le fit en ces termes :

<r Votre argumentation, général, paraît au premier !► abord sérieuse, mais elle n'est au fond que spécieuse » et ne peut soutenir la discussion. Il faut croire en ï général fort peu à la reconnaissi^nce, et en particu- » lier nullement à celle d'an peuple; on peut croire

* à la reconnaissance d'un souverain, à la rigueur à » celle de sa famille; on peut même en quelques cir- » constances y ajouter une foi entière, mais je leréi> pète, il n'y a rien à attendre de la reconnaissance

> d'une nation. Si le peuple français était un peuple

> comme les autres, s'il avait des institutions solides, D si, comme le nôtre, il avait le culte et le respect de » ses institutions, s'il avait un souverain établi sur le ji trône d'une façon stable, nous pourrions croire à la

* gratitude de l'Empereur et à celle de son fils, et atta- » cher un prix à cette gratitude, mais en France, de-

> puis quatre-vingts ans, les gouvernements ont été si » peu durables, si multipliés, ils ont changé avec une

> rapidité si étrange et si en dehors de toute prévision,

> que l'on ne peut compter sur rien de votre pays, et

> que fonder des espérances sur l'amitié d'un souvei> rain français serait, delà part d'une nation voisine, » un acte de démence, ce serait vouloir bâtir en l'air,

D Et, d'ailleurs, ce serait folie que de s'imaginer » que la France pourrait nous pardonner nos succès; » vous êtes un peuple irritable, envieux, jaloux et » orgueilleux à Texcès. Depuis deux siècles, la France » a déclaré trente fois la guerre à la Prusse (se re-

* prenant), à l'Allemagne; et, cette fois -ci vous i> nous l'avez déclarée comme toujours par jalousie,

> parce que vous ne pouviez nous pardonner notre

'!rf,T -

> victoire de Sadowa, et pourtant Sadowa ne vous » avait rien coûté et n'avait pu en rien atteindre » votre gloire; mais il vous semblait que la vic- » toire était un apanage qui vous était unique-

> ment réservé, que la gloire des armes était pour

> vous un monopole; vous n'avez pu supporter à côté » de vous une nation aussi forte que vous, vous n'a-

> vez pu nous pardonner Sadow^a, où vos intérêts ni

> votre gloire n'étaient nullement en jeu. Et vous

* nous pardonneriez le désastre de Sedan? Jamais 1

> Si nous faisions maintenant la paix, dans cinq ans, » dans dix ans, dès que vous le pourriez, vous re-

> commenceriez la guerre, voilà toute la reconnai^- » sance que nous aurions à attendre de la nation

* française ! ! ! Nous sommes , nous autres , au

> contraire de vous, une nation honnête et paisible,

> que ne travaille jamais le désir des conquêtes et

* qui ne demanderait qu'à vivre en paix, si vous ne

» veniez constamment nous exciter par votre hu- » meur querelleuse et conquérante. (Je ne pus m'em-

* pêcher, en entendant ces mots, de songer à ces » adroits faiseurs d'affaires, qui, après avoir dé- » pouillé quelqu'un, crient plus fort que lui : au vo-

> leur !) Aujourd'hui, c'en est assez; il faut que la » France soit châtiée de son orgueil, de son carac- » tère agressif et ambitieux; nous voulons pouvoir » enfin assurer la sécurité de nos enfants, et pour j> cela il faut que nous ayons entre la France et nous

> un glacis ; il faut un territoire, des forteresses et » des frontières qui nous mettent pour toujours à » l'abri de toute attaque de sa part. >

> Le général de Wimpflfen répondit à M. de Bismarck :

« Votre Excellence se trompe dans le jugement 3» qu'elle porte sur la nation française : vous en êtes

> resté à ce qu'elle était en 1815, et vous la jugez » d'après les vers de quelques poètes ou les écrits de » quelques journaux. Aujourd'hui les Français sont

* bien diflFérents ; grâce à la prospérité de TEmpire, yt tous les esprits sont tournés à la spéculation, aux » affaires, aux arts; chacun cherche à augmentera

* somme de son bien-être et de ses jouissances, et

> songe bien plus à ses intérêts particuliers qu'à » la gloire. On est tout prêt à proclamer en France

> la fraternité des peuples. Voyez l'Angleterre I Cette

> haine séculaire qui divisait la France et l'Angley terre, qu'est-elle devenue? Les Anglais ne sont- » ils pas aujourd'hui nos meilleurs amis ? Il en sera

> de même pour TAUemagne si vous vous montrez

> généreux, si des rigueurs intempestives ne vien- D nent pas ranimer des passions éteintes .... > »

» A cet instant, M. de Bismarck reprit la parole; il avait fait un geste de doute en entendant vanter Famitié existant, suivant le général de Wimpffen, entre » la France et l'Angleterre. « Je vous arrête ici, gêné- » rai; non la France n'est pas changée, c'est elle qui

> a voulu Ih guerre, et c'est- pour flatter cette manie » populaire de la gloire, dans un intérêt dynastique,

> que l'Empereur Napoléon III est venu nous provo- » quer; nous savons bien que la partie raisonnable et

* saine de la France ne poussait pas à la guerre;

» néanmoins elle en a accueilli l'idée volontiers; i nous savons bien que ce n'était pas l'armée non » plus qui nous était le plus hostile; niais la partie

> de la France qui poussait à la guerre, c'est celle » qui fait et défait les gouvernements. Chez vous,

> c'est la populace*, ce [sont aussi les journalistes (et y> il appuya sur ce mot), ce sont ceux-là que nous vou- » Ions punir; il faut pour cela que nous allions à Pa-

> ris. Qui sait ce qui va se passer? Peut-être se for^

* mera-t41 chez vous un de ces gouvernements qui

* ne respecte rien, qui fait des lois à sa guise, qui ne

> reconnaîtra pas la capitulation que vous aurez si-

> gnée pour l'armée, qui forcera peut-être les offij> ciers à violer les promesses qu'ils nous auraient » faites, car on voudra, sans doute, se défendre à tout

* prix. Nous savons bien qu'en France on forme vite

* des soldats; mais de jeunes soldats ne valent pas » des soldcits aguerris, et d'ailleurs, ce qu'on n'im- » provise pas, c'est un^ corps d'officiers, ce sont » même les sous-officiers. Nous voulons la paix, mais

* une paix durable, et dans les conditions que je

> vous ai déjà dites ; pour cela, il faut que nous met- » tions la France dans l'impossibilité de nous résis-

> ter. Le sort des batailles nous a livrée les meilleurs.

* soldats, les meilleurs officiers de Tarmée française ;

> les mettre gratuitement en liberté pour nous expo-

> sera les voir de nouveau marcher contre nous se- » rait folie; ce serait prolonger la guerre-, et l'intérêt

> de nos peuples s'y oppose. (Ils semblaient se re- » garder en cet instant comme déjà maîtres de la » France, par suite de notre défaite.) Non, général.

» quel que soit l'intérêt qui s'attache à votre posi- » tion, quelque flatteuse que soit Topinion que nous » avons de votre armée, nous ne pouvons acquiescer

> à votre demande et changer les premières condi-

> tions qui vous ont été faites. » — tEh bien, répliqua

> avec dignité le général de Wimpffen, il m'est égale- » ment impossible à moi de signer une telle capitu- » lation ; nous recommencerons la bataille. » — Le général Castelnau prenant alors la parole dit d'une voix hésitante : « Je crois l'instant venu de transmettre » le message de l'Empereur. — Nous vous écoutons, » général, dit M. de Bismarck. — L'Empereur, continua » le général Castelnau, m'a chargé de faire remarquer y^ kSa Majesté le roi de Prusse, qu'il lui avait envoyé

> son épée sans condition, et s'était ^personnellement

> rendu absolument à sa merci, mais qu'il n'avait agi » ainsi que dans l'espérance que le roi serait touché » d'un si complet abandon, qu'il saurait l'apprécier, » et qu'en cette considération il voudrait bien accor-

> der à l'armée française une capitulation plus hono-

> rable et telle qu'elle y a droit par son courage.-* « — Est-ce tout ? demanda M. de Bismarck. —

)) Oui, répondit le général. — Mais quelle est V épée qu'a

> rendue l'Empereur Napoléon III? Est-ce Vépée de la

> France ou son épée à lui? Si c'est celle de la France, » les conditions peuvent être singulièrement modi-

> fiées et votre message aurait un caractère des plus gra- 3) ves. — C'est seulement Vépée de V Empereur^ reprit le » général Castelnau. » — En ce cas. reprit en hâte, presqu'avec joie, le général de Moltke, cela ne change rien aux conditions, et il ajouta « l'Empereur obtiendra

^yvnr\ . "*

pour sa personne tout ce qu'il lui plaira de demander. » (Il me parut qu'il pouvait bien y avoir une secrète divergence d'opinion entreM. de Bismarck et le général de Moltke, et que le premier n'aurait pas été fâché, au fond, de terminer la guerre, tandis que le général désirait, au contraire, la continuer.)

* Aux dernières paroles du général de Moltke, le général de Wimpflfen répéta : « Nous recommence- * rons la bataille. — La trêve, répliqua le général 9 de Moltke, expire demain à quatre heures du matin.

> A quatre heures précises, j'ouvrirai le feu. >

* Nous étions tous debout, on avait fait demander nos chevaux. Depuis les dernières paroles, on n'avait pas prononcé un mot : ce silence était glacial.

» Reprenant en ce moment la parole, M. de Bismarck dit au général Wimpfifen : « Oui, général, vous avez » de vaillants et d'héroïques soldats, je ne doute pas ï) qu'ils ne fassent demain des prodiges de valeur, et » ne nous causent des pertes sérieuses ; mais à quoi

> cela servirait-il? Demain soir, vous ne serez pas

> plus avancé qu'aujourd'hui, et vous aurez seulement » sur la conscience le sang de vos soldats et des nô- » très que vous aurez fait couler inutilement : qu'un

> moment de dépit ne vous fasse pas rompre la con-

* férence ; M. le général de Moltke va vous convain- » cre, je l'espère, que tenter de résister serait folie de.

* votre part. >

> On se rassit, et le général de Moltke reprit en ces

termes :

€ Je vous affirme de nouveau qu'une percée ne

> pourra jamais réussir, quand même vos troupes

seraient dans les meilleures conditions possibles ; » car, indépendamment de la grande supériorité

* numérique de mes hommes et de mon artillerie,

* j'occupe des positions d'où je puis brûler Sedan » dans quelques heures!- Ces positions commandent j> toutes les isgues par lesquelles vous pouvez essayer

* cfce sortir du cercle où vous êtes enfermés , et sont

* tellement fortes, qu'il est impossible de les enlever. » Oh ! elles ne sont pas aussi fortes que vous voulez

» le dire, ces positions, interrompit le général de

* Wimpffen. — Vous ne connaissez pas la topogra-

* phie des environs de Sedan, répliqua le général de j> Moltke,etvoiciun détailbizarre et qui peint bien vo- 3) tre nation présomptueuse et inconséquente ; à Ventrée D delà campagne^ vous avez fait distribuer à tous vos i> officiers y des cartes de V Allemagne, alors que vous » n'aviez pas le moyen d'étudier la géographie de

* votre paySy puisque vous n'aviez pas les cartes de 3> votre propre territoire. Eh hienl moi, je vous dis

* que nos positions sont, non-seulement très-fortes, » mais formidables et inexpugnablea > Le général de "Wimpffen ne trouva rien à répondre à cette sortie, dont il pouvait apprécier la force et la vérité. — Au bout d'un instant, il reprit : r Je- profiterai, géné- » rai, de l'offre que vous avez bien voulu me faire au » début die la conférence; j'enverrai un officier voir > ces forces formidables dont vous me parlez, et à » son retour je verrai et prendrai décision.

3) — Vous n'enverrez personne, c'est inutile, répli- 3) qua le général de Moltke sèchement, vous pouvez me

* croire ; et, d^ailleurs, vous n^avezpas longtemps à

ï) réfléchir, car il est minuit, c'est à quatre heures y) du matin qu'expire la trêve et je ne vous accorderai j> pas un instant de sursis. ]^

€ Pourtant, fit observer le général de Wimpffen, » qui abandonna, du reste, sans plus insister, le pro- 5) jet de faire vérifier les positions de l'ennemi, pour- 3) tant vous devez bien comprendre que je ne puis » prendre seul une telle décision; il faut que je cony> suite mes collègues ; je ne sais où les trouver tous 3) à cette heure dans Sedan, et il me sera impossible 3) de vous donner une réponse pour quatre heures. Il 3> est donc indispensable que vous m'accordiez une y> prolongation de trêve.

» Comme le général de Moltke refusait opiniâtrement, M. de Bismarck se pencha vers lui et lui murmura à l'oreille quelques mots qui me parurent signifier que le Roi arriverait à neuf heures et qu'il fallait l'attendre. Ce colloque à voix basse terminé,, le général de Moltke dit en effet au général de Wimpffen qu'il consentait à lui accorder jusqu'à neuf heures; mais que ce serait la dernière limite.

]^ La conférence était terminée ou à peu près; on discuta encore quelques détails, on dispensa les sol* dats français de rendre eux-mêmes leurs armes, on promit de laisser aux officiers tout ce qui leur appartiendrait, armes, chevaux, etc. (Plus tard, ces dernières conditions ne furent pas remplies.)

* Je jugeai, dès ce moment, que la capitulation était décidée en principe piar le général de Wimpffen^ et que si il ne la signait pas immédiatement c'était pour sauver les apparences et aussi pour tâcher de

diminuer la responsabilité qui lui incombait fatalement, en la faisant partager autant que possible par les autres généraux »

Réunion des Le lendemain matin, les commandants de corps conbaandants d'armée-et les généraux de division furent convoqués

de corps d'ar- . j i -x

mée et des gé- po^r prendre connaissance des termes de la capitu-

neraux de di- latiou.

Vision. - j^g général de Bellemare dit que ces conditions

testation des ^ ^

généraux PeUé étaient inacceptables ; qu'il fallait se défendre dans

et de Belle- la place.

Sur l'observation du chef d'état -major, déclarant qu'il n'y avait pas dans toute la ville une journée de vivres, le général Pelle proposa une sortie. Mais quand on eut appris à cet officier général que l'ennemi tenait les portes et que c'était lui qui, le matin, avait ouvert les barrières aux parlementaires, les généraux Pelle et de Bellemare comprirent comme tout le monde qu'une nouvelle lutte n'aboutirait qu'à un massacre inutile de milliers d'hommes, et adhérèrent à la capitulation.

L'Empereur L'Empereur qui, la veille au soir, avait adressé au venu se cons- j-qî de Prusso la lettre suivante : <c Mon bon frère,

tituer prison- , , . -t j x -i

nier, ne peut ^ n ayaul pu liiourir au milieu de mes troupes, il ne obtenir une en- ^ me reste qu'à remettre mou épée entre les mains rofX brasse ^ ^^ Votrc Majesté, » était allé dès le matin se consavant que la tituer prisonuior; il espérait voir le Roi et obtenir de capitulation ne nieiUeures conditions pour l'armée. Mais on empêcha

soit signée. . .

Sa Majesté de se trouver en contact avec le souverain allemand avant que le général de Wampffen n'eut

apposé sa signature au bas du protocole. A dix heures, le général arrivait au camp prussien; à onze heures tout était consommé. Quelques minutes après, Napoléon III voyait le roi Guillaume.

Pendant que se terminait au quartier général allemand ce drame pénible, sans exemple dans notre histoire, à l'intérieur de Sedan les généraux et les états-majors s'étudiaient à remettre un peu* d'ordre dans notre malheureuse armée et à lui faire distribuer quelques vivres. Conformément aux ordres

venus de Fétat- major prussien, les armes sont laissées dans la ville sur les emplacements que les troupes occupaient et l'armée se rend dans la presqu'île que forme la Meuse en contournant le village d'Iges. C'est là que plus de 70,000 hommes furent parqués pendant près de quinze jours sur un sol marécageux et entièrement détrempé par des pluies torrentielles.

Dès le 4 septembre, le général commandant en chef, sans plus s'inquiéter de son armée, était parti pouf Stuttgardtj après avoir prié le général de Moltke de lui accorder l'autorisation d'emmener « ses deux vieux chevaux,... bétes hors d'âge, disait-il, et incapables de faire un bon service de guerre. »

Les généraux furent plus soucieux de leurs soldats.

Le commandant du 1*' corps se rendit à Donchéry pour obtenir du prince royal une distribution de vivres et régler la question du transport des officiers (1).

{{) Ce fut là que le général Ducrot eut avec le général de Blûoienthal

l'entretien rapporté plus haut et recueillit de la bouche du prince

oyal les paroles échappées au Roi en voyant charger notre cavalerie.

Il ne put recevoir à ce sujet que des promesses vagues, qui ne furent même qu'imparfaitement remplies.

De retour au camp des prisonniers de Glaire, le général s'occupa d'organiser une sorte d'administration provisoire pour diriger les distributions. Il sollicita de l'état-major allemand l'autorisation de demeurer au camp de Glaire jusqu'à complète évacuation. Moins heureux que le général de Wimpflfen, il se vit refuser ce qu'il demandait et reçut l'ordre impératif de partir le 7. — Il avait donné sa parole d'honneur d'être rendu le 11 avant midi à Pont-à-Mousson. Avant l'heure fixée il venait se remettre entre les mains de l'autorité allemande.

Dans une lettre au gouverneur de Paris, et reproduite pendant le siège, le général a expliqué en détail comment il s'était soustrait à la captivité. Le comte de Bismarck a été obligé de s'incliner devant les faits et devant les sommations énergiques du général Ducrot. Les documents reproduits à la fin de ce travail prouvent surabondamment le droit qu'avait le général d'agir comme il le fit. Il est donc inutile de revenir sur cet incident.

Avant de quitter la plume, qu'il nous soit permis de faire quelques réflexions sur les conséquences et les suites d'une retraite plus ou moins heureuse de l'armée.

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