‹ La journée de SedanChapitre 4 sur 33 · CHATEAU DE THOURON, HAUTE VIENNE · texte numérisé non relu

CHATEAU DE THOURON, HAUTE VIENNE

(FRA3SrCE).

Un homme s*est rencontré, non tel que Cromwell, pour faire amnistier son usurpation par la gloire et la prospérité nationales/ A rencontre du Protecteur, le prétendu sauveur de la mascarade sanglante du 2 décembre, a engagé, profané, perdu le patrimoine sacré, remis en ses mains,par un peuple pris du vertige d'un nom fastique. — C'est par ce sortilège, qui entraînera toujours la foule dans le piège, que le berneur des paysans dont l'ignorance ne saurait discerner ni principes, ni libertés, ni supériorités a pu follement bouleverser la tradition des âges, faire insulter

la gloire, —emprisonner les plus illustres de Tannée, dé là tribune, — flétrir les plus honorables services, — démoraliser le sùflfrage universel, au sein duquel il plaçait le ver rongeur de la candidature officielle, — désorganiser toutes les branches, — faire pulluler les traitants, les péculats, les désordres en tout genre, allant jusqu'à offirir au pays une fausse armée, un matériel mensonger, enfin — pour dénouement tragique de cette comédie de vingt ans, lui donner la capitulation de Sedan, cet abîme dont le patriotisme et même l'étranger osent à peine sonder la profondeur.

Maître des emplois, de la fortune publique, chef d'une bande de sycophantes, de séïdes, — enrôlant toutes les ambitions, les cupidités, — enlaçant le pays dans les rets d*une police innombrable, — faisant tristement dire : « L'Empire, c'est l'espionnage, — affaiblissant l'armée du pays pour donner à sa personne une garde prétorienne où la patrie s'éclipsait devant l'homme distributeur des grades et des croix, — comptant, dans tous les recoins d'une administration formidable, des condottieri prêts à tout, ces Corses dont « les Romains, au dire de Tacite, ne voulaient pas pour esclaves : On sait quel

fat son sacre de sang et de proscriptions. On a rallié les symboles qui empruntent leur prestige au passé, où la religion s'unit à la tradition héréditaire, sous le bandeau des souvenirs qui moralisent une nation. Reims et son ampoule ont fourni aux Beaumarchais de la critique un texte d'inépuisable satire. Serait-ce mieux de canoniser la dérision plébiscitaire, sous la surveillance d'une soldatesque en débauche? Pour cette investiture, il y a deux vedettes, l'ignorance et la peur. — On peut raccoler les oui, le sang reste, ils ne le lavent pas.

Qui ne frémit en songeant à cette nuit du 2 décembre, quel tableau en a été fait ! Mais ces horreurs, les émotions qui s'y rattachent, sont indescriptibles et mettent en mémoire ces paroles : « le sang appelle le sang, comme l'abîme appelle l'abîme. #/ Malheureux peuple, que celui où le pouvoir a une si criminelle origine! Qui contestera que Napoléon III s'est faufilé par une voie de sang et d'un système de terreur, près duquel a pâli dans ses efiets, celui des Danton et de Robespierre! Encore ces hommes, auxquels s'attache le juste stigmate de l'histoire, avaient-ils pour excuse la patrie à sauver; mais Napoléon, venant après Lamartine, qui avait tenu docile la foule et les clubs

révolutionnaires; après Cavaignac, LainoricièTe, Bedeau, qui avaient désarmé l'émeute de la rue; qu'était-il autre qu'un exploiteur qui, se couvrant du masque de l'ordre, créait le désordre? Sous le vain prétexte de sauver la société, il fallait ouvrir pour elle, pour l'étranger et la nation, cette cas»cade dé défiances, nécessitant ces. armements ruineux. Ils couvaient Sedan, la plus funeste page de l'histoire de France, k siège de Paris, ce malheur immense, dont le fait seul est un désastre. ' Et lorsque ces désolations épouvantent le monde, soulèvent contre leur exécrable auteur l'indignation des plus indifférents, alors que le Prussien lui-même, avant d'avoir semé la désolation dans les maisons envahies par lui, serarblait^ faisant la part de l'humanité, déplorer « que l'agresseur de son roi, // comme il le dit, l'ait obligé à <5ette rude et triste besogne, — que fait ce fugitif?

Après avoir détourné, pour le soin de sa personne, et celui de ses luxueux bagages rappelant les rois asiatiques, des forces* si nécessaires là où l'on se battait, il se livre (1). Lui-même fournit la serrure qui va river la chaîne de captivité d'une armée, sur laquelle reposait le sort de la France.

(i) La lettre du général Wimpfem ne permet plus Téquivoque et ne laisse plus d'accès à la mauvaise foi : elle anéantit le certificat d'innocente aumône des aides de camp.

L'ambition exclusive d'un homme se joue de Tune et de l'autre. — Alors, emportant les débris de ses splendeurs insenséeâ, étalage sous lequel, aux yeux de la fo.ule hallucinée, il dissimulait sa petitesse, il ne rougit pas de montrer à son austère vainqueur, aux Germains étonnés, le contraste de tant d'humiliation avec la file des chevaux qu'il transporte dans un somptueux exil. — Les récits de ceux qui l'ont vu, à cette heure, pour lui grosse de tant de renaords, respirent une pénible impression. Comment ne pas la ressentir, alors que ce faux empereur, source de tant de misères et de larmes, son éternelle cigarette d'hébétement à la bouche, ayant pour réponse aux plus saisissantes causeries le continuel tic du tourment de sa moustache, lorsque, disons-nous, cet envoyé de la fatalité^ que le chrétien nomme plus justement la colère divine, va se pavaner impassible dans le sybaritisme d'un palais du triomphateur, aumône que celui-ci fait au vaincu.

Voilà l'homme — ce n'est qu'un pâle galbe — de ce que cette figure dite longtemps indéfinissable a frayé, dans son cours de vingt ans, c'està-dire la voie de la décadence, comme s'il se fût donné la mission de creuser le tombeau de la France.

ni

Ah ! celui qui écrit ces lignes, faisant écho à la grande voix de Chateaubriand, son premier et glorieux maître et modèle, crie à son tour, « non, je ne veux et ne puis croire que j'écris sur le tombeau de la France. «

Si cela pouvait être, il y aurait de quoi élever contre la Providence Tamertume de l'imprécation du poète orateur qui, à travers Tapothéose, des cendres, entrevoyait Técueil où poussait la séduction d'un symbole. — Vainement, plus tard, Lamartine tenta d'écarter le masque qui dissimulait à la foule l'homme sinistre. Le peuple abusé

éleva 4^ ses propres mains, au sommet de l'empire, ce souverain du désastre. Il enveloppe la patrie qui, comme Rachel, veuve de sa gloire, .pleure ses enfants. Ce sauveur ^ comme il s'intitulait fastueusement, lui a-t-il fait assez boire au calice de douleurs et des hontes? Combien de ruines encore ? Combien de morts exigent Tineptie et la trahison qui ont été le solde final laissé à la France !

Ceci dit, dans la sincérité de la conscience, pour la justice de l'histoire, dont le flambeau fera tomber l'œil sur de bien plus tristes découvertes et lamentables effets, nous aborderons une rumeur venue de la presse officielle de Berlin.

Ces mystères d'iniquité — ces tripotages de toutes sortes empruntant les formes de pot- de- vin, ces audacieuses mises en commun de bénéfices à prélever par les associés sur la crédulité publique, drainant l'épargne des familles, affectant le capital provincial — ces marchés usuraires, l'exploitatioTî des fournitures, les devis surfaits dans le monopole des travaux publics et adjudications d'État : la commandite de toutes les cupidités liguées ensemble contre cette pauvre nation livrée en proie aux cormorans — les licences accordées par le conseil d'État e^ le souverain ayant la manche large, à des sociétés de malheur, telles que celles du Crédit mobilier et tant d'au-

très — les agents financiers transformés, un beau jour, en pêcheurs pour appâter, amorcer le capital, en faveur du Mexique, guerre entreprise pour le profit àe quelques spéculateurs, grâce à une misérable majorité de serviles, vainement avertis par rillustre Thiers : — tels sont les souvenirs qui non-seulement blessent la France, mais encore l'humanité, aussi l'honneur des couronnes, dans la moralité dont les gouvernements doivent l'exemple aux peuples. Ah! voilà des témoignages qui se lèvent accablants, solennels, pour protester contre une ténébreuse intrigue de l'empereur déchu et ses associés ; de leur part^ il faut s'attendre à toutes les folles conceptions; on dirait des joueurs désespérés. Pour retrouver leurs grosses prébendes,. non conquises par des services, mais fruit de l'abjecte courtisanerie, que ne feraient-ils pas (1) !

(i) Nous laissons parler un témoin oculaire, sur le témoignage de VE toile belge,

« Ce qui m'a le plus frappé, lorsque j'ai vu l'empereur, le prince Ney de }aMosko\va, Pajol, Castelnau et Reille. le 2 septembre.au château de Bellevue, c'a été leurs brillants uniformes; on eût pu crDire par la splendeur de leurs vêtements qu'ils étaient les maîtres de la situation II paraît que ceci n*a pas fait le meilleur efifet sur les soldats français fatigués et harassés. La veille de la bataille de Sedan lorsqu'une partie de l'armée de Mac Mahon a vu arriver l'empereur, son état-major et toute sa maison militaire, dans leurs splendides costumes, pas un soldat n'a crié : « Vive TËmpereur! » Quant à la maison militaire, elle a été huée. Les zouaves les ont engueulés, m'a dit un officier, en se servant d'une expression un peu soldatesque. >

Quoi qu'en puissent dire les journaux officiels et la presse de Berlin, ceux qui tiennent pour principe que la moralité d'un gouvernement doit répondre à Celle de la conscience humaine ne sauraient admettre une aussi téméraire allégation, en ce qui' se rattache à ce projet qui laisserait un honteux rôle à la Prusse. Car il est une loi souveraine qu'on d dit avec raison être la religion de la terre et que Montesquieu a définie être l'essence d'une monarchie, c'est l'honneur. Eh bien ! on n'y forfait pas impunément, quelque puissant que l'on soit, à la face du monde.

— 2ff —

Napoléon III en a subi le châtiment; avant lui, son oncle, qui était TAttila acharné aux vieilles dynasties, en avait fourni la preuve encore plus frappante, lui l'assassin délibéré de Condé, le voleur de couronnes même par guet-apens, au besoin, comme il le fit pour l'Espagne, Vinsulteur de l'héroïque et belle Louise de Prusse, laissant un volcan de colère au cœur d'un peuple dont la France plébiscitaire, folle, chauvine, est la victime aujourd'hui. — Quand on n'est ni Gatilina, ni Napoléon III, quand on a le respect d'un nom, de ses souvenirs glorieux, celui de l'opinion du monde, on n'assume pas inconscient de la pudeur et du sens commun, la responsabilité d'un outrage qui ne s'adresserait pas seulement à la France indignée , protestant par son dernier homme de cœur et d'honnêteté, mais qui appellerait le toile de l'Europe. Elle lancerait le stigmate à l'Erostrate qui viendrait brûler le temple où la moralité humaine a élevé l'hôtel des honnêtes gens. Là il n'y a pas deux manières de sentir, de recevoir, de conclure, ce n'est pas une règle autre à Berlin qu'à Paris, à Londres et à Saint-Pétersbourg.

L'écho de la cabane répond à la voix des villes; l'ouvrier, dans son échoppe, concorde avec l'aristocrate, lorsqu'il s'agit d'honorer ce qui est

grand, de flétrir " ce qui est odieux — Voilà ce qu'on appelle l'opinion : elle assigne à chacun, sa place. La noblesse des actions se détache dans sa lumière, le stigmate se pose sur les profanateurs.

Ainsi donc, à ce point de vue, il est facile dé faire la part de chacun et de pressentir le cours des choses. Quelque prix qijp puisse offrir le bé* néficiaire déshonoré d'un pareil marché, quelque disposé soit-il à fouler toute décence, à faire du peuple dont son nom a surpris la confiance, la li* tière sanglante d'une âpre convoitise, succédant à l'ambition effrénée qui lui a fait engager la guerre, sous un fallacieux prétexte, oh ! ce n'est pas un roi de race qui descendra à la bassesse d'un pareil marché, qui peut laisser le laurier de la victoire^ s'égarer, se flétrir dans une pareille boue (1).

Quelque grande fût la soumission de sa poupée impériale, prête, au besoin, pour retrouver les vaniteuses mollesses de son sybaritisme couroTiné, à faire de sa main l'étrier de son vainqueur, eh bien ! celui, par le fait de l'abjection même de sa créature restaurée, ne peut et ne veut épouser le discrédit, provoquer l'horreur qui surgirait

(I) Le discours de M. Thiers^ dans la séance du Corps législatif du 15 Juillet iS70« exclut le démenti posthume de Tempereur.

— so —

d'une si honteuse anomalie. Quoi ! ce serait là le prix du sang versé à torrents, de ruines par milliards, tapissant la France, et refluant sur l'Europe atteinte elle-même par l'anéantissement de tant de valeurs, où puisaient son commerce et son industrie ! Quelle ironique compensation au deuil de tant de familles qui, en Allemagne, pleurent aussi des héros confondus dans l'ossuaire des nôtres, sur tant de champs de bataille d'une guerre, dont est uniquement responsable cet homme sinistre, l'empereur des plébiscites ! C'est justice d'y solidariser sa majorité formée par la candidature officielle, cette forêt de Boudy du suffrage universel. Dans un ouvrage, l'acte d'accusation le plus complet et.le plus énergique qui, — suivant l'expression du Temps, — ait été dressé contre la politique intérieure et extérieure du second Empire, les plaies du système ont été dévoilées dans leurs terrifiants aspects (1).

Que celui, tour à tour meurtrier, — ravisseur de l'antique et légitime patrimoine de la maison d'Orléans, lequel avait été respecté et tenu pour inviolable par la république de MM. Crémieux,

(i) La Politique nationale^ grand in-8o de SOI pages par le comte Alfred de la Gaéronnière, auteur des Hommes d'État de l'Angleterre, de la Prusse et de l'Europe; de la France et l'Europe^ de la Voix de la Froitce, etc., formant les annales de toutes les défaillances du second Empire.

Ledru-Rollin, Louis-Blanc, par la nation; — que le dilapidateur du fonds national et, en particulier, du budget de la guerre ; — que l'inventeur du plébiciste, .cette façon d'escamotage, par le crible de l'ignorance du paysan ou de la passion populaire si facile à enflammer, appliquant les procédés de Robert Houdin à la souveraineté non conquise, mais artificiellement dérobée aussi dextrement qu'une muscade ; — que le conspirateur dont les ténébreux desseins ont eu tour à tour pour objectif les peuples flattés, entraînés et abandonnés, les couronnes et États divers qu'il a prétendu dissoudre, les uns par les autres, avec un machiavélisme en action qui, finalement, s'est retourné en expiation contre le provocateur; — que l'entrepreneur d'un pareil et si complet chaos, à l'aide d'un diadème et d'un nom dissimulant, pour la foule, son indignité, ait pu persuader aux paysans, voyant, les uns en lui un sorcier, les autres, par le fanatisme de l'oncle, tôt ou tard, l'infaillible rénovateur d'Austerlitz et d'Iéna; enfin, par sa fourmillière d'agents et sa cascade de mensonges du charlatanisme, sous toutes les formes, ayant mis dans toute la gente rurale et fonctionnariste l'écho adulateur que lui seul, Napoléon III, plus , fin que les rois ses frères, inférieurs en génie, plus

profond que le comte de Bismarck, les Gortschakoff, les hommes d'État de l'Angleterre et de tous pays, finirait, comme coup décisif du maître, par recueillir les épaves, du naufrage de ceux dont il avait marqué la chute, à Theure où il lui plairait de sonner leur agonie, sur le cadran du temps; — que cette pluie d'adresses, de compliments, de consécrations idolâtres, par les corps constitués, dans un esprit de servilité digne des jours dégradés du bas-empire, — qu'un magot de telles flatteries, élevé par les Rouher, les Lavalette et tant d'autres, à Tinfaillibilité d'un Dieu, objet, pour ces tigellins, de plus d hommages sur le trône de sang et de boue du 2 décembre que le roi des cieux; — qu'halluciné par les voluptés et la vapeur que des courtisans pareils devaient répandre dans cet esprit sombre d'abord, détraqué plus tard, il ait pu pousser l'infatuation jusqu'à se croire missionnaire de la fatalité pour reporter à l'Europe (1) monarchique ou constitutioijnelle

(i) Un homme dont Talticisme de langage burinait la pensée, M. Cousin, me disait un jour : « Napoléon me fait l'effet d'un pirate qui, envahisseur d'une île. veut légaliser sa déprédation: voici comment il s'y prend: il occupe l'escalier et le rez-de-chaussée et se fait le truchement des communications entre les intérêts et classes : il dit aux pauvres, aux travailleurs relégués dans les dessous inférieurs, en leur montrant les étages supérieurs : Vous entendez ces cris de joie des riches, des privilégiés, ah ! les égoïstes, ils vous laisseraient mourir de faim, mais fiez-vous à moi, pauvreteux que vous êtes, je vais les mettre à contribution pour vous

qu'il enveloppait dans le môme ostracisme, la dissolution qu'il a inoculée à la France, où il a tout bouleversé, sans rien reconstituer; qu'au-dessus de cette mer de larmes survive l'homme sinistre voulant ajouter des ruines à celles dont il a

secourir : « alors on découvre la perspective chatoyante du socialisme; puis se retournant, ce trompeur, par Inclination et calcul, dit aux riches : « Vous entendez ces rugissements de convoitise contre vous, on veut vous dévorer, le spectre rouge vous guette, mol je le contiendrai, je Tanéantiral ; seulement, cela exige de grands sacrifices ; on ne saurait trop payer sa sûreté. » Alors on accroît Timpôt^ on multiplie les emprunts. « Je n'ai rien tant de peur que de la peur, disait le sage Montaigne. » On sait, en effet, où a abouti cette double* mystification ; que, procédant par vole tortueuse, en homme nourri d*une haine contre le passé dans ce qu'il avait d'auguste, contre le g^ie dans ce qu'il offire de recours à une nation trop longtemps abusée, ne voyant que ses sycophantes, il ait mis pour lui et pour eux la France en coupe non réglée, mais sombre ; — qu'il Tait drainée, saignée, et par la formation de ces sociétés rapinières, par l'octroi à ces traitants, accapareurs établis sous l'enseigne de l'estampille impériale ; — que, sous le prétexte qu'à lui seul appartenait le pouvoir de constituer ou d'effacer; — qu'en lui, par la délégation plébiscitaire, résidait la démocratie autoritaire dès lors, pouvant aviser comme bon lui semblerait; — qu'à ce titre suspect, mais acclamé par la tourbe des stipendiés, il ait pu, au mépris de toutes les règles de morale comme de la véritable économie politique, se i ouer de tous les principes ; — que, violateur dans le droit politique international, il ait fait entrer dans les affaires une flibusterie légalisée, dont les conséquences vont envelopper dans une ruine commune des millions de dupes d^ tous rangs et classes ; — que par suite, il ait facilité et encouragé la création, à toutes enseignes amorçantes pour la crédulité, de ces montagnes fie fausses valeurs, hélas! gouffre de tant d'économies, de capitaux; — que, dans une partie où il engageait îa fortune de la France le sang de ses enfants, l'avenir de cent générations, il ail mis le comble, par la malédiction universelle même des soldats qui l'ont si souvent acclamé, par le mépris du monde pour le pitoyable acteur qui, par une porte dérobée, se sauve honteusement au lieu de mourir sous le drapeau qu'il a compromis ; — qu'arrivé à ce point de décadence (le mot est trop doux encore), il ne craigne pas d'y mettre le comble summa wjuriq, par le dernier outrage aux lois divines et humaines ; — qu'il soulève la conscience de qui n'a pas abjuré Dieu et garde une étincelle d'honneur, un reflet du vrai; eh bien! quelque eflirayant que soit ce cynisme, il est dajis la fatalité de celte nature. Elle tapisse sa vie de conspirations, de men.

semé sa route, ceci est la fatalité de son caractère, empreint dans celle du passé.

songes, leur cortège obligé, jonchée de déceptions, de malheurs, marquant son funeste passage. Soit (lu'il touche à Htalie, à la Pologne, à 1» question américaine, ~ au Mexique, — à TAllemagne, — aux utopies dont il vient couvrir ses déconvenues, — enfin à la question espagnole, où il complote avec Prim qui l'abandonne, il n*a qu'un but, idée fixe, écarter Montpensier. Il flnit par arriver, à la question allemande, il veut biffer ce qu'il avait consacré au moyen d'un post-scriptum dont il savait la frivolité, en arguant d'une fausse pièce et d'approbations diplomatiques imaginaires^ aux applaudissements d'une majorité ûrappée de vertige ? N'était-ce pas la préoccupation purement dynastique de ce Bonaparte aiguillonné par sa haine corse, qui égarait une fois de pliis, comme toujours^ la politique ncuionale.

Sous la foudre de ces souvenirs — de ces fôutes sans exemple — de ces impudeurs, après Sedan, après cet acte inexplicable que Tarmée prisonnière appelle la trahison impériale, — cet homme serait assez étranger au sens moral, au remords, pour se flatter, fordé de ruse, en offrant au vainqueur qui le détient splendide prisonnier, sa soumission comme surenchère, pour asseoir sur ce trône qu'il a souillé, soit sa livide figure, soit l'émanation. de son sang. Contre ce sacrilège les flots de sang versé reculeraient d'épouvante. Comment l'hôte de Willemshœhe ne voit-il pas que les spectres, les prisonniers, les familles frappées, tous, jusqu'aux dieux mânes des maisons incendiées, uniraient le murmure inapaisable de leur malédiction I Quoi ! une guerre à laquelle se rattache cette tragédie, ouverte par l'agression de Saarbruck, pour donner à Venfant le baptême de feu, qui s'est continuée par Wissembourg, Wœrth, Bazeilles, Sedan, qui enveloppe Paris en ce moment, se dénouerait en relevant le tr^ne sanglant de celui qui l'a conçue et conduite sur tant de souffrances, de tombeaux. Ce livre a pour but de montrer que c'est impossible.

Là se détache un point de vue qui dissipera toute équivoque.

L'empire reconstitué devait rappeler, sar la France, les défiances que le premier avait laissées au cœur des nations et des dynasties humiliées. — Ce qui est pis encore, c'est d'avoir naturalisé la présomptueuse et dangereuse illusion d'une force, d'un pouvoir, d'une domination irrésistible, comme par l'effet d'un talisman . C'est que Napoléon I®' développant une force surhumaine, avait surfait l'effort national; à force de génie, il l'avait poussé au delà des limites du possible. Au contraire, Napoléon III, abaissé d'esprit et de cœur.

a dépensé follement le capital de force et de gloire remis sans contrôle , entre ses mains débiles. La France le paye aujourd'hui.

Cependant l'expédition du Mexique, tant d'autres méfaits se levaient contre le pouvoir discrétionnaire réclamé par le plébiscite. Huit millions de voix n'en ont pas moins acclamé le césarisme. On aura beau faire, la déconvenue vainement multiplie les leçons pour l'ignorance, pour la foule superstitieuse; bien longtemps encore il y aura le fanatisme de ce nom. Les malheurs venus par lui couvrent la France du deuil de sanglantes défaites dues uniquement au chef de l'État. Néanmoins, que dit le paysan aveugle dans sa fascination? Il s'en prend à tout autre qu'au coupable , il crie à la trahison. L'égorgement du comte de Moneis est un éclair de mort sur ce redoutable abîme, que quelques jours de plus de l'empire eussent ouvert sur mille points divers. Si, comme au temps du Vieux de la Montagne, il est un charme qui puisse faire les séïdes, il est dans ce nom fatal. Pour lui, les campagnes, une fois relevées de leur étourdissement, se précipiteraient à de nouvelles folies; comme l'a dit Béranger :

« On parlera de lui sous le chaume bien longtemps, » Car on n'y connaît pas d'autre histoire. »

Là est le péril pour la France en même temps que pour le monde. L'ignorance accouplée au suffrage universel en rendrait le retour facile en même temps que redoutable. La fatalité est inhérente à certains personnages, à l'ombre même de leur mémoire ou de leur sang dégénéré. Lé paysan, en vérité, perd sa raison quand il entend prononcer ce nom : Napoléon.

Telle est la vérité qui frappe quiconque, égaré dans les campagnes, aura occasion d'entrer dans une cabane, causer avec le laboureur, qui a pour musée national deux ou trois enluminures grossières des victoires de l'Empire. Tout est là pour lui. Les hommes d'État, les libertés constitutionnelles, les forces des autres pays, pure chimère à ses yeux. Qu'on plaisantât à cet égard, que l'on fît des journaux et des discours, rien ne prévalait contre ce féticffisme créé par le catéchisme napoléonien , un petit almanach tenu pour plus vrai que l'Évangile du Christ. Toujours est-il que, dans un gouvernement où la loi vient du nombre, c'est le paysan qui prédomine. Il déborde les villes, siège des lumières, il les ^(maille avec malice. Ainsi s'expliquent les folies califfulairea du second Empire. A cette sinistre lumière se découvre la cause des malheurs de la

France* Une lign^ noire de M. Dupin, dan? sa division topographique, marquait l'ignorance; en eat-il une qui puisse être à T unisson de cet aveuglement des villages? Ni Waterloo, ni le 3 décembre, qui inaugura l'escamotage abominable, ni les plus douloureux revers, n'ont pu dessiller la majorité rurale% En attendant que le désastre de Sedan fasse tonner la malédiction nationale par la voix de France et de l'Europe, il est prudent de se précautionner contre une nouvelle surprise à l'ignorance. Vient le propos de l'adage : Mem agitât molem.

Ce n'est pas un tableau fantastique, c'est à peine une esquisse d'un désastre, qui reporte sur celui auquel en revient la principale part une responsabilité plus brûlante que la tunique de Déjanire. — Voit-on ce que cette entreprise lugubre de l'œuvre de l'élu plébiscitaire a enfanté de souffrances humaines dans le présent, légué d'onéreux sacrifices aux générations futures, en supposant l'hypothèse de la moins funeste issue ! Il faut considérer dans la tâche qu'a M. Favre l'état désespéré où l'empereur a laissé la France? Qui peut ainsi mesurer la profondeur de l'abîme

entr'ouvert par la présomption, frayant la route par le crime, par la désorganisation, à cette grande catastrophe ?

Que Guillaume, ce fier monarque qui invoque le droit divin en l'appuyant d'une victorieuse épée, lui l'héritier opiniâtre, plein de foi, du grand Frédéric; que représentant d'une origine et de doctrines en opposition avec cet accouplement de socialisme dont Napoléon a fait l'enveloppe de son arbitraire sans frein, — que le comte de Bismarck, sans nul doute un grand architecte d'État, sur les entreprises desquelles M. Thiers et nous-même avons en vaîn averti le pays ; — que ce ministre, dont la logique terrible, dans la mission qu'il poursuit, secondé par une rare sagacité, — que le. planisphériste d'un nouvel empire veuille se donner non pour auxiliaires, mais comme obstacles et fulminates, les soulèvements de l'âme nationale, l'épouvante des honnêtes gens révoltés, — qu'il blesse la fierté des couronnes troublées par cette impossible résurrection; — croire que souverain, chancelier, gouvernement de la Confédération du Nord s'abaissent de la sorte si audessous de la hauteur de leurs vues, — qu'ils puissent rouler si bas du sommet de leurs prin-

cipes, si Ton veut de leur superbe ambition, par cela même exclusive non des moyens terrifiants, mais des vils complots, — qu'ils importent les procédés de Timmoralité napoléonienne dans leur politique, — voici ce que nous refusons de croire, par respect pour ces terribles adversaires ! — Le laurier n'entrelace pas le pilori du coupable. Les procédés de la vraie grandeur, le soin de sa réputation, la coquetterie de la gloire excluent cet accès au mépris; on ne peut vouloir assurément, à aucun prix, lui fournir cette justification. Tout homme qui se respecte, à quelque parti qu'il appartienne, doit donc considérer comme apocryphe cette prétendue participation, ou propension, à un projet aussi scandaleux. Une vilainerie de cette nature serait l'opprobre sur le front des plus glorieux.

Car si le souverain déchu, à défroque plébiscitaire, est capable, à tous prix, en avalant la honte comme de l'eau, en souscrivant à toutes les capitulations antinationales^, ^de vouloir, gnome sorti dé la mort, se ruer, de nouveau, en exploiteur sur sa victime, la France ; s'il l'ose, après Sedan, où, par une raison qui se fait transparente, il a livré l'armée française rançon de sa piersonne, tel qu'un rat dans une souricière ;^ de-

vaut ce nouvel attentat, un si grand choc dçs çopsciences se fera, que l'audace ^n'aboutira pas. Contre elle commencera par s'élever l'anathème , du soldat ; il fallait l'entendre à Sedan ; il fallait, le voir défiler, la rage dans le cœur, en longues files, sous l'escorte des vainqueurs; il faut avoir recueilli ses récits et jugements sévères ; il faut avoir visité ce vaste champ où la défaite était écrite d'avance par la topographie qu'a méconnue le plan delà bataille, où le soin de la sûreté de l'Empereur dominait la question militaire et nationale; on sent partout la fatalité dans laquelle cet homme enveloppe, par des fils diaboliques, pays, armée, présent, avenir ! Comme les harpies de la fable, il empoisonne ce qu'il touche.

Ainsi l'histoire, écho courroucé du sentiment public, n'aura pas à gémir sur une restauration où le crime entraînerait, comme le spectre dans la danse macabre, la victoire, la politique, et la diplomatie de l'Europe. Ce serait pis que la révolution de \bl violence, ce serait le sacre par le mépris.

Croire que le futur empereur d'Allemagne, qui en recevant la déclaration 'de guerre, au milieu de sa famille, entouré de Moltke et de Bismark, prenait lé ciel à témoin que Napoléon était l'agres-

seur (1) responsable ; -»- s^imaginer que lui et le Bichelieu allemand qui a dépassé le nôtre, acceptent ia souillure d'un compte à demi avec le contact napoléonien : à moins de voir cette profanation par nos yeux, à moins d'entendre par notre ouïe rétracter le langage auquel ils nous ont accoutumés depuis 1866 et que nous avons caractérisé ailleurs, jusque-là nous ne croirons pas qu'ils puissent s'envelopper dans le linceul d'une pareille in&mie. — Pour avoir les faux sourires d'une troupe A^gambler^y ce ne sont pas des autocraties, des aristocraties, ce n'est pas le puritanisme protestant, ce n'est pas un peuple fougueux dans sa vocation, austère dans ses mœurs, fier dans ses professions, d'une si haute culture intellectuelle; aucun d'eux ne consentirait, au prix de quelque bassesse que ce fût, à prendre la diabolique responsabilité du retour d'un règne qui a réuni toutes les anomalies démoralisatrices. Ni la légitimité, — ni les évocateurs du droit ne sauraient servir de parrains à l'illégitimité des principes et des personnes, — de même qu'à la flibusterie plébisci-» taire élevée sur le mépris du droit traditionnel, au

(i) Plus tard Guillaume le séparait de la France. De ce langage il ressort Que le eoupaUle tombé, il serait humain d'arrêter niolocauste dont, suivant le roi de Prusse, son prisonnier est le seul auteur. Voilà le cri de la justice et de Ihumanité.

point de vue monarchique, sur celle de la souveraineté de la raison, au point de la démocratie honnête, jalouse de régler sa marché sur Tesprit nouveau.

Ce serait donc pour réimposer ce régime de renégats, à la pointe de leurs canons sur le monceau de victimes des deux races, que l'Allemagne aurait fait ces efforts de géant, dacs ce long parcours de morts. — Ici, Tabsurde de* fantaisistes du projet le dispute à Todieux. Quoi! la fausse grandeur qui s'est elle-même jetée en bas du haut de la colonne de l'oncle réapparaîtrait tout à coup. La décadence du bas-empire n'a rien de comparable. Le césarisme souillé à ce point, trouvant une race royale comme sa garante, couverait en Europe les laves du socialisme. Chaque jour apporte un nouveau méfait. L'Empereur s'est dérobé à sa mission a forfait à son devoir envers son peuple — comme à ses déclarations envers l'Allemagne, à ses offres même au roi Guillaume, témoin la révélation sur le tentateur Benedetti.

Ecoutez ce tonnerre qui roule chaque jour plus tonnant dans l'esprit public; c'est pour avoir démoralisé la nation que Napoléon III recueille le dégoût de l'Europe dont le prince Albert et tant d'autres se sont fait les organes.

vin

L'affaire des> adresses provoquée par M. de Moriiy, figure élégante sous laquelle se dissimulaient tant de passions, fut suf le point d'allumer la guerre avec la Grande-Bretagne. Il a été révélé par nous, dans un autre ouvrage, comment cette extravagance fut prévenue : son accomplissement tint à un^ fil. La guerre, dont le même souverain a pris l'initiative à l'égard de l'Allemagne, alors qu'infidèle il retenait dans une infériorité numérique l'armement de la France, semble avoir eu pour motif 4ine rancune corse. Mais au lieu d'un individu qui dénonce la'^vendetta, à ses risques et périls , c'était' un autocrate de la guerre qui

jetait dans sa querelle la vie de son peuple.

Le vice et le faux étaient entrés à ce point dans Tâme oblitérée de Napoléon, qu'il ne sentait pas les outrages qu'il faisait à sa mère, en couvrant d'honneurs des hommes dont l'origine émergeant au regard de la foule devait altérer le fils. Le diadème ne couvre pas, il affiche. Qui lui faisait ainsi braver l'opinion , si ce n'est le mépris des hommes qu'il jugeait à sa mesure. Peut-être aussi importait-il au pouvoir une funeste idée, plus en rapport avec l'atmosphère de la cour d'assises qu'avec celle d'un trône : c'est que les déclassés, en rupture avec les principes, sont les plus dociles instruments. Aussi a-t-il lancé la fusée qui devait donner le signal des malheurs de la France ap*» puyé sur trois hommes de mauvais augure.

L'un était renégat de la République ; l'autre avait délaissé la légitimité, sa caressante nourrice; le troisième (1), champion des tristes bureaux arabes dont il avai.t fait partie, prétendait faire sortir la régence du désastre et des hontes de Sedan, au moment où il s'agissait de prévenir les ejfFets de la juste colère du peuple par la déchéance> qui était un devoir. Autrement, la nécessité, plus forte que l'intrigue, allait dicter son

(i) M. Jérôme David.

arrêt à rassemblée, frappée de terreur. L'invasion dé la Chambre était l'inévitable conséquence de l'hésitation des aveugles de la majorité. Ils voulaient par voie oblique, imposé au public indigné la race qui portait le stigmate de l'impopularité et. de la défaite; et, là encore, ne savait-on pas ce qui est aujourd'hui témoigné par WimpflFem, c'est que le chef, pour échapper au péril, a livré son armée, en trahissant son devoir. Il n'a pas été fait prisonnier en combattant l'épée à la main, comme les chevaleresques vaincus de Poitiers et de Pavie. — Après avoir engagé la guerre seul, il ne s'inspire que de lui-même pour faire arborer ie soipbre dra^ peau de la soumission. Il se dérobait par la porte' de la hotite, mais il plaçait l'armée dans la cage de la captivité; il jetait au gouffre la fortune et l'honneur de la France.

La République est dont née de l'obstination dynastique à s'imposer quand même, comme la guerre a été le fait exclusif du parti bonapartiste; — il ne faut pas laisser au subterfuge, à la mauvaise foi, un accès pour reporter le blâme sur qui les a avertis. La paix (on ne saurait trop établir les faits donnant pour chacun la mesure de sa responsabilité), M. Thiers en avait tracé le programme : — il était accepté par le roi de Prusse»

— l'opposition s'était ralliée à l'esprit, à la pensée du .célèbre homme d'État. — Le Timea^ ce journal d'une grande autorité, a, dans des articles de la plus haute portée, mis en relief tous les torts de l'empereur. On ne trompera ni les cabinets, ni M. de Bismark, ni les classes éclairées, qu'on désigne, sôus la dénomination de la galerie du premier européen, x

L'incrédulité que nous opposons à ces rumeurs, propagées par de certains organes de la Prusse, ayant laissé supposer la propension de M. de Bismarck pour une restauration impériale, n'est au fond qu'un hommage à des adversaires qu'on peut combattre (et nous l'avons fait toujours) , mais il faut en reconnaître Thabileté. C'est le devoir de l'homme politique de repousser les illusions et de s'élever au-dessus de la partialité.

Le motif prêté à M. de Bismarck a une profondeur de dégradation, où sa fierté ne peut pas plus tomber que sa prévoyance. Ce n'est donc pas lui qui redressera le césarisme napoléonien , ce symbole brûlant de la guerre et de la perfidie.

En général, le public est trop enclin à attribuer aux chefs d'empire, aux grands ministres, un machiavélisme qui écarte la moralité d'un vaste but à poursuivre. Le génie créateur, même conquérant, a pour meilleur auxiliaire la conscience humaine à mettre de son parti. Après l'œuvre de destruction accomplie en terrifiant la chair, vient l'œuvre de la reconstitution. Pour que le succès même obtenu ne soit pas passager comnie un rêve, il faut gagner l'esprit. On n'y réussit que par l'honnêteté.

Ainsi, il y a des positions où, grandi par elles.

par les actes, par le dessein que Ton se propose, sous le regard braqué du monde que tient attentif un grand renom, dans Tordre moral comme dans la conduite pratique, on ne rompt pas avec la conscience universelle.

Voici pour le principe, alors qu'il est la colonne d'un idéal incarné dans des succès inouïs. Les lugubres, mais immortels lauriers de Kœniggraetz et de Sadowa devaient remener la massue de l'hégémonie prussienne sur le pâle héritier de Napoléon I^', dès lors qu'après avoir souscrit à Véta^ hlissemçnt d'un empire allemandy tout à coup il veut, par un procédé oblique, réagir contre ce qu'il avait encouragé et salué comme propice. Cet incapable, auquel l'officiel et une presse gagée prêtaient la profondeur d'un immense génie, n'avait pas vu que proclamer maudits le$ traités œuvre de M. Talleyrând, surprise faite aux vainqueurs, c'était préparer sa propre déchéance. — Grâce à lui, la France suspecte était compromise dynastiquement , par le retour même à la dynastie Bonaparte, très-fatal mariage ; elle était — politiquement — isolée par le fait même de ces façons d'un capitaine fracasse, qui n'avait xien à offrir que cette perpétuelle rengaine des souvenirs d'une autre époque. Répétés à tout

propos, ils devenaient une injure, une menace, un agacement pour les gouvernements et les peuples étrangers.

Ah! si les mânes frémissent au bruit de la terre, ceux que le prince de Joinville alla chercher à Sainte-Hélène, et qui reçut l'hommage d'une grande nation, doivent rejeter leur linceul, soûs la honte iinprimée à ce nom fabuleux par Napoléon le Petit. Augustule a fini l'histoire de César ; l'ironie de la Providence se retrouve à travers les siècles rééditant les mêmes leçons.

L'ordre des intérêts de la Confédération du Nord n'est pas moins concluant contre cette restauration. Devant l'eflFusion du sang allemand qu'a nécessité l'invasion du roi Guillaume, prétendre ramener celui auquel s'attache cette responsabilité, plus dévorante que la tunique de Nessus, ne serait pas moins injurieux pour l'Allemagne bafouée que pour la France indignée. Il appartient à des politiques à courte vue, à des abâtardis de la ruse, aux fauteurs du mensonge, aux terriers des mines secrètes, des embuscades honteuses, d'avoir pour instruments des êtres su-

bornés, prêts à tout. Autrefois, sur des peuples barbares vaincus par eux, les Romains établissaient des rois leurs créatures. Des moyens analogues, sont pratiqués dans l'Inde, des rajahs pensionnaires de l'Angleterre régnent sur une race dégradée livrée à leurs rapacités! Mais, où se trouvent la parité, l'analogie des lois et des mœurs? Qu'y a-t-il de commun entre la France, sa nature, l'esprit moderne qui la possède et la pousse, avec les peuples de l'ancienne servitude et les castes avilies de l'Inde ? '

Ainsi le code de l'honneur, la logique des intérêts eux-mêmes, si souvent en contradiction, s'accordent, en cette conjecture, pour dire à l'homme sinistre qui ne vit dans l'élévation extraordinaire à laquelle le porta l'idolâtrie d'un nom, à ce souverain lépreux dont la vicieuse autopsie surenchérit les dégoûts connus : « Homme de malheur, vous avez perdu un peuple en léguant à l'histoire, à l'instar de ces grands criminels que la justice laisse .à la phrénologie, l'emprunt d'un masque nouveau, celui de la fatalité. Vom avez désacré la vérité et la foi humaine. Vivez enfoui sous ce poids de souvenirs, vous n'avez plus qu'à jeter sur ce catafalque sans gloire la courtine des millions que vous avez emportés. Ma'*'

votre règne sur une nation chrétienne serait la négation profanatrice de tout ce que l'Évangile proscrit et l'honneur réclame. «

Que pourrait être un empire repétri avec des misères si lamentables, surgissant de tant de sang et de ruines? Il serait une insulte aux chaumières incendiées, aux populations chassées sans asile, ^ aux famines, — cortège d'une pareille guerre, — aux malédictions formant un concert infernal dont l'écho troublerait l'Europe, en figeant le remords au cœur des complices. — Il semblerait la statue du commandeur placée sur le trône de Louis IX, pour en faire descendre, au lieu du doux rayonnement des vertus du saint roi, la vengeance, la colère, le désespoir.

Il est un personnage terrible , dont la poésie a grandi Thorreur, c'est le Don Juan remis en scène par Molière et lord Byron. A travers les déguisements que revêt l'ironique corruption de ce fripon, pour lequel il n'y a rien de sacré, un jour il apparaît avec tous les insignes de la plus pure dévotion. — Ce n'était rien cependant en regard de ce que se proposerait Napoléon III. L'imagination du plus sombre des poètes serait restée bien en deçà de l'horreur de ce plan; s'il lui était donné, par la réussite, de souiller l'histoire, ce serait le Bazeilles de la morale. Seulement, l'incendie de

cettfe cité a été la lugubre prouesse de quelque obscur capitaine.

Aujourd'hui ce serait le Roi, dont M. Russell traçait ces jours-ci la figure accentuée, /qui ayant foi au droit divin^ se croit une missionl^ viendrait consterner la conscience humaine. Pour jeter sur la terre la sacrilège ironie de la force, il n'imaginerait rien de mieux que de couronner le coupable, et de l'armer du glaive aiguisé sur la meule étrangère, pour le supplice des familles pleurant les victimes entassées par cet empereur de la défaite et de la mort. Ce blasphème-la ne tombera pas d'une bouche royale. Sous son feu dévorant, le capitole du vainqueur lui deviendrait un cuisant remords.

Comme nous , une môme impression saisit les visitteurs des champs du carnage. — La stupéfaction de la ville de Sedan témoin de la défaillance de son hôte impérial, — les 90,000 hommes qui sont allés rejoindre les 60,000 plaçant 150,000 de nos compatriotes dans cet exode de la captivité (1) — les officiers prussiens étonnés d'une soumission sans exemple dans les annales de la guerre, — un empereur qui fuit pour se rendre , au lieu de

(i) Les capitulations de Toul, de Strasboarg, et d'autres combats de détails en ont encore accru le nombre.

combattre, et de faire pour lui et les siens la trouée qu'offrait le général Wimpffen, — ce dédain qui ne laisse tomber des lèvres glacées un mot de sympathie pour ceux dont il a causé l'infortune, — tout devrait faire rentrer dans les catacombes les plus reculées celui qui a fait cette tragédie.

Devant cet océan formé par toutes les misères humaines, 's'il n'est pris de l'endurcissement de quelques incorrigibles attachés à l'auge impériale, qui oserait arborer la fausse enseigne d'un tel empereur ! Ce serait la plus grande injure que pourrait ambitionner la démagogie pour la majesté royale. Alors, en vérité, la république s'offrirait aux peuples scandalisés comme une sauvegarde contre une pareille infamie. Quel souverain de sang, quel chef d'État, sans que l'explosion de toutes les consciences n'éclate en volcans, pourrait donner à cette contrefaçon souillée ce titre prescrit par l'étiquette : « mon frère « .

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