‹ La journee de Sedan par le géneral DucrotChapitre 2 sur 7 · TOURNÉE DE SEDAN · texte numérisé non relu

TOURNÉE DE SEDAN

. Après le grave échec du 5° corps à Beaumont et à Mouzon, le général Duerut, commandant le i" corps, reçut l'ordre du maréchal de Mac-Malion de protéger la retraite de l'aimée, soit [Kir Dotisty. soit par

s Bossai], aide de caiïipdu jït'iiéral I hiernt, je ne peux » savoir encore ce que je ferai. Dans tous les cas, x que l'Empereur parte au plus vite pour Sedan. »

Le général Ducrot avait donc deux points à occuper: Donzy ctCarignan.

Si l'on opérait la retraite par Carignait pnur gagner Hypoiiiè» Montraédy par Margut, l'armée n'avait pour manœu- IXJimtiv! vrer qu'une étroite bande de terrain limitée au Nord

par la frontière, au Sud par le Cliiers, et large de .T à 5 kilomètres au plus; notre liane droit, insuffisamment protégé par la rivière, était très-vulnérable.

Déjà fortement ébranlés par les défaites de BeaumontctMouzon, toujours canonnés. suivis pas à pas par u» ennemi formidable que le succès avait rendu audacieux, il eus été dangereux de nous entasser dans un aussi petit espace.

Parvenions-nous à gagner Montmédy et Longwy?

Ces petites places ne pouvaient ni nous approvisionner ni nous détendre, et plus que jamais nous étions acculés ùla frontière.

Poursuivions-nous notre course? F.puisés, démoralisés, nous nous heurtions ans ïMO.000 hommes du prince Frédéric-Charles qui venait de réoccuper les positions vaillamment conquises par l'armée de Metz dans la soirée du 31 août.

Les combats d' arrière-garde, les marches forcées.

raient réduits à 50 ou 60,000 hommes. Que serionsnous devenus, pressé* entre les iîÛO.000 hommes du prince Frédéric-Charles et li s diiO.OOO du prince royal ?

Tel aurait été sans doute le résultat d'une retraite par Carignan sur Montmédy.

iiypMhèM L'armée se retire-t-elle par Douzy, Givonnc, Illy 'ji'ii'Tf" 1 '" '"' S'aint-Menges sur Mézières ou par Fieigneux et Bosséval sur Hocroy? Fntre la frontière et la Meuse, l'espace suffisamment étendu permet de s'écouler sans trop d'encombrement (la partie la plus resser-

rée de cette bande de territoire est de 5 kilomètres entre la presqu'île d'Iges et la frontière du bois du Grand Canton).

On ne saurait objecter la difficulté de passer sous bois; les chemins y sont nombreux et généralement bons ; du reste les obstacles naturels sont les mêmes du coté deCarignan.

Au lieu d'élri; à peine protégé par la petite rivière du Chiers, on est solidement flanqué à gauche par le gros cours d'eau de la Meuse. Les ponts de Douzy sur le Chiers, de llazeillcs, de Donchery et de Villers sur la Meuse une fois détruits, on est assuré d'une grande avance sur l'ennemi.

A Mézières on peut s'appro visionner et l'on trouve le renfort des 30,000 hommes du corps Viuoy. Si Ton poursuit sa marche, au lieu de tomber dans un pays envahi et de s'exposer à être broyé entre deux armées, on reste en communication constante avec Paris, on gagne l'Ile de France, le Hainaut. Alors bien appuyé sur nos places fortes du Nord que l'inextricable réseau de nos canaux rend toujours formidables, on peut l'aire rolte-lacc et attendre.

L'ennemi eût-il osé s'cng.iger entre la Seine et la Somme pour continuer sa poursuite? c'est peu probable; car à ce moment Paris se fortifiait et se créait une armée; Bazainc n'avait pas encore été entamé; Strasbourg tenait toujours. Dans tous les cas nous avions une excellente posiLion défensive.

Tel aurait été sans doute le résultat d'une retraite vers îe Nord par Douny, Illy, Fleignenx, etc.

11 n'y avait donc pas à hésiter,

Aussi le général Ducrot se mit-il en masure de protéger la retraite par Douzy.

Il envoie aux l" et 3" divisions du 1" corps (Wolf et Lhërilïer) l'ordre de rester à Douzy, d'y revenir en toute hâte dans le cas où elles l'auraient dépassé, et de s'y établir solidement pour protéger la retraite île l'armée. Pour su conlbnur.r exactement aux ordres du maréchal, il établit ses deux autres divisions à Cariguan, sur les hauteurs qui s'élèvent entre cette ville et Blagny.

Ces dispositions prises, le général accompagné de son aide do camp, le capiiainc liossnm se rend auprès de l'Empereur lui annoncer le nouvel échec de nos armes à Mouzon. L'Empereur ne voulait pas y croire ; il lit répète!" plusieurs ibis au capitaine Bussan le récit des événements dont il avait été témoin ; très-vivement ému, il dît à plusieurs reprises : a Mais c'est s impossible! nos positions étaient magnifiques! i> Suivant l'ordre du maréchal, le général pria l'Empereur de se rendre à Sedan par le chemin de fer. Sa Majesté déclara qu'elle voulait être avec le corps qui couvrirait la retraite. Le général lui lit. observer que sa présence ainsi que celle de sa suile augmentait boaucoup les difficultés déjà si grandes d'une marche rétrograde. L'Empereur revenait toujours à sa première idée, et malgré ses instances, le commandant du 1" corps n'ayant pu obtenir une réponse décisive, se retira. Ce ne fut que quelques heures après qu'il apprit, que Sa Majesté s'était rendue à Sedan par le chemin de fer.

Pendant la nuit le généré Ducrot ne reçut pas M"*" 1 d'ordre, mais persuadé que la retraite .se ferait par Ratons* de le Nord, il prit les mesures nécessaires pour faire (iler iimn-im. Lettre

les haiiam-ri et !■'.-; fvi'vjees udmimsinilils dans lu di- n " " élléral

00 Hurunrritlt.

rection de Givonne et dllly, et prescrivit a 1 Intendance de préparer des vivres sur en point; puis après avoir dicté l'ordre de marche pour le lendemain matin 31 août, il écrivit au général Margueritte qui était campé avec- sa division de cavalerie en facr.de Blagny sur la rive gauche du Chiere, la lettre sui-

« Mon cher Margueritte, les événements qui se » sont passés dans la journée à Mouzon rendent i> notre situation très; -grave. Je n'ai pas d'ordre à j> vous donner (1), mais un simple conseil. Je vous 1 trouve bien en l'air sur lu rive gaucho du Cliiers, a et je pense que vous feriez bien de repasser sur la B rive droite pour venir camper de l'autre côté de Can rignan où il y a un emplacement convenable. Je » compte partir demain matin pour me diriger sur s Sedan, non par la route de la vallée qui ne me s parait pas sûre, vu le voisinage de l'ennemi , et <> qui est d'ailleurs [i.rt f'in'fimluve de voitures et de n bagages, mais par la route de la montagne qui a passe parOsnes, Mczineourt, Pouru-au-Bois, Frani cheval, Villers-Cernay, Givonne et llly. Vous pour- » rt}7. marcher parallèlement, à moi entre la grande j: route et la route de la montagne: d'après les rens soigiiemcuis que j'ai recueillis, le terrain est très- Ci) Udïiiiion Hargucrtllc ne r.ii'nil pa* partie du 1" corpp.

o praticable à votre; cavalerie. Nous marcherons fie » concert, prêts à nous soutenir mutuellement et s nous camperions ensemble à Illyoù nous serions

0 à peu près en sécurité et en situation de recevoir h les ordres du maréchal.

b Votre ltien affection ni' 1 ,

s Général Dccrot. »

Le général Margueritte répondit:

i) Mon général, je pai'tum; complètement vos apb préciatïons sur la gravité de la situation. Je vais

1 immédiatement suivre votre conseil et repasser s sur la rive droite du Chiers pour aller prendre mon h bivouac de l'autre cùlé Au C-Linguan. Demain matin b je suivrai l'itinéraire que vous m'indiquez pour me > rendre à Illy et je me t iendrai à vos ordres. Oroyest, » etc.

n MaHGCBHITTE. y

quai-tier g énéral prend ses dispositions de marche et écrit au "maréchal commandant en chef :

a Monsieur le Maréchal, il est huit heures du ma- » tin, je ne vois rien paraître sur la route de Mouzori » à Carignan. J'en conclus que Votre Excellence a B effectué sa retraite par Douzy. Je vais donc comb mencer mon mouvement, et comme la grande s route de la vallée me parait peu sûre, je vais prenb dre le chemin de la montagne par Osnes, Mézinb court, Pouru-au-Bois, Francheval, Villers-Cornay,

s Givouno et Illy. C'est là que je compte établir » mon bivouac.

» Entièrement à vos ordres, j'ai l'honneur d'e- » tre, etc.

d DucHor. »

En même temps le général faisait prévenir les 1" et nairoiis du 3" divisions restées h Douzy de se rabattre, une fois '" ""'** ['armée écoulée, vers Francheval, où il viendrait leur donner la main. Mais avant que cet ordre ne. leur parvint, les généraux Wolf et Lliériller reçurent du maréchal, à son passage à Douzy, l'ordre de se rendre directement à Sedan.

Le mouvement de retraite commença à Carigmin par la 2° division, et fut suivi par la V. L'artillerie marchait sur la route à hauteur des divisions, la cavalerie à gauche de la route de la montagne avec de nombreux éclaireurs battant l'estrade. Par un simple à gauche on se trouvait ainsi en bataille et par échelons.

Pendant tout le temps de la route, Tordre le plus parfait ne cessa de régner.

Arrivé vers midi à Francheval, le général Ducrot o« n* B iw fut arrête par les bagages et les parcs du 5" et du 12' *,j^3rît corps qui. eanonwis à distance, s'étaient jetés à mbumeUhtIi droite sur les hauteurs.

Dans la matinée, le 12 L corps qui avait traversé le Chiers à Douzy s'était pwté sur Bazeilh^ et repoussait les Bavarois qui tentaient le passage de la Meuse. Malheureusement le pont de Douzy abandonné d'après l'ordre reçu n'avait pas été détruit, et l'ennemi ie franchit sans obstacle.

Lu pont de Bazeilles, quoique repris par le 12' corps, ne fut pus rompu; il en fut de méme-de celui de Donchery. (Jes négligences devaient Être cruellement expiées.

Le général Ducrot voyant di-s hauteurs de Francheval l'ennemi s'avancer par Douzy, prit sua dispositions pour le recevoir dans le cas où il tenterait une attaque, mais aucune démens t ration oll'ensive n'ayant en lieu, il reprit dans le même ordre que précédemment sa marche sur Illy, en s ! entourant de nouvelles précautions à l'arrière -garde, ordre jii Les colonnes du 1" corps débouchaient à haunweriwi ram- tour de Villers-Cernay, lorsque l'ordre suivant fut redw/àfiJ»- mis au général par le lieutenant-colonel Broyé, aide uir inr scdnii. de camp du Maréchal : g Mon cher General, je vous » avais fait donner l'ordre (I) de vous rendre de Caris gnan à Sedan et nullement à Méïièrcs où je n'avais » pas l'intention d'aller. Ayant vu ce matin le gé- » lierai Wull, je vous croyais à Merlan. A la réception s de la présente, je vous prie de prendre vos disposa sitionspour vous raballre dans la soirée sur Sedan, .» dans la partie Est. Vous viendrez vous placer à la » gauche du 12' corps, près de Bazeil les entre Halan ii et Baxeilles. EnToyez-moi d'avance votre chef d'état- » major pour reconnaître celle position. Recevez, etc.

B MiC-MiHON. ï

Petite ville de vingt mille âmes, Sedan est située

J) Cri unira n'csl .jamuij [laiiiînu un gémirai [ommandnnl le l" corpi qui n'a re.;u d'uultu iiutniclioni du niaréchol que cdlci rop- IwrlÉft dans In journée du UOpoc le Cspitilno Bossan.

sur la rive droite de lu Meuse.; le faubourg de Torcy in prolonge à l'Ouest. A l'Est, s élève lu Vieux-Camp, sur une hauteur (242 mètres) i|ui domine entièrement la vieille ville.

Si l'on jette un coup d'œil sur la campagne environnante, on voit de Hemilly à iges une longue vallée dont les points culminants sont sur le versant occidental, les hauteurs de Noyers, de Wadclincourt et d'Iges; sur le versant orientât, les collines de la Petite-Moncelle, de Vil lers- Cornay, lus hauteurs boisées de ht Garenne, le calvaire d'IUy, les plateaux de Floing et de Saint-Menges. Au fond, serpente la Meuse, coulant dans une direction générale du Sud-Est au Nord-Ouest, Arrivé à Iges, le lleuve change brusquement de direction, court pendant 1,500 mètres de l'Est à !'( lues t. puis redescend brusquement au Sud, jusqu'aux environs de Donchery,

Ce méandre dessine la presqu'île d'Iges, qui s'avance en pointe vers les hois de. la l'alinette et du Crand-Cauton, limite du territoire français.

Au Nord, s'élèvent des hauteurs hoisées, à travers lesquelles court notre frontière, dans une direction générale de l'Ouest à l'Est.

En regardant ht carte, on voit que la ligne de ia frontière forme avec la vallée précédemment décrite, un vaste entonnoir, dont la partie étranglée se trouve entre la presqu'île d'iges et le hois du Orand- Canton.

Une armée engagée dans cet espace et marchant vers le Nord (c'était, nous l'avons vu, la seule voie de salut) devait donc taire tous ses efforts pour don-

blerau plus vite la pointe d'Igns. C'était pour elle le véritable cap des Tempêtes; une ibis franchi, on s'étendait, on respirait.

C'est pour ce motif que le général Ducrot, voulant en toute hâte gagner du terrain, se portait sur llly. N'ayant jusqu'alors reçu aucun ordre, il comptait trouver tous les corps bivouaquant entre llly, Floing, Saint-Menues et Fieigneux, admirable position d'où nous eussions élé difficilement délogés. En tout cas, la retraite nous était assurée.

Ou mmii-ii Supposons que ie i" septembre au matin notre mtei'ttiit tu>- a nnée, laissant une brigade dans Sedan et au Vieuxbâe dit» ics Camp, se fût établie de la manière suivante :

!r*™W"t Lîl droite ' sur leshauteursdoF1 ° in g etdeBaint sniut-Mpnscsi Mengcs, dominant la grande route de Mézières par Vrigne-aux-Bois; la gauche à llly et FIcigneux, dominant la haute vallée de la Givonne. Au centre et à notre droite l'artillerie de Sedan balayant tout le plateau do la Garonne, rendait toute attaque impossible de ce côté. Nous n'avions donc à redouter que les mouvements tournants par Vrigno-aux-Bois et par Givonne. Mais alors nous n'étions pas au centre de la circonférence décrite par l'ennemi. Nous étions sur ta circonférence même ; nous pouvions être attaqués sur nos flancs, mais non pris à i-evers, et nous n'avions affaire qu'à deux tronçons isolés, manœuvrant loin de leur centre et dans des positions désavantageuses.

En effet, l'extrême gauche ennemie, séparée du l'esté de l'armée par la Meuse et la presqu'île d'Iges, arrivait sous le feu des hauteurs de Saint-Menges,

ou notre droite était dtablie ut en parfaite communication avec le centre et la gauclie de notre armée.

N'aurions-nous pas réussi à repousser cette fraction de l'aile gauche ennemie, chose assez improbable, vu notre supériorité numérique du moment, les bois qui se trouvaient derrière nous nous offraient non-seulement un abri, mais une voie de retraite assurée, grâce aux nombreux et excellents chemins vicinaux et forestiers qui les traversent.

La droite de l'armée ennemie, venant nous attaquer du côté d'illy, était également loin de se trouver dans des conditions favorables.

Pour nous aborder à Illy, et Fleigneux, elle était obligée, une fois la route de Bouillon franchie, de s'engager dans la gorge de la Haute-Givonne (Laroont et usine Clialaniout). Séparée de son centre, que le canon de Sedan tenait immobile, forcée de noua présenter le liane le long de la crête entre Illy et Givonne, exposée dans Te ravin, qui est presque en ligne droite, à un feu d'enfilade, elle eût été repousséc tresprobablemcnt. En tout cas, ainsi que nous l'avons déjà dit, il nous restait les bois comme dernière voie do salut.

Telles étaient les chances possibles dans le cas OÙ l'on aurai! occupé la position d'illy ; niais rester a. Sedan, c'était s'enfermer au centre de la circonférence quelVoinomi devait décrire, sans espoir possible d'en sortir si on la laissait s? fermer entièrement.

Aussi fut-ce avec lin véritable dé-espoir qm: le gé- Le géirêni néral, se conformant aux ordres du maréchal, rétro- 0aeni rf,n> grada sur Sedan. Jj™^ tm Sc "

* -l'entrevoyais si bien le danger, dit-il dans une t> lettre adressée à un de ses amis, que je n'obéis s qu'avec rage. »

La route de Givonne à Bazeilles étant horriblement encombrée, lus demiOies troupes du 1" corps

ge joi

de Glvorme rqu-éseiilerait l'Iiypolliénuse. Situé à j prés au milieu du côté formé par la Meuse, Set est dominé par les collines qui séparent le Flouit la Givonne. C«s hauteurs, sans être aussi escarp que celles qui se trouvent sur la rive gauche de Meuse, sont plus coupées, plus mouvementées. Loi sommets et leurs flancs sont couverts de bois, n

jardins, les haies, un certain nombre de maisons qui se relient à celles du Fond - de - Givonne, font de cette partie au sud du Vieux-Camp un véritable dédale. Défendu par quelques troupes solides, il serait

très-difficile de s'en rendre maître; mais, par contre, que des corps repoussés et en désordre viennent y chercher un abri, il deviendra impossible de les rallier et de les reformer.

Les deux points culminants du champ de bataille sont situés, l'un directement au-dessus de Givonne (293 mètres) l'autre au calvaire d'Illy (27G mètres) Du point coté 293 mètres, le terrain descend en pentes 1res- abruptes sur Givonne, Daîgny et la Mon celle; il se relève de l'autre coté, se reliant par des pentes assez douces aux hauteurs de la Petlte-Moncelle (233 mètres) d'où l'on domine entièrement la routedoBazoillesàDmizy.

Du calvaire d'Uly (276 mètres), le terrai,, va en Rabaissant sur IUy et Floing pour se relever par un mouvement de terrain assez accentué sur Flei"tieux (2G'i mètres) et Saint-Menges (260 mètres).

Directement au-dessus do Sedan est situé le Vieux- Camp (262 mètres); il domine, au Sud, le Fond-de- Givonno et la Moncelle, au Nord -Ouest la hauteur de Caznl (215 mètres).

Dès quatre heures et demie du matin la fusillade retentit dans la direction de Bazcilles; les troupes ta «n» »" prennent les armes par un brouillard intense; le lme " ll, J our jour se faisant peu à peu et le brouillard so dissipant,

Le 12' corps (Lebrun), aile droite, occupe les villages do Bulan, Bazeilles, la Moncelle, la Platinerie.

Le T corps (Douay), aile gauche, s'étend depuis Floing jusqu'à IUy.

Le i" corps (Docrot), centre, relie les deux ailes

par Givomie et Daigny. La division de Lartigue passe la Givomie à ce dernier village, et se porte en pointe, face au bois Chevalier.

Les débris du 5' en réserve occupent la ville et le Vieux-Camp.

Le générai ^e général Ducrot s'occupait à faire construire, Diirnii ■ «çnit au-dessus de Givonne, quelques épaulements pour mcni (ii eijpf. protéger son artillerie, quand un officier de l'étatsaiirampicri- major général du maréchal, le commandant Riiï,vint soiniiou. lui annoncer que le maréchal était blessé et lui remettait le comniiindemenl. de l'armée. Peu d'instants après, la nouvelle lui était confirmée par le général Faure, chef d'élat-major général de l'armée, qui venait se mettre à la disposition du nouveau général en chef avec son état-major (1). Le général Ducrot dit en recevant celte communication : « Il est bien tard; la » responsabilité est bien lourde. N'importe! nous la i supporterons avec résolution. »

Puis, se tournant vers ses officiers d'état-major, il ajouta :

t II n'y a pas un instant à perdre, il faut reprendre i notre plan d'hier. L'ennemi nous amuse sur notre b centre, pendant qu'il cherche à envelopper nos » ailes — c'est son éternel mouvement de Capri- » corne — cette fois, nous ne serons pas assez sots s pour nous y laisser prendre, s

(I) t.i'gi'iifral il<! Wimpiïrn reproche amiromeu! ou givrai Faurû et aux orfidira dVs Wirs-m..j^s bl-iXtoI l-l (.srikulier du maréchal du ne ins .'Ire ternis lui ulïrir leurs serviras. La manière loule dlfférenle dont ils se ™l «Mnimrlés il iinlro égard donne lieu de supposer que le général de WJmpffeu *a( mal servi par ses sou unira.

Aussitôt il envoie prévenir les commandants do corps d'armée (1) que l'armée entière va se concentrer sur le plateau d'Illy.

Ordre est donné au général Forgeot, commandant l'artillerie de l'armée, de faire filer immédiatement tous les impedimenta de l'artillerie; les mêmes prescriptions sont données à l'intendance, relativement aux voitures de l'administration (2).

Il fallait se hâter; de moment en moment le danger grandissait. Si le général Ducrot avait ou encore quelques doutes sur la gravité de la situation, ce qu'il venait de voir les aurait dissipés.

Quelques minutes avant de recevoir Tordre du maréchal, apporté par le commandant liitf, des hauteurs de Oivonne il avait aperçu à travers la brume de grn^cs imites noires passant à près de 2 kilomètres, et allant, par rapport à lui, de droite à gauche. If leur avait fait envoyer quelques paquets de mitraille. Les groupes s'étaient dispersés et avaient pris le pas de. course en avant.

Dans le même moment, un paysan était venu lui remettre un billet du main; de Villers-Cernay, lui annonçant que, depuis le matin, de nombreuses trnii|u> pi nssieimes payaient à Vilk-rà-Ornav et à Franchcval. L'intention de l'ennemi était Uiule indiquée par cette direction; il voulait nous couper notre seule voie de retraite pur Illy; nous allions être

(I) Pinmjiirii, il it Tn.ii:nT]1-[i1, le frfm'r il W-Iniji ffï-ri na-l-il piu produit sa kUli: M servi.!; i'I It'diimé liM'uminiuidemctlt?

(i) C'oïI l:c qui r\|j]i(|m- i:th:ii:iii-:it j.lu=ii:i![-s loiliijvs rt'iirlilli'rie i!t des services adniLiiL=lr;iiils =:<Nt jmiiji's i Ituirov cl i MÉiièrcs.

enveloppés, si une décision rapide n'était pas prise.

« J'étais, écrivait quelques jours après le général » Ducrot à un do ses amis, tout à ces tristes ré- » flexions, quand on est venu m'annoncer que j'étais » nommé commandant en chef de l'armée. Jo n'héï sitai pas un instant. Vainement mon chef d'étate major, mon aide de camp, me firent-ils des obi servatious, me disant que tout allait bien, que la » journée ne faisait que commencer, qu'on pouvait J> attendre. — Attendre quoi? leur répondis-je, que » nous soyons complètement enveloppés? il n'y a a pas un instant à perdre. Exécutez mes ordres, » trêve de réflexions (1). »

Et le général part au galop dans la direction du.12" corps pour voir si le général Lebrun se conformait à ses prescriptions, iiirrti™ ™- Les échelons en retraite se tonnant par la droite,

(I) Ij; glnfrni Dncrot n'avait r?i;;i anémie insfriidioti du marCctml ; il iginirnil nl-i.liiiiiorit quelle* claielil ses i ri (on I tons ; s'il avaîl voulu livrer une bataille iifiVu.iie mi iléfensiie ; s'il uunai i reprendre sa marelle sur Mi.miiiv'tIv (let elloil- laits par le 12' corps du côlé do [iazeillcs pouii.icia le faite supposer) ou ballrc en relroile sur Mé-

Ilansces conililirni-, le général Duerol devait prendre un jiarli imtanlanémenl ; il l'a la il -ans Inliitaliou, et eu a'tmelfanl qu'il no. fûl pus le meilleur, on ne saurait nier qu'il eut éle. préférable, d'en

poursniire IWruliou i\ l'aair mm liul ilëli'raiiiHi e( -nus plan bien

flrrflé. Or, le général de Wirnpifeti ilil lui-même qu'il a ari.'lé le mouvement de relraile r mrru:'', parée qu'il voulait j.-ier les Itavarois

druis la Meuse, pour revenir ennuie contre les corps ennemis qui éwieni un nord, de Sedan ; ailleurs, il il il qu'il inolail tenir les publions jusqu'à la nuil; enfin, il préleud qu'il voulait percer par Carfon-w, dans la cli-erKuri de \!unlmé:ty. De là CCS ordres, ecs cou- Iro-cjtdrci, ces IlucLualiuus qui ont contribue a jeler l'armée dons un desordre iudeseriplilJlo el à la réduire à nue impuissance absolu».

le 12' corps devait donc commencer le mouvement, i" n générai Le général Wolf à l'extrême gauche (i" division du 1" corps) devait rester lo dernier et se relirer par les hais de la Garenne en se défendant pied à pied.

Le général Ducrot trouva le commandant du 12" corps pied à terre. Il venait île recevoir une contu-

i Vous a-t-on cunuminique* mes ordres, avez-vous s commencé le mouvement? s lui dit le général en chef. — e Ji- vous ferai remarquer, répond le génê-

B rois reculent; nos soldats vont bien, ce serait dom-

» général Ducrot, il n'y a pas à hésiter; pendant s que l'ennemi nous amuse ite votre coté, il est en ï train de manœuvrer pour nous envelopper. Ce s (pli sepassc ici n'est pas sérieux; la véritable bail taille sera bientôt derrière nous, du coté d'illy. y> Vous voyez bien, ajouta legénéral eri luimontrantles i> hauteurs qui s'étendent du calvaire d'illy àFloing, » vous voyez bien ce grand plateau, il faut con- » centrer notre armée dans cette direction. Cela ï fait, notre gauche solidement appuyée à My, notre

* droite couverte par Sedan, nous serons en bonne » situation. Si je me suis trompé, si mes prévisions

* ne se réalisent pas, si l'ennemi ne vient pas à nous b sur nos derrières et se borne à nous attaquer de » front, eh bien! nous ferons un retour oiïensif sur j> notre centre et nous le précipiterons dansle ravin de

» Givonne. Je vous le répète, il n'y a pus d'hésitation » à avoir. — Exécutez mes ordres, s

Le général Lebrun n'insista plus et dit qu'il allait de suite commencer le mouvement.

On comprend qu'il était pénible pour le commandant du 12" corps d'abandonner de bonnes positions, d'interrompre un succès. Mais à la guerre il faut savoir faire des sacrifices et les faire vite. Souvent deux buts se présentent ; il faut abandonner l'un. et courir à l'autre. Qui veut atteindre les deux hésite,

Ce n'était évidemment pas dans l'espoir d'une victoire i]ue le général en chef avait pris la résolution d'abandonner le plateau de Givonne et de ne pas poursuivre le petit avantage du 12* corps; mais si la victoire n'était plus à espérer, il fallait l'aire tout ce qui était humainement possible pour s'ouvrir un passage. Hésiter, attendre, c'était s'enlever les moyens de le faire.

PuMibiiiiide A tout prix, il fallait passer. Percer par Carignan ! se mirer i«.r B [ [ e 30 et le 31 c'était courir à une perte certaine, mett'oûïog^ maintenant que l'ennemi avait franchi le Chiers en Dtai Ducrui grandi'? forces, c'eût, été de la folie. Pour qui a vu le ZnimJT' terrai " 011 ^it lire sur une carte, cette hypothèse n'est pas discutable.

Mais il nous restait la route du Nord. A sept heures et demie au moment où le général ordonnait le mouvement de retraite, elle n'élait pas réellement fermée et pouvait encore nous sauver.

En effet (voir sur les cartes, à la fin de l'ouvrage, . les positions de l'armée allemande le 3f au soir

et le 1" au matin) l'avant-garde du 11* corps prussien qui avait franchi la Meuse à Donchery et longé loi presqu'île d'Iges, se trouvait à cette heure fort en l'air à Vrigne-au-Bois; il y .avait tout lieu de croire qu'il serait possible de la bousculer pendant que le reste do l'armée, solidement établi à Illy, contiendrait au centre et à la gauche le= efforts de l'ennemi cherchant sous le feu de la place de Sedan à gravii' les hauteurs du !jojs de la Garenne. Le 5" corps, qui plus tard devait se joindre au. 11' avait quitté CliémiTv Jiiïis lu matinée, et ~e trouvait encore loin du champ de bataille. Plus loin on no rencontrait plus que la division wurtembergeoise qui n'était pas à redouter. Deux jours après, le général Ducrot devait apprendre de la bouche mémo de ses adversaires à qu'il point cet espoir était alors réalisable; mais dans :ette guerre malheureuse, il était dit que nous ne saurions, ni ne voudrions profiter de rien.

Après la capitulation, le général Ducrot s'etant rendu à Donchery (1) s'entretint quelque temps avec le général de Blùnionthal, major général du prince royal, qui lui avoua que pendant une grande partie de la journée du 1" il avait été fort inquiet, redoutant un effort désespéré de notre part du coté du Nord <r et de » ce coté, lui dit-il, je n'avais, jusqu'à une heure > du soir que 200 bouches à feu soutenues par quel- » ques escadrons de cavalerie. — C'était bien témé-

(11 Le général éUil allé nu quartier ROndrut du prince rayai .le œmV [.rt.<>m>ii'rv, i>l qui' II: Iransjiorl lie- iillii-i'rs f'i'lli'tluàl d.llii car-

h raire, lui dit le général français. — Téméraire ? » non ; audacieux, oui. Mais à la guerre, vous savez, 9 général, qu'il faut agir d'après le moral de sesad- » versaîres. Nous vous savions bien abattus. Nous ï pouvions donc beaucoup oser, a

Supposons, pour tout élucider (nous avons été si malheureux qu'il faut prévoir l'impossible), supposons que nous eussions échoué devant les batteries de Bliimenthal nous barrant la route de Sedan à Mézières par Floing et Vrigne-aux-Bois ; il restait, nous le répétons encore, les chemins vicinaux et les sentiers qui courent à travers bois entre la' route et la frontière; enfin, ressource in extremis, il y avait derrière nous la Belgique I

Mouvement Lo 12 ' corps commence donc son mouvemcntde re- <>■■ retmiii: .lu traita en échelons par brigade, 'wjtt'a-.ii- La division de Vassoignes est portée en arrière dana .Mous du i" la direction duplateaupourformcrlcpremicréchclon «wp». , de droite; en même temps les divisions Lhériller et Pellé du i" corps qui, étant en seconde ligne, n'avaient pus été eiiLiujiéed, exécutaient leur mouvement et venaient s'étnbliravec l'anilleriede réserve et l'artillerie divisionnaire à hauteur du bois de la Garenne, le tout dans un ordre parfait.

Pour mieux protéger la retraite, le commandant en chef prenait la précaution suivante : la division de

von ne à D.iigny pour se porter face au bois Chevalier, y fut laissée malgré sa position un peu risquée.

Le général avait d'abord donné l'ordre dû la Taire '•" revenir, puis se ravisant, il dit h L'officier d'état-ma- maintenue ™ jor prêt à partir r ta rive bbucIi.

« Non, attendez, .ic forai prévenir Lar lignes plus ''' s tard; il est très -important que nous restions mai- I très de Daigny le plus longtemps possible; c'est i le seul point où il existe un pont pour le passage s de l'artillerie ennemie. Lartigues saura bien s'y » maintenir; dans tous les cas l'affaire est assez ini- » portante pour que je ne craigne pas de eompros mettre cette division, s Toutefois, il retint la 2' brigade de la division de Lartigues qui n'avait pas encore franchi le ravin. ,

L'Empereur qui, monté à cheval dés le matin, se

ment rétrograde de l'armée, et malgré son désir do ne vouloir en rien influencer les décisions do ses généraux, il ne put s'empêcher d'envoyer demander au commandant en chef des explications.

s — Sa Majesté a remarqué, vint dire au général » le capitaine Guzman, officier d'ordonnance de l'Em- » pereur, un mouvement de retraite qui semlde s'ac-

» —Monsieur, vous direz à Sa Majesté que ce qui s se passe à notre droite est insi^miliant. L'ennemi » nous amuse là, pendant qu'il manœuvre pour eni velopper nos ailes, et c'est derrière nous vers Illy

» que se livrera la vraie bataille. Dites à l'Empereur n que je prends mes dispositions en conséquence; ï j'exécute mes mouvements de retraite et de con- » central ion avec ordre, mais le plus rapidement posi sible. iîien no saurait les arrêter. î

Soit que l'Empereur se fût rendu aux raisons du général, soit qu'il ne voulut p;is sortir de son rôle de spectateur, il n'apporta aucun obstacle aux mouvements de retraite.

LsBfefai Ce que le souverain de la France laissait faire, un vuraM™ 1 »'^ général venu de la veille allait l'empêcher, ^obieou&iï Arrivé le ,10 à l'armée, le général de Wimpiïen, en se aroiio itatme promenant dans la matinée du 1** septembre à traunt v ers les positions du 5* corps, s'était aperçu que

l'affaire marchait bien à' droite, que le 12" corps se maintenait l'orme dans Hazyilk'si.-tr-ii^iit même plier les Bavarois. Trompé par les apparences, il crul que, l'avantage s'accentuant. ce succès était le commencement d'une victoire. Alors il voulut que la journée fût sienne, et, produisant un pli de Paris émanant du comte do Palikao, se déclara commandant en chef!!

Bulletin du jji puerai Dnerot voyait avec satisfaction son

ï L'ennemi est en retraite sur oolre droite. J'envoie » à Lebrun la division Grandcbamp. Je pense qu'il n ne doit pas être question en ce moment de mou-

s vement de retraite. J'ai uno lettre de eommande- » ment de l'armée du ministère de la guerre; mais » nous en parlerons après la bataille. Vous êtes » plus près de l'ennemi que moi; usez de toute voi tre énergie et de tout votre savoir pour rempori ter la victoire sur un ennemi dans des condi- » (ions (1) dfj.-iiViinlajK'H^cs. En conséquence, souo tenez vigoureusement Lebrun tout eu surveillant la » ligne que vous étiez chargé de garder. »

Aussitôt ie général Ducrot partit à la recherche du général de Wimpffen et l'abordant, lui dit: « Je s ne viens pas vous contester le commandement, » quoique je l'aie reçu du maréchal de Mac-Mahon » et qu'il m'ait été confirmé par l'Empereur. Ce ï n'est pas le moment d'élever de pareils conflits > Je suis prêt à vous seconder de tous mes efforts. » Mais permettez-moi de vous faire observer que je a suis en présence des Prussiens depuis près de » deux mois, que mieux que vous je connais leur « manière de faire, que j'ai étudié la situation, le terb rain, qu'il est évident pour moi que l'ennemi est » en train de manœuvrer pour nous envelopper. » Je l'ai vu de mes yeux, et ce billtit que voici du

[1] Dans l'ouvrage qu'il a publié sur Sedan, le gtadrul de YVÏmpfren,cii rcnrodiiiifinl ce bïlliH adressé au gf-iiiV.il llm-r.-t i-liaiiprlcinot Jl- rijwli'dolis cil ciui île ).«.si7ri,ji.«. i.i, en i'[!VI, est le M'cnl Je la conduite de cet oHlt'icr général ; il croyait alurs IVnnomi dans du raiditniii réellement (lé'iiïantagiiiiîei; il regard, rit lu lii-lnire mmi possible ol mi'me cornac prnlislili', r! c'est pour ce ninlif qu'il réclama le Commande rue ni. lj! billet original est etilre les niions ili] y t- [i i! r .il Docrol; il iiffïrr, comme on le toil, en plusieurs poinls, de celui que «produit, de mémoire évidemment, le général du WimpfTun

ï maire do Villers-Cernay, annonçant le passage de ï troupes ennemies depuis ce matin ne peut laisser i aucun doute. Au nom du salut do l'armée, je vous » adjure de laisser continuer le mouvement de re- » traite. Dans deux heures il ne sera plus temps, o

Générât de Wimpffen — : « Mais pourquoi vou- » lez-vous battre en retraite, quand Lebrun a l'avati- « tage? N'est-il pas vrai? a ajoutu-t-il en interpellant ce général qui se trouvait là. a N'est-il pas vrai, ï Lebrun, que vous avez l'avantage? i

Lu général Lu brun ré put] dit dans le su us 'lu général de WîmpHen, ut dit qu'on pouvait attendre pour commencer la retraite, si les circonstances ultérieures en démontraient la nécessité.

Général de Wimpffen: — a Oui, nous n'avons que > de la cavalerie derrière nous; nous n'avons pas » à nous en inquiéter. Le général Douay la mainj> tiendra.

» Quant à nous, réunissons tous nos efforts pour ï écraser ou qui est du vaut Lebrun. »

Général Ducrot : — a Mais oit voulez-vous qu'aille î cette infanterie qui passe depuis ce matin à Fran- * cheval et à Villers-Cernay, si ce n'estàllly?»

Général de Wimpten : — a llly ? Qu'est-ce que » c'est qu'Illy? s

Général Ducrot : — a Ah! vous no savez pas ce que s c'est qu'Illy ? eh bien ! regardez. ï

Et, étalant une carte sur larron de sa sulle, il ajouta : i Voyez ce coude de la Meuse qui se relève vers le » Nord, et nu laisse qu'un étroit espace entrera rij> vlère et la frontière belge. Il n'y a là qu'un unique

» point de passage, c'est llly! Si l'ennemi s'en em- » parc, nous sommes perdus, e

Le général de W'implfoii daigna jutiT à peine un coup d'œil sur la carto, et dit : i Oui, oui, tout cela ï est très-bien; mais pour le moment Lebrun a l'a- * vantage, il faut en profiter. Ce n'est pas une res traite qu'il nous faut, c'est une victoire ! ï

t — Ah! il vous faut une victoire? Eh bien! nous » serons trop heureux si nous" avons une retraite ce a soir I s

Et, piquant des deux, le général Ducrot partit au galop la mort dans l'âme.

Néanmoins, voulant faire jusqu'au bout son métier do soldat, il fait, suivant l'ordre reçu, redescendre u aux deux divisions Pello et Lhériller une partie des f positions qu'elles .avaient gravies peu d'instants uupa-

plus préoccupées de se mettre ù l'abri en Enfonçant dans l'épaisseur du bois que de surveiller ce qui se passait sur la lisière nord.

Voyant que l'officier général qui les commandait avait mis pied à terre et se tenait vers la partie sud, il lui fit sèchement observer que sa présence serait plus utile au Nord, c'est-à-dire du coté de l'ennemi.

Il était alors dix heures et demie. L'Empereur qui s'était rendu aux raisons du commandant du i* r: corps avait, assuro-t-on, vu avec inquiétude le rem- „ placement de ce général par le général de Wimpffen

venant changer encore imo fois l'ordre de bataille. Plein d'anxiété, il veut gagner les hauteurs dominantes pour voir par lui-même. Comme il traversait le fond de Givonne. un officier de chasseurs à pied s'approche vivement de lui (1) : a Sire, dit-il, je suis du pays, je le connais parfaitement. Si on nous laisse tourner par Illy, nous sommes perdus.»

Encore sous l'impression de ces paroles, l'Empereur rencontre le général de Wimpffenetlui en fait part.

« Que Votre Majesté ne s'en inquiète pas! dans ï deux heures je les aurai jetés dans la Meuse. »

e Plaise à Dieu, murmure un officier général de o la suite, que ce ne soit pas nous qui y soyons je- » tésl s

Tout le monde voyaii le danger. Seul le général en chef semMait ne pas s'en douter.

a omc lu'ii- Vers onze heures, une violente canonnade se taisait rei ou uiitu.! entendre dans la direction de Floing d'abord et de uVr''t!'""jo Fleigneux ensuite. Toujours aux écoutes de ce côté, Fioiug qi de le général Ducrot envoie un officier au général Douay Fieigncm. pour avoir des nouvelles. Au bout d'un quart d'heure le bruit du canon n'élevant de plus en plus, il prend le gulop et court sur le calvaire dllly.

u t cupi Comme il se portait dans cette direction, il est ej[ trte-Ébran. arrêté par un torrent d'hommes et de chevaux ; infanterie, cavalerie, artillerie, tout se précipite pêlemêle; en vain cherche- 1- il à arrêter ce débordement, — Personne ne l'écoute. Tout fuît. Au même

(I) Lcllre du g6n£ral Pajol, aidu du camp de l'Empereur.

instant, il aperçoit le long du bois de la Garenne un régiment do cuirassiers qui filait au trot, mais en ordre. Il court à lui et adjure son chef de s'arrêter et de maintenir quelques instants la position. «Dans un > instant je voua amènerai du renfort, s Et il se dirige de toute la vitesse de son. cheval à la recherche du général de Wimpffen. Il le trouve au sud du bois de la Garenne :

i Les événements que je vous annonçais, lui dit- il, ï se sont produits plus tôt que je ne le pensais. L'cn- » nemi attaque le calvaire d'Ilty. Douay est fort » ébranlé. Les instants sont préciomi. Hâtez-vous ' » d'envoyer des renforts, si vous voulez conserver » cette position. >

De Wimpffen. — a Eh bien! chargez- vous de cela, ï réunissez tout ce que vous trouverez de troupes de » toutes armes et maintenez-vous bon par là, tandis » que moi je m'occuperai du 12° corps. »

Lorsqu'au matin le général de Wimpffen avait pris ( " le commandement, l'avantage de Lebrun pouvait r ,, ^ W imprlui faire espérer une victoire sur un ennemi placé fcn no nongt dans des conditions désavantageuses, comme il l'écri- j^J vait au général Ducrot; une fois les Bavarois a jetés u ^«, s .u «»■ à la Meuse » il comptait revenir sur les assai liant.- ; "

places de l'autre cûté de Sedan. ltt priions.

Mais au moment où il ordonnait de se maintenir bon à Illy, tandis que lui se chargeait du 12' corps occupant la Monceile et Balan, il avait alors renoncé à sa victoire; il ne comptait plus jeter les Bavarois à l'eau. Il espérait uniquement se maintenir dans ses positions, et ne songeait nullement à faire une

trouée par Cariynan. Du moins, il n'en a pas dit un mot au général Ducrot, qui, ayant lu dos tourné à Carignaii, puisqu'il se portait sur Illy. devait au moins être averti de ce que ie commandant en chef comptait Taire de ce cété.

Si le général do Wiinplfen lui en avait parlé, il n'aurait pas manque, vu les raisons énoncées plus haut, de proteste]- é n erg iqu ornent contre la possibilité de co mouvement.

Conformémentaux ordre? reeus, le général Ducrot donne l'ordre au général l'or^eol d'amunor sur le plateau faisant face à Fleigneux et à Floing tout ce qui restait-d'arlillerie disponible, il roui m ai nie au colonel îïobert île faire remonter vers la crête les divisions Pellé et Lhériller, et envoie chercher tout ce quireste decavaleiie disponible. Ce.sdilTéreiits ordres sont donnés an nom du général de Wimpiïen pour éviter les hésitations.

Le t eo^is Toute la partie Nord-Ouest du champ de bataille, peuvent™ entre l'ieing et illy, était battue depuis onze heures mintantr en- par un épouvantable feu d'artillerie. L'infanterie alleire Piowg et mande n'avait pas encore paru, mais à une heure, le grand mouvement circulaire du li" et du 5' corps par Vrigne-aux-Bois, ainsi que celui du corps de la garde, par Yillers-Cernay et Fleigneux, était déjà très-nettement dessiné. Sur notre gauche s'avançaient en masses profondes les bataillons du il' corps soutenus par une fraction du 5'. Il faut les arrêter.

i.*"'X7c h g éuéra l Ducrot appelle le général Marguoritte umneriî. qui se tenait avec la i" division de cavalerie de xè~

serve, vers le calvaire dUly. Il le guiile lui-même, et, longeant les batteries établies sur la crûte, entre le bois de ht Garenne et Fioing, les dépasse ut lui dit: «Vous aile? charger par échelons sur notre gauche. Après avoir balayé ce qui est devant nous, vous vous rabattre/ à droite et prendra en flanc toute la ligne ennemie.» Ce remarquable officier général se porte

rain, et reçoit une blessure morlelle. l'iusienrs de ses officiers tombent autour de lui Le général de Galiflet prend le commandement, de la division. Une partie de la division ïSaliguae-Fénclon est amenée, et se préparc également à prendre une part active à la lutte.

Ces bravos cavaliers, officiers cl généraux en tête, s'élancent en avant de toute la vitesse de leurs chevaux. Malgré une pluie de balles et de mitraille, la première ligne ennemie est sabrée et dispersée. La seconde ligne est abordée avec la même ardeur, mais ils ne peuvent la briser. Les bataillons prussiens déployés au centre, formés en carré sur les ailes, les

les escadrons retournent en arriére, se reforment et se précipitent de nouveau, faisant ainsi une charge continue. Le roi Guillaume, qui du haut des hauteurs de Frénois assistait à ce spectacle, ne puts'empéeher d'applaudir et de s'écrier : « Oh! les braves » gens (1) 1 »

([) Uikil fuil qnclquoi jour» -ipn>-= par 1s princo ioj»l uugtirfral

— 3li —

Deux siècles auparavant, un autre Guillaume, furieux do voir la victoire lui échapper, exaspéré de l'impassibilité de notre cavalerie sous le feu de son artillerie, s'était écrié : <t Oh I l'insolente nation ! » (Senef, 11 août 1674.)

Cette fois, hélas 1 le succès n'était pas douteux, et le Guillaume de Sedan pouvait s'écrier sans amoindrir sa gloire : * Oh! les braves gens!»

Belle atiiiu- L'artillerie ne se montre pas moins admirable que rutata- (a cava i erie Accourues en toute hâte, deux batteries de la réserve sont pulvérisées en quelques instants par le feu do 50 pièces ennemies. D'autres les remplacent immédiatement, prennent de meilleures dispositions et répondent énergiquement. Pendant quelque temps, elles parviennent à attirer sur elles tous les efforts de l'artillerie ennemie, ce qui permet à la cavalerie et à l'infanterie de tenter un dernier effort. Mais, indépendamment de notre infériorité numérique et de notre infériorité de tir et de portée, la configuration du terrain, par sa forme circulaire, nous était encore désavantageuse. Tous nos coups étaient divergents, tandis que l'ennemi, occupant une ligue circonscrite à la nôtre, faisait converger tous ses feus. Les projectiles venaient à la fois de face, de gauche et de droite. Bientôt la place n'est plus tenable, les affûts sont brisés, plusieurs caissons sautent à la fois, et les batteries se retirent en abandonnant une partïo de leur matériel.

Le ptaémi Pendant que l'artillerie et la cavalerie faisaient ces fluimi wmj. no y es e fl ortS| ^ général Ducrot à la léte de son étatriDbatorie. major cherchait à entraîner les quelques bataillons

Du Go

ou fractions de bataillons qu'il avait pu grouper autour rte lui. Mais ces troupes ^posées itqim~ |,' matin au feu de plus de 400 pièces, portées tantôt en avant, tantôt en arrière, impuissantes à répondre directement à un ennemi invisible qui les couvrait rte projectiles, se voyant enfin enveloppées de toutes parts, n'avaient plus ni élan, ni énergie.

Par trois fois le général Ducrot essaye de les enlever. Il les appelle, les encourage et cherche à leur communiquer l'ardeur et la colère qui l'animent. Quelques braves se précipitent, les autres suivent, mais, accablés, reculent et se débandent. Lorsque la cavalerie est ramenée en désordre pour la troisième fois, les dernières troupes d'infanterie restées encore solides se débandent. Alors de la droite à la gauche les lignes prussiennes s'avancent en poussant leurs hurrabs! dont les éclats se mêlent à ceux'de la canonnade et de la mousquoterïe. La confusion se met dans nos rangs et tous on désordre se précipitent dans la direction de Sedan, où instinctivement chacune des fractions de l'armée va s'engloutir.

Voici dans quels termes le rapport allemand apprécie les efforts faits par le général Ducrot dans la direction dUly et de Floing :

« Vers une heure environ s'avancèrent l'infanterie > du H' corps et la 19' brigade de l'aile droite du • 5° corps pour attaquer dans la direction de Floing.

j> L'ennemi se défendit avec le courage du désesï poir, mais, malgré ses efforts, l'infanterie, souï tenue très-fortement par ses batteries, réussit à

» cavalerie, ut dont lu vivacité donnait à supposer a l'intention île fuii lu trouée, vinrent .échouer devant » le caime inébranlable des bataillons du 11* corps » et des fractions du 5" corps qui les appuyaient. • Les attaques furent reçues : partie en carré, partie » en ligne, et furent toutes repoussées par un feu s calme, bien ajuste, qui coucha à terre la plus grande » partie des assaillant? et rejeta le reste dans Sedan. » A trois heures de l'après-midi, l'ennemi était

> déjà sur divers points eu pleine retraite sur la for-

> teresso.

> Le 5* corps avait pendant i/e temps efficacement » préparé par son artillerie de réserve l'attaque gé-

> nérale contre II îy ut la position dominante qui y t totichu. Elle était parfaitement secondée par une » troisième batterie de réserve du 3" corps, qui avait » pris position à l'Est do Floing.

> Un violent combat embrasa les hauteurs au Sud

> dHly et les parcelles de bois qui s'y trouvent. A » trois heures, il s'éteignit. L'ennemi se trouvait, là » aussi, eu retraite à travers le bois de la Garenne, » sur la forteresse.

> Ainsi, 1 ce moment de l'après-midi, on avait ï achevé de cerner complètement l'armée française

Quant à la fameuse sortie faite par le généra! de Wimpffon sur Balan, vers cinq heures, le rapport allemand n'en dit pas un mot En effet, ce ne fut jamais une chose sérieuse ; il suffit de lire ie récit du gé-

Itérai LebrnD pour on être convaincu. (Page 280 do l'ouvrage du -léuénd do Wiinpffen.)

« Jo ne supposerai jamais i|iie lu [iéliéra] do Wimpi-

b donnait (le tenter une trauêe sur Carignan la pro-

ï Balan, où je me trouvai-, do reprendre FolTonsive b avec les dcu\. ou (nu* mille hommes que nous pouls vions alors réunir autour do nous Non, dans

» cette dernière entrevue du généra! on chef avec » moi, dans oe donner épisode de la bataille, il ne b s'agissait pas, il ne pouvait s'agir d'une tentative s de trouée sur Carignati, non plus que d'un passage j> à ouvrir de ce coté pour la personne de l'Empereur. b Ce que j'ai pensé et oe que je pense encore aujour- * d'hui de la proposition faite par le général de » Wimplïen dans le moment que j'ai indiqué, c'est u qu'il n'était pas possible d'y voir autre chose > qu'un dernier appui dùsespùi'o et irréfléchi adressé » à une poignée de soldats impuissants ù y ré- Avant de poursuivre ce récit, arrêtons-nous pour examiner quelle était à ce moment la situation de chacune des quatre divisions du 1" corps. Dispersées sur une immense circonférence par suite de fausses manœuvres, d'ordres et de contre-ordres, isolées les unes des autres (plusieurs mêmes divisées et placées dos à dos), sans possibilité de se pretor le moindre appui, nos divisions avaient été réduites à lutter sur place sans but précis, sans objectif déterminé. Au milieu d'elles, une cavalerie en désordre,

qui ne pouvait être utilisée, errait de ravin en ravin, cherchant vainement un pli de terrain où elle fût à l'abri des obus qui plcuvaient de toutes parts.

La 1" division (général Wolf) était restée sur les hauteurs de Givonne, tenant ferme cette excellente position; niais, complètement isolée et débordée par sa gauche, elle avait dù se replier vers la partie Est de la ville, et à ce moment le général Wolf recevait une grave blessure.

La 2' division (général Pellé), réduite à la brigade Gandil, s'était épuisée en vains efforts dans la direction d'Illy, et après l'évacuation dés hauteurs du Calvaire et du bois de la Garenne, s'était trouvée entraînée dans la déroute générale et refoulée vers la partie Nord de la ville. La brigade de Moritmarie, complètement isolée, était restée sur le bord du ravin de Givonne.

La 3* division (i;éiiéL\il Lhérillcr), au moment où elle se portait dans la direction du Nord sur les traces

de cavalerie fuyant en désordre et s'était trouvée dispersée sans avoir combattu. Elle était au reste réduite à sa 2' brigade; la première (général Carteret) combattait avec 16 12" corps; son général était blessé et ses troupes refoulées vers le Vieux-Camp.

La 4" division (général de Lartigues) avait eu sa i" brigade (général Fraboulet) engagée dès le matin sur la rive gauche de la Givonne ; écrasée par des forces supérieures, elle avait lutté pied à pied, s'était maintenue avec acharnement dans le village de Daigny, mais débordée par sa droite et par sa gauche,

elle avait été anéantie ou dispersée. Les généraux de Lartigues, Fraboulet, le chef d'état-major colonel d'Àndi^iié éhiiunt gravement blessés.

La division de cavalerie Margueritte, qui avait répondu avec un si héroïque dévouement à l'appel du commandant du 1" corps, l'tak i ; L'ai ornent anéantie ou dispersée. Son général de division, le bravo Margueritte, était blessé mortellement, le générai Tillard était tué, le colonel Cliquot, du 1" chasseurs d'Afrique, les lieutenants-colonels de Gantés, du 1" hussards, de Linïùrcs, du 3' chasseurs d'Afrique, étaient tués; le lieutenant-colonel Ramond, du 1" chasseurs d'Afrique, blessé grièvement. Le 1" hussards comptait à lui seul 8 officiers tués, 14 blessés. Le colonel de Baulïremont avait eu deux chevaux tués sous lui. La division de Salignac-Fénelon avait également subi des pertes cruelles. Son chef avait reçu une blessure

Quant à l'artillerie, nous avons dit quel avait été son rôle 1 avec quelle abnégation elle s'était sacrifiée sans tenir compte de son impuissance.

VA c'est après nous avoir plungés dans cette horrible situation que M. le général de Wimpffcn ose nous accuser d'avoir refusé de lui prêter notre concours pour tenter l'on ne sait quelle entreprise insensée dans a direction de Ca rignan .

En vérité, c'est trop d'injustice ou d'aveuglement! Mais que voulait-il? Que pouvait-il espérer en se lançant dans cette direction? La route de Carignan est dans h fond de la vallée ; elle longe la rive droite du Chiers, est dominée à gauche et à droite par

des hauteurs garnies d'une formidable artillerie et de nombreux bataillons. Ko supposant que; Ton eût pu déboucher du village de lîazeilles et parvenir jusqu'à

table 7 N'étaiL-on pas coupé complètement par les troupes ennemies qui, maîtresses des hauteurs, tombaient sur notre flanc gauche par la route qui descend perpendiculairement des hauteurs de Eraucheval sur la roule de Sedan à L'arignan? En admettant qu'on ait pu concevoir la pensée de percer dans eette direction, n'était-ce pas par le chemin de la montagne (celui suivi la veille parle 1" corps) qu'il fallait tenter sonellort? Mais en réalité la chose n'était pas plus

gneux? nos 200 bouches à feu en batterie sur ces excellentes positions voyaient venir les têtes de colonnes ennemies, les empêchaient de se déployer, les écrasaient peut-être. Nos quatre divisions de cavalerie (environ 60 escadrons), manœuvrant avec l'appui de cette puissante action, débordaient la gauche du l'ennemi ot pouvaient enlever sa nombreuse artillerie si téméraire meut engagée sur nos derrières, sans autre appui que celui de quelques escadrons. La

route du N.-O. Otait complètement déblayée et nos divisions d'infanterie maintenant, facilement l'ennemi engagé dans les fo:ids de Givonne (voir le rapport allemand) pouvaient faire leur retraite en bon ordre ou s'écouler lestement par les bois qui s'étendent d'Hly et Floignenx à la frontière belge.

Nous le répétons, il y aynit chances, grandes chances d'un succès relatif.... et dans tous tes cas nous ne laissions pas se former autour de nous ce cercle de fer et de feu qui devait nous étouffer et nous broyer.

Oh! lorsqu'on repasse ces douloureux souvenirs dans sa mémoire, n'est-on pas pris d'un affreux désespoir et n'a-t-on pas le droit de maudire l'aveu glementetla folle présomption de celui qui a poussé dans cet. horrible gouffre de Sedan la dernière armée de la France, lui enlevant ainsi sa dernière chance de salutet infligeant à son drapeau «ne honte ineffaçable!

Débordé de toutes parts et suivant à distance ce torrent de fuyards, le général Dm/rot arrive sous les murs de la citadelle. Conduit par M. Debord, capitaine adjudant-major au 74", il gagne à travers un dédale de nielles et de jardins le chemin couvert de la place. Ce jeune et énergique officier attaché à l'état-major général du 1" corps depuis le matin avait rendu les plus grands services. Né à Sedan, il connaissait comme chasseur infatigable le moindre pli de terrain, le plus petit sentier. C'est lui qui avait dit au général que le chemin de la montagne était très -praticable, que toute la foret au Nord d'illy et de Saint-Menges était

percée d'excellents chemins vicinaux par lesquels l'armée pouvait foire retraite dans la direction de Rocroy, dans le cas où la route serait coupée (1).

Arrivé sous les murs de Sedan, le général Ducrot ignorait entièrement quelles étaient ses ressources.

Il savait seulement, ayant fait du système de défense de la Franco une étude particulière (2), que cette ville classée comme place forh- était in tenable ainsi que toutes nos places construites du temps de Vauban, où la portée maximum du canon était de 5 à 600 mètres! Mais il ne savait jkis *i elle était armée, approvisionnée en vivres et en munitions, si on avait construit quelques ouvrais extérieurs pouvant offrir un aliri àunc armée en retraite. Venu très-tard sur le champ do bataille, il n'avait pu, le 31 au soir, se mettre en commun ici tien avec le maréchal de Mac-Manon, prendre ses ordres, connaître 'ses intentions. Au moment où le combat s'était engagé le 1", au matin, n'ayant reçu aucune instruction du grand quartier général, il ignorait absolument si îe maréchal avait l'intention de séjourner, délivrer bataille ou de battre en retraite vers Mézières. C'est dans ces conditions qu'il avait pris le commandement.

Comme le général descendait dans le fossé de la citadcllo, où il se trouva réuni à plusieurs généraux, un de ses officiers d'ordonnance s'écria : « Le drain peau blanc est hissé. Serait-ce le drapeau parle-

(I) L'ne gttKM fraction du 3« wiiavea n'ayant pas reçu l'ordre do discontinuer le mouvemcnlde rciroite ordonne" pnr le général Dncrul pouriuivil sa marche vers le Nord et arriva par les bois I Kocrov.

(S) Systems ik défaut de la France, par A. Ducrot. — Édition Dcnln.

» mentaire?— Ce n'est pas possible, dit ]e général, c'est » plutôt un drapeau d'ambulance dont lu croix rouge b a été effacée par la pluie, d

Arrivé à la poterne du bastion, il eut grand'peine à se frayer un passage à travers les mourants, les blessés, les fuyards entassés pêk>-méle sous cet abri, car les obus éclataient dans ies fossés.

En débouchant dans lacour de la citadelle, le général Ducrot vit le général Dejean. Il alla à lui, et tous deux firent le tour des remparts pour voir s'il y avait possibilité de tenter un semblant de résistance.

Cette place de Sedan, qui avait bien son importance stratégique, puisque, se reliant à Paris par Mézières et l'embranchement d'ilirson, elle était l'unique moyen de ravitaillement d'une armée opérant par le Nord sur Metz, était à peine à l'abri d'un coup de main; ni vivres, ni munitions, ni approvisionnements d'aucune sorte. Quelques pièces avaient 30 coups à tirer; d'autres C; mais la plupart manquaient d'écouvillons.

Cependant les généraux Ducrot et Dejean placèrent quelques soldats sur les parapets et dans les chemins couverts. Démoralisés, découragés, ces hommes quittaient leur poste sitôt qu'on les perdait de vue. Les remontrances, les menaces étaient impuissantes sur ces âmes abattues.

Vcis trois heures et demie, lo général Ducrot se décide à traverser la ville pour se mettre en communication avec le commandant en chef. Au moment où il était entré dans la citadelle, un officier d'ordonnance du. général de Wimpffen lui avait apporté

- ir. -

l'ordre d'amener ce qu'il pourrait de troupes dans la direction de Balan, et de concourir à une tentative du trouée sur (.'ari^nan et Montmédy.

Malgré son manque absolu do confiance dans l'issue d'un o toi le ont reprise, lu général n'avait évidemment qu'à obéir; niais il était seul, il n'avait uiûtne plus sou escorte. Ce n'était pas sa personne que le général de Wiiiipiïeu demandait, c'était le l" corps, ou au moins une partie, et divisions, brigades, régiments,

ï la place pour voir s'il est possible de réunir quel- » ques troupes. »

A l'intérieur de Sedan, lo spectacle était indescriptible: les rues, les places, les portes étaient encombrées de voitures, de chariots, de] canons, de tous les impedimenta et les débris d'une armée en déroute. Iles bandes de soldats, sans fusils, sans sacs, accouraient à tout moment, se jetaient dans les maisons, dans les églises. Aux portes de la ville on s'écrasait. Plusieurs malheureux périrent piétines.

A travers i.'et(e foule., accouraient des cavaliers ventre à terre, des caissons passant au gidop, se taillant un chemin au milieu de ces niasses affolées.

Les quelques hommes qui avaient conservé un reste d'énergie ne semblaient, s'en servir que pour accuser et maudire: a Nous avons été trahis, criaientb ils, nous avons été vendus par les traîtres et les » lâches! »

Il n'y avait évidemment rien à faire avec de tels

hommes ; le général Ducrot se rendit à Ja sous-préfecture, où su te naît l'Empereur.

'Napoléon III n'avait fil us celte figura froide, impassible, que tout le monde connaît; les cruelles émotions qui l'agitaient se luiraient apercevoir sur sa figure empreinte d'une profonde tristesse.

Dès qu'il vit le général, il lui dit qu'il avait vivement regretté la nomination, par le ministre de la guerre, du général de Wimpiïen an ci iin mandement en chef, tuais qu'étant résolu à ne contrecarrer en rien les décisions venant de Paris, il n'avait pas voulu s'y opposer, «. Cependant, ajuuta-t-il, il n'y I avait que votre mouvement de retraite qui pùt

rieurs à la guerre, il ajouta: a Vos pressentiments sur « les intentions de la Prusse, ce que vous m'aviez b dit do ses forces militaires et du peu de moyens s que nous aurions à leur opposer, tout cela n'é- » tait que trop vrai. J'aurais dû tenir plus compte b de vos avertissements et de vos conseils (1). j> Après ces quelques parole-, l'Empereur se tut.

(<) Commandant do la fi" division militaire !• Str.isbr.urg, le général Ducrat élill Lté» A mémo <h savoir te qui te, passait de l'autre colé du Rhin. Aussi dani maints rapports, lettre;," brochures, etc., Oïailil constamment signale lo politique ol les tendances de la Crusse, rais 4 Jour son iiclhiM militaire, sm pri'|j.r,ilil- île guerre Lui permetlnnl do mettre en ligne inirin'Ji.Lti'iiient litiu.iKKi hommes parfaitcmenlinsliuits.LWii.iiifs.nr^rii.L'), et q.iciij []■■■! sera.iue; apr>s !KrO t OO0 hommes, chillre formidable pou vont morne s'élever i 1,100,000; tandis qu'en France on ne pouvait, d'npn''s les calrnlï du général, rennir que ïOO A ïrio.m'M) hominien trois sr;nj.iii]<«. o Après les premiers jours de marche, dit-il dans un de ses rapporta, nous n'arriverons donc pas sur les champs de bataille de l'Allemagne avec plus de )iiO,00» hommes. .> (Ce chiffre est l'<!t"er.lif evact de nos combattants

Le profond silence qui régnait autour du souverain rendait plus saisissant encore le bruit du dehors. L'air était en feu; les obus tombant sur les toits entraînaient des pans de maçonnerie , qui s'abattaient avec fracas sur le pavé des rues ; l'éclatement dos projectiles se mêlait au grondement de 600 bouches à feu, épouvantable canonnade qui fut entendue jusque devant Metz par le prince Frédéric-Charles.

« — Je ne comprends dit l'Kmpereur au général s Ducrot, que l'ennemi continue le feu ; j'ai fait arbo- « rer le drapeau parlementaire. J'espère obtenir i une entrevue avec le roi de Prusse; peut-être » aurai-jc des conditions avantageuses pour l'ar-

<n — Je ne compte pas beaucoup, répondit le i^m'i'al, i sur la générosité de nos adversaires ; à la nuit nous i> pourrions tenter une sortie. »

éparpillés sur les cliamps de bataille de Fni'sclivillcr, (le Spitkcron cl

des réseaux de chemins de fer. Ces immenses camps retranché! devaient su soutenir mutuellement el se FuriiUcrlcs uns par les autres. Toutes les places étaient déclassées i l'exception de Mali, Strasbourg, Belforl qui devaient noua servir pour l'offensive. Au poinl de nie iléfcnsir, d;-,[il !c pinfii-nl, .•ilij-.buurg ne peul lenir liuit jours [s'il a résisté plus d'un mois, c'eslgrdco a l'énergie cl au patriotisme de ses brave > Jubilants].

Aucun des conseils du général Ducrot n'avait été écoulé. Plusieurs personnages de la cour el du ministère de la guerre s'élsienl même tait de la vigilance du commandant de la 0* division militaire une arme contre lui, en disant qu'il excitait la susceptibilité d'une puissance désireuse de la paiv., et Jelait l'inquiétude daus les populations rhénanes.

Sa Majesté fit observer qu'il existait un tel désordre, un tel encombrement dans la ville, que les troupes en outre étaient si démoralisées, qu'il n'y avait pas le moindre espoir <ie réussir. « Une tentative de s cette sorte, ajouta-t-elle, n'aboutirait qu'à une s nouvelle effusion de sang. ■

L'Empereur et quelques officiers de sa suite auraient peut-être pu s'échapper grâce à la nuit, mais il ne fallait plus songer à sauver l'armée. Enveloppée, cernée, elle était irrévocablement prise.

L'histoire se prononcera et dira si, contrairement aux lois militaires, Napoléon III devait, par une fuite qu'on eût très-certainement cru favorisée, séparer son sort de celui de l'armée, ou s'il devait, après avoir partagé ses dangers, partuger son malheur.

Du reste, le roi de Prusse ayant déclaré qu'il faisait la guerre à l'Empereur et non à la France, l'Empereur prisonnier, la guerre devait cesser (1).

Pendani tes quelques paroles échangées entre l'Empereur et lu général Duci ot, la canonnade, loin de diminuer, redouble de minute en minute. Le feu se déclare en plusieurs endroits. Des femmes, des enfants tombent frappés. Le drapeau de l'International c ne protège plus les blessés qui sont entassés dans !a grande caserne et dans les maisons convcrlies on ambulances. Acculés aux murailles, amoncelés dans les fossés, soldats et officiers

(I) Cette idée était très-répandue dans l'armés allemande : ■ Le roi Willicm, disaient les soldais, n'a qu'uùe parole. [1 a promis de nous faire rentrer quand nous aurons battu l'Empereur. •

sont atteints; deux généraux trouvent ainsi la mort.

La sous -préfecture n'est pas plus épargnée; des obus éclatent à tout instant dans le jardin et dans la cour.

• Mais, dit l'Empereur, il faut absolument faire s cesser le feu. Écrivez là, » dit-il en se tournant vers le général Ducrot, et lui indiquant la table prés de laquelle il était assis :

i Le drapeau parlementaire ayant été arboré, les » pourparlers vont être ouverts avec l'ennemi; le feu ï doit cesser sur toule la ligne, i Puis, comme le général regardait l'I'jnpereur. celui-ci lui dit : e Mainï tenant, signez. » — Oh non! sire, jo ne peux pas » signer. A quel titre signeraîs-je? Je commande le » 1" corps. C'est le général de Wimpifcn qui est gé- » néral en cbef. — Vous avez raison; mais je ne sais y> pas où est le général de Wimplfen; il faut que quol- * qu'un signe. — Faites signer par son chef d'état- » major, ou par le plus ancien général de division ï qui est le général Douay. — Oui, répondit l'Kmpcï reur, faites signer par le chef d'état-major, s

Le général Ducrot sortit ot communiqua les ordres de l'Empereur au colonel Hobert. Celui-ci chercha lo général Kaure, et, l'ayant trouvé dans ia citadelle, lui lit part du désir de Sa Majesté :

ï Je viens do faire abattre le drapeau blanc, dit s cet officier, oc n'est pas pour signer un ordre

rùue itnta- Le colonel Robert rentra dans la place avec le

( d« pônft- généca! Faure, et vint rendre compte au général

MiruiYh Ducrot; pendant qu'il lui pariait, le général Lebrun

r nioiku. sortit de chez Tlimporeur et fit connaître qu'il se

rendait. vers l'ennemi: en parlementaire. C'est alors qu'ayant rencontré le commandant en chef, ce brave officier général fit avec lui cette démonstration sur le village de Balan dont ie général de Wimpffen a fait si grand bruit.

« MaiSj dit le général Lebrun dans sa. lettre du » 20 octobre 1870(1), nous n'avions pas franchi un s espace de 200 mètres, nous n'étions pas arrivés à la ». sortie du village (dans la direction de Carignan), s que jetant un coup d'œil en arrière et constatant b que nous n'étions pas suivis, lu généiul en chef » tournait bride, mo déclarant qu'il n'y avait pas à »■ insister plus longtemps, et me prescrivait de faire b opérer la retraite sur Sedan. »

Vers G heures, l'Empereur fit appeler le général Du- ^ -g-Héiat crot pour lui dire que le général de Wimpffen ayant "■<•"•' donnésa démission, il eut à prendre le commandement. j!*™,^,!^

Le général déclara à Sa Majesté qu'au point où en a. i\aétaient les choses; il ne pouvait l'accepter. Le général mÉe * de Wimpffen ayant le matin rcvendiipjé l'honneur de diriger les opération;, i! n'avait pas le druiL de se récuser, maintenant qu'elles avaient mal abouti. Du reste, le général Douay étant le plus ancien divisionnaire, c'était à lui que revenait le nouveau commandement

Le général Douay allait accepter quand sur les observai ions de sou ami le général Lebrun, il se récusa également et déclara que le général de Wimpffen devait commander jusqu^u bout.

L'Empereur envoya chercher le général de Wimpf- juteiwiiou fcn. 11 était environ huit heures quand ce dernier arriva, nuire n*" 15 -

(!) Ouvrage d4 gèaAriï île wlinpffBn, pags-281.

r( j Du"°i et Le général Ducrot était assis dans un coin, caché ie fuirai ,w p ar pi Uf ,j eurB personnes de l'entourage. wtopHen. Le général de Wimpffen entre avec éclat (1), levant les bras au ciel et marchant à grands pas : i Sire,

> s'écric-t-il, si j'ai perdu la bataille, si j'ai été vaincu, » c'est que mes ordres n'ont pas été exécutés, c'est » que vos généraux ont refusé de m'obéir. s

A ces mots, le général Ducrot se levo comme mù par un resssort, et d'un bond so place face au général de Wimpffen : ■ Que dites-vous, s'écrie-t-il, et qui a

refusé de vous obéir? A qui faites-vous allusion ? ij Serait-ce à moi? Hélas I vos ordres n'ont été que » trop bien exécutés. Si nous avons subi un affreux » désastre, plus affreux que tout ce qu'on a pu rêver, ï c'est à votre folle présomption que nous le devons. » Sculvous en êtes responsable, car si vous n'aviez pas

> arrêté 3e mouvement de retraite en dépit de mes s instances, nous serions maintenant en sûreté à Mé-

• zières,ou du moins hors dus atteintes de l'ennemi! > Un peu surpris et décontenancé par cette brusque

apostrophe du général qu'il ne savait pas là, le général de Wimpffen dit: * Eh bienl puisque je suis » incapable, raison de plus pour que je ne conserve « pas le commandement, s

Ducrot. — a Vous avez revendiqué le commande- » ment ce matin quand vous pensiez qu'il y avait » honneur et profit à l'exercer; je ne vous l'ai pas

• contesté... alors qu'il était peut-être contestable.

(I) Huit ou dii personnes se trouvaient dans le salon, entre auties le chef d'état-major général Faure ; toutes peuvent dire lequel de ce réciluu de celui (1 n général de WiiupITcu est le plus conforme a la vérité.

» Mais à l'heure qu'il est, vous ne pouvez plus lerefuï ser. Vous seul devez endosser la honte de la capitu- » lationt s

Le général Ducrbt était très-exalté. L'Empereur ûtles personnes de son entourage s'interposèrent pour ie calmer. L'incident terminé, lecommandant du 1" corps sa. retira et le général de Wimpffcn ayant reçu les instructiu:is iL- Sa Majesté .■su rut'i Jil au quartier général allemand.

M. le général de Wimpflen a fait le récit de son entrevue avec l'état-major allemand au sujet de la capitulation; nous donnons le notre, qui émane d'un homme dans la loyauté et la sincérité duquel nous avons pleine confiance. Il concorde d'ailleurs beaucoup mieux que celui du général avec les récits qui nous ont été faits le lendemain de ce douloureux événement par des officiers placés sous nos ordres et dont la parole en conséquence revêtait presque un caractère officiel. Puisque l'on nous a mis dans la douloureuse nécessité d'écrire cette page d'histoire avant l'heure, il faut qu'elle soit complète et contienne tout ce qui peut servir a l'enseignement de nos contemporains et de nos enfants.

Extrait d'une Note remise (1) par le capitaine tCOrcet du V de cuirassiers.

a Nous fûmes tous introduits alors dans un salon

[1] Celle norrolion a éti rédigée 4 Stetlin pendaul lo captivité.

au rez-de- chaussée, où nous attendîmes au moins dix minutes l'homme qui devait nous intimer la volonté du roi Guillaume.

» Le général de Moltke fit son entrée accompagné doM. le comte de Bismarck, dugénéral de Blù m en thaï et de quelques officiers. Après un salut assez, sommaire, il demanda au général Je Wimpflen s'il avait des pouvoirs, et, sur sa réponse affirmative, il demanda à les vérifier, ce qui fut fait. Le général de Wimpflen présuma unsuile lu général Castelnau et le général Faure. Le général de Moltke ayant alors demandé quel était le caractère de ces deux généraux, le général Faure répondit qu'il étaitvenucomme chef d'état-major du maréchal de Mac-Mahon pour iiccotnpii;j;iier lu général de Wimpffon, mais sans aucun caractère officiel, et le général Castelnau dit qu'il venait apporter une communication verbale et officieuse do la part de l'Kmpcreur. mais que cette communication n'aurait son utilité qu'à la fin de la conférence, à laquelle d'ailleurs il n'avait point qualité pour prendre autrement part. Le général de Moltke nomma alors au général de WimplTen, en las désignant de la main, M. le comte do Bismarck et le général de Blumenthal, et l'on s'assit.

ï Nous étions placés de la manière suivante : au centre de la pièce, une table carrée avec un tapis rouge; à l'un des côtés de cette table le général do Moltke, ayant à sa gauche M. do Bismarck et le général de Blumenthal à sa droite, du côte" opposé de la table était le général de WimpfTen seul en avant; derrière lui : pivsqiiu dam l'ombre, U's généraux Gas-

tolnau et Faure et les autres officiers français; il y avait en outre dans lu salon sept ou huit officiers prussiens dont l'un, sur un signe du général de Bliimentha'l, vint se mettre près de la cheminée sur laquelle il s'appuya pour écrire tout ce qui se disait.

» Apres que l'on se lut il rùgua un instant de silence, on sentait que le général de Wimptten était embarrassé pour engager l'entretien, mais le général de Moltke restant impassible, il se décida à com-

» Je désirerais, dit-il, connaître les conditions de capitulation que S. M. le roi de Prusse est dans l'intention de nous accorder. — Elles sont bien simples, répliqua le général de Moltke : L'armée tout entière est prisonnière, avec armes et bagages : on laissera aux officiers leurs armes comme un témoignage d'estime pour leur courage, mais ils seront prisonniers de guerre comme la troupe.

» — Ces conditions sont bien dures, général, répli- » qua le général do Wimpffen, et il me semble que ï par son courage l'armée française mérite mieux s que cela.

v Est-ce qu'elle ne pourrait pas obtenir une capis tulation dans lus conditions suivantes :

a On vous remettrait la place et son artillerie. s "Vous laisseriez l'aimée se retirer avec ses aimes, » ses bagages et ses drapeaux, à la condition de ne

— ms —

» plus servir pendant cuite guerre contre la Prusse; c l'Empereur et les généraux s'engageraient pour » l'armée et les officiers s'engageraient personiielle-

■ ment et par écrit aux mêmes conditions, puis cette » armée serait conduite dans une partie de la Franco

■ désignée par la Prusse dans la capitulation, ou en » Algérie pour y rester jusqu'à la conclusion de la » paix. Et il ajouta quelques autres développements dans le mémo sens, paraissant regarder la paix comme prochaine; niais le général de Moltke demeura impitoyable et se contenta de répondre qu'il ne pouvait rien changer aux conditions. Le; général de Wimpflen fit de nouvelles instances; il fit appel d'abord aux sympathies que sa position personnelle pouvait inspirer au général de Moltke : « J'arrive, disait-il, il y a

• deux jours d'Afrique, du fond du désert, j'avais « jusqu'ici une réputation militaire irréprochable et

• voilà qu'on me donne un commandement au milieu

> du combat et que je me trouve fatalement obligé

• d'attacher mon nom à une capitulation désastreuse

> dont je suis ainsi forcé d'endosser toute la respon-

■ sabilité, sans avoir préparé moi-même la bataille

■ dont cette capitulation est la suite. Vous qui êtes

> officier général comme moi, vous devriez compren-

• dre toute l'amertume de ma situation mieux que

■ personne; il vous est possible d'adoucir pour moi » cotte amertume en m'accordant de plus honorables

> conditions : pourquoi ne le feriez-vous pas? Je sais » bien, ajouta-t-il, que la plus grande cause de notre » complet désastre a été la chute dès lo début de la

• journée, du vaiilant maréchal qui commandait

i avant moi ; il n'aurait peut-être pas été vainqueur, » mais il aurait pu du moins opérer une retraite heu- » relise, etc., etc. Quant à moi, si j'avais commandé « dès la veille, je ne veux pas dire que j'aurais mieux

• fait que le maréchal de Mac-Mahon et gagné la s bataille; mais j\iur;iis préparé une retraite, ou du > moins, connaissant mieux nos troupes, j'aurais

■ réussi à les réunir dans un suprême effort pour

• faire une trouée. Au lieu de cela, on m'impose le » commandement au milieu même de la bataille sans » que je connaisse ni la situation, ni les positions » de mes troupes : malgré tout, ju serais peut-être » parvenu à faire une percée ou à battre en retraite » sans un incident personnel qu'il est du reste

• inutile de relater. » (C'était sans doute une allusion à la confusion d'ordres qui est résultée de ce que le matin le maréchal de Mac-Mahon avait remis le commandement au général Ducrot , qui l'avait exercé jusqu'au moment 'dix heures du malin) où le général de Wimpficn le réclama en vertu d'une lettre du ministre, dont il était porteur.)

■ Le général de Wimpiien continua encore sur le mémo thème, mais s'apercevant que le général de Moltke paraissait peu touché de ce plaidoyer personnel, il prit un ton un peu plus vif. « D'ailleurs, dit-il,

■ si vous ne pouvez m'aecorder do meilleures condi-

• tionsje no puis accepter celles que vous voulez » m'imposer. Je ferai appel à mon armée, à sou hon-

■ nour, et je parviendrai à faire une percée, ou je me . dérendrai dans Sedan. » (Il faut constater qu'il n'avaitpas l'air très-convaincu lui-même de ce qu'il disait.)

ï Le général de Moltke l'interrompit alors : • J'ai bien, dit-il, une grande estime pour vous, j'apprécie votre situation et je regrette de ne pouvoir rien faire de ee que vous demandez; mais quant à tenter une sortie, cela vous est aussi impossible que de vous défendre dans Sedan. Certes, vous avez des troupes q*ui sont réellement, excellente s : vos infanteries d'élite (il voulait dire sans doute les zouaves, chasseurs à pied, turcos et infanterie de marine) sont remarquables, votre cavalerie est audacieuse ci. intrépide, votre artillerie est admirable et nous a fait grand mal, trop de mal; mais une grande partie de votre infanterie est démoralisée, nous avons fait aujourd'hui plus de 20,000 prisonniers non blessés

» Il ne vous reste actuellement pas plus de 80,000 hommes. Ce n'est pas dans de pareilles conditions

iche

seront demain au point du jour. Si vous voulez vous en assurer, je puis faire conduire un de vos officiers dans les différentes positions qu'occupent mes troupes, et il pourra témoigner de l'exactitude de ce que je vous dis. Quant à vous défendre dans Sedan, cela vous est tout aussi impossible; vous n'avez pas pour 48 heures de vivres et vous n'avez plus de munitions. »

i Attaquant alors une différente note, le générai

de Wimpffen reprit d'un ton insinuant : * Je crois - qu'il est de votre intérêt, mémo au point do vue po- » litique, do nous accorder la capitulation honorable j à laquelle adroit l'armée que j'ai l'honneur de com-

• mander. Vous allez faire la paix, et sans doute vous

> désirez la faire bientôt : plus que toute autre, la

■ nation française est généreuse et chevaleresque, et

■ » par conséquent sensible à lu générosité qu'on lui

> témoigne, et reconnaissante des égards qu'on a

* pour elle; ai vous nous accordez des conditions » qui puissent flatter l'amour-propre de l'armée, le » pays en sera également tint té, cela diminuera aux

• d'être durable, car vos procédés généreux auront

i ciproquement amiraux, tels qu'ils doivent exister

0 entre deux (^'.unles nations voisines, et tels que

1 vous devez les désirer.

s En persévérant, au contraire, dans des mesures » rigoureuses à notre égard, vous exciteriez à coup s sur la colère et la haine dans le cœur de tous les » soldats; l'amour-propre de la nation tout entière " sera offensé grièvement; car elle se trouvera soli- ■ daft-e de son armée, et ressentira les mêmes émo- » tions qu'elle. Vous réveillerez ainsi tous les mauvais » instincts endormis par le progrès de la civilisation, » et vous risquerez d'allumer une guerre intermitia- » hleentrolaFrancoetla Prusse. •

« Ce fut cette fois M. de Bismarck qui se chargea de répondre; il le ût eu ces termes :

- Gl> —

« Votre argumentation, général, paraît au premier iihord sérieuse, mais elle n'est, nu fond que spécieuse et ne peut soutenir la discussion. Il faut croire en général fiH't peu à la reçu n naissance, eten particulier nullement à celle d'un peuple ; on peut croire à la reconnaissance d'un souverain, à la l igueur à celle de sa famille; on peut même en quelques circonstances y ajouter une foi entière, mais je le répète, il n'y a rien à attendre de la reconnaissance d'une nation. Si le peuple français était un peuple comme les autres, s'il avait des institutions solides, si, ci.imme le mitre, il avait le culte et le respect de ses institutions, s'il avait un souverain établi sur le Irène d'une laçon stable, tiens pourrions croire à la gnililude de l'Empereur et à celle de son fils, et attacher un prix à cette gratitude, niais en France, depuis quatre-vingts ans, les gouvernements ont été si peu durables, si multipliés, ils ont changé avec une rapidité si étrange et si en dehors di; toute prévision, que i'onne peut compter sur rien de votre pays, et que fonder des espérances sur l'amitié d'un souverain français serait, de la part d'une nation voisine, un acte de démenée, ce serai/ vouloir bdlîr en l'air, t Et, d'ailleurs, ce serait folie que de s'imaginer que la France pourrait nous pardonner nos succès; vous êtes un peuple irritable, envieux, jaloux et orgueilleux à l'excès. Depuis deux siècles, la France a déclaré trente, fois la guerre à la Prusse (se reprenant), à l'Allemagne; et, cette fois-ci vous nous l'avez déclarée comme toujours par jalousie, parce que vous ne pouviez nous pardonner notre

victoire de Sadowa, et pourtant Sadowa ne vous avait rien coûté et n'avait pu en rien atteindre votre gloire; mais il vous semblait qun la victoire Était un apanage qui vous était uniquement réservé, que la gloire des armes était pour vous tin monopole; vous n'avez pu supporter à côté de vous une nation aussi forte que vous, vous n'avez pu nous paril'jimijr Sadnwa, où voi intérêts ni votre gloire n'étaient nullement en jeu. Et vous nous pardonneriez le désastre de Sedan? Jamais! Si nous tainions maintenant la puis, dans cinq ans, dans dix ans, des que vous le pourriez, vous recommenceriez la guerre, voilà toute la reconnaissance que nous aurions à attendre de la nation française! II Nous sommes, nous autres, au contraire de voua, une nation honnête et paisible , que ne travaille jamais le désir des conquêtes et qui ne demanderait qu'à vivre en paix, si vous ne veniez constamment nous exciter par votre humeur querelleuse et conquérante. (Je ne pus m'empôcher, en entendant ces mots, de songer à ces adroits faiseurs d'affaires, qui, après avoir dépouillé quelqu'un; crient plus fort que lui : au voleur I) Aujourd'hui, c'en est assez; il faut que la France soit chaliée de son orgueil, de son caractère agressif et ambitieux; nous voulons pouvoir enfin assurer la sécurité de nos enfants, et pour cela il faut que nous ayons entre'la France et nous un glacis; il faut un territoire, dés forteresses et des frontières qui nous mettent pour toujours à l'abri de toute attaque do sa part. »

• Le général de Wimpffen répondit à M. de Bismarck :

<• Votre Excellence se trompe dans le jugement s qu'elle porte sur la nation française : vous en êtes » resté à ce qu'elle était en 1815, et vous la jugez

* d'après les vors de quelques poêles ou les écrits de

> quelques journaux. Aujourd'hui les Français sont

• bien différents ; grâce à la prospérité de l'Empire, » tous les esprits sont tournés à la spéculation, aux » affaires, aux arts; chacun cherche à augmenter la

> .somme de son bien-être et de ses jouissances, et

* songe bien plus à ses intérêts particuliers qu'à » la. gloire. On est tout prêt à proclamer en France » la fraternité des peuples. Voyez l'Angleterre 1 Cette

• haine séculaire qui divisait lu France et l'Angle- >: terre, qu' est-elle devenue? Les Anglais ne sont- *- ils pas aujourd'hui nos meilleurs amis? Il en sera

> de même pour l'Allemagne si vous vous montrez » généreux, si des rigueurs intempestives ne vien-

» A cet instant, M. de Bismarck reprit la parole; il avait fait un geste de doule en entendant vanter l'amitié existant, suivant le général de Wimpifen, entre ■ la France et l'Angleterre. «Je voua arrête ici, géué- • rai: non la Franco n'est pas changée, c'est elle qui

> a voulu la guerre, et c'est pour flatter cette manie « populaire de lu gloire, dans un intérêt dynastique,

> que l'Empereur Napoléon Ili est venu nous provoo quer: nous savons bien que la partie raisonnable et » saine de la France ne poussait, pas à la guerre ;

néanmoins elle en a accueilli l'idée volontiers; nous savons bien que ce n'était pus l'armée non plus qui nous était le plus hostile; mais la partie de la France qui poussait à la guerre, c'est celle qui fait et défait les gouvernements, Chez vous, c'est la populace, ce [sont aussi les journalistes (et ii appuya sur ce mot), cesont eeux-làque nous voulons punir; il faut pour ct:la que nous allions à Paris. Qui sait ce qui va su passer.' Peut-être se formera- t-il chez vous un de ces gouvernements qui ne respecte rien, qui fait des luis à sa guise, qui ne reconnaîtra pas la capitulation que vous aurez signée pour l'armée, qui forcera peut-être les officiers à violer les promesses qu'ils nous auraient faites, car on voudra, sans doute, se défendre à tout prix. Nous savons bien qu'eu France on forme vite des soldats; mais de jaunes soldats ne valenl pas des soldats aguerris, et d'ailleurs, ce qu'on n'improvise pas, c'est mv corps d'officiers , ce sont

une paix durable, et dans les conditions que je

lions la France dans l'impossibilité d>: nous résister. Le sort des batailles nous a livré les meilleurs soldats, les meilleurs officiers de l'armée française ; les mettre gratuitement en liberté pour nous exposer à les voir de nouveau marcher contre nous seraitfolio; ce serait prolonger laguerre, et l'intérêt ■ de nos peuples s'y oppose. (Ils semblaient se regarder en cet instant comme déjà maîtres do ta. France, par suite de notre défaite.) Non, général,

» quel que soit l'intérêt qui s'attache à votre posi- » tion, quelque; flatteuse qm: soit l'opinion que nous

• avons de votre armée, nous ne pouvons acquiescer

> :i votre demande et changer les premières condi- » tiens qui l'ou^oiitélé I. ('::••-. » — < Eli l'ion, répliqua » avec dignité le général de Wimpffen, il m'est égale- » ment impossible à moi de signer une telle capitu- » lation; nou^ fucom i iï c i: i.-t; :'on s !a kit lille. » — Le général CasteliiLiu [)i L'Haut alors lu parole dit d'une voix hésitante : « Je crois l'instant venu de transmettre

> le message de l'Empereur. — Nous vous écoutons, » général, dit M. de Bismarck .—L'Empereur, continua » !e général Cas tel n au, m'a chargé de faire remarquer » à Sa Majesté le roi de Prusse, qu'il lui avait envoyé

> son epoe sans condition, et s'était personnellement

> rendu absolument à sa merci, mais qu'il n'avait agi » ainsi que dans l'espérance que le roi serait touché » d'un si complet abandon, qu'il saurait l'apprécier, s et qu'en cet tu considération il voudrait bien aecor-

• der à l'arméi: lrain;;u^c une capitulation plus hono-

> rable et telle qu'elle y a droit par son courage. > « — Est-ce tout? demanda M. de Bismarck.—

« Oui, répondit legénéral. — Mais quelle est l'épéequ'a

> rendue l'Empereur Napoléon III? Est-ce l'épêede la » France ou son épécà lui? Si c'est celle de la France, » les conditions peuvent être singulièrement modi-

> Qèesetvotrcmessaycituroit un caractèredesplusgraï ves. — C'est seulement Vépik de l'Empereur, reprit le » général Castelnau. u — Eu ce cas, reprit en hâte, presqu'avec joie, le général ch; Moltke, cela ne change rien ans conditions, et il ajouta <■ l'Empereur obtiendra

pour sa personne tout ce qu'il lui plaira de demander. » (Il nie parut qu'il pouvait bien y avoir une secrète divergence d'opinion entreM.de Bismarck et le général de Moltko, et qui; lo premier ri 'aurai! pas été f;ïi:hé, au fond, de terminer la guerre, tandis que le général désirait, au contraire, lu, continuer.)

» Aux dernières paru lus du général de Moltku, le général du Wimpffen répéta : * Nous recommence- . rons la bataille. — La trêve, répliqua le général

■ de Moltku, e\piiv domain à quatre heures du malin.

> A quatre heures préirises, j'ouvrirai le feu. n

i Nous étions tous debout, on avait fait demander nos chevaux. Depuis les dernières paroles, on n'avait pas prononcé un mot : ce silence était glacial.

» Reprenant en ce moment la parole, M. du Bismarck dit an général Wimpilen : ■ Oui, général, vous avez n de vaillants et d'Iiéruïques soldats, je ne doute pas » qu'ils ne fassent demain des prodiges de valeur, et » ne nous causent des pertes sérieuses; mais à quoi

> cela servirait-il? Demain soir, vous ne serez pas . plus avancé qu'aujourd'hui, et vous aurez seulement

■ sur la conscience le sang de vos soldats et des nùy très que vous aurez fait couler inutilement : qu'un « moment de dépit ne vous fasse pas rompre ta con- • férence; M. le général de Moltkc va vous convain- » cre, je l'espère, que tenter do résister serait folio de

> votre part. >

> On se rassit, et le général du Moltku reprit en ces termes :

< Je vous affirme de nouveau qu'uno percée ne » pourra jamais réussir, quand mémo vos troupes

— (iG —

> seraient dans les meilleures conditions possibles; • car, indépendamment de la grande supériorité

> numérique de mus hommes et de mon artillerie,

t toutes les issues pur lesquelles vous pouvez essayer > de sortir du cercle ou vous êtes enfermés, et sont » tellement fortes, qu'il est impossible de les enlever.

» Oli! elles ne sont pas aussi fortes que vous voulez » le dire, ces positions, interrompit le général de • Wiiiipll'eii. — Vous ne connaissez pas la topogra- . phie des environs de Sedan, répliqua le général de . Moït\œ,et^oichm détailbiiarre et qui peint bien voï trenalionprèsomplueuseet inconséquente ; à l'entrée

l tfficiw, des 'cartes de l'Allemagne, alors que vous

ne nos positions sont, non-seulement très -for tes, iais formidables et inexpugnables. * Le général de

dont il pouvait apprécier la force et la vérité. — Au bout d'un instant, il reprit : « Je profiterai, géné- » ral, de l'offre que vous avez bien voulu me faire au o début de la conférence; j'enverrai un officier voir

> ces forces formidables dont vous me parlez, et à « son retour je verrai et prendrai décision.

j, Vous n'enverrez personne, c'est inutile, répli-

b qnale général de Moltke sèchement, vous pouvez me

> croire; et, d'ailleurs, tous n'avez pas longtemps à

andei

Wimpffc

trouva rien à répondre à cette sortie,

s réfléchir, car il est minuit, c'est à quatre heures s du matin qu'expire la trêve et je ne vous accorderai » pas un instant de sursis, »

s Pourtant, fit observer le général de Wimplïen, » qui abandonna, du reste, sans plus insister, le pro- » jet du faire véridei' les position.! de l'ennemi, pour- » taut vous devez bien comprendre que je ne puis o prendre seul une telle décision ; il faut que je con- » suite nies collègues; je ne sais où les trouver tous

a Comme le général de Mollke refusait opiniâtrement, AC. de Bismarck se pencha vers lui et lui murmura à l'oreille quelques mots qui me parurent signifier que le lîoi arriverait à neuf heures et qu'il fallait l'attendre. Ce colloque à voix basse terminé, le général de Mollko dit en effet au général de Wimpfïen qu'il consentait à lui accorder jusqu'à neuf heures; mais que ce serait la dernière limite.

discuta encore quelques détails, on dispensa les soldats français de rendre eux-mêmes leurs armes, on promit de laisser aux officiers tout ce qui leur appartiendrait, armes, chevaux, etc. (Plus tard, ces dernières conditions ne furent pas remplies.)

• Je jugeai, dés ce moment, que la capitulation était décidée en principe par le général de Wimplïen, et que si il ne la signait pas immédiatement c'était pour sauver les apparences et aussi pour tâcher de

diminuer l;i responsabilité qui lui incombait fatalemont, en la faisant partager aulant que possible par les autres généraux «

Le lendemain matin, les eomniand ints de corps d'armée et les généraux de division furent convoqués pour prendre connaissance des termes de la capitulation.

Le général de Bollemarc dit (pie ces conditions étaient inacceptables; qu'il [allait se défendre dans la place.

Sur i'observation du chef d : état -major, déclarant qu'il n'y avait pas dans toute la ville une journée de vivres, le général i'cllé proposa une sortie. Mais quand on eut appris à cet officier général que l'ennemi tenait les portes et que c'était lui qui, le matin, avait ouvert les barrières aux parlementaire*, les généraux Pellé et de Bcllemare comprirent comme tout le monde qu'une nouvelle lutte n'aboutirait qu'à un massacre inulile de milliers d'hommes, et adhérèrent à la capitulation.

ï> me reste qu'à remettre mon épée entre les mains ï de Votre Majesté, n était allé dès le matin se constituer prisonnier; il espérait voir le iîoi et obtenir de meilleures conditions pour l'armée. Mais on empêcha Sa Majesté de se trouver en contact avec le souverain allemand avant que le général de Wampiïen n'eut

apposé sa signature au bas du protocole. A dix heures, le général arrivait au camp prussien; à onze heures tout était consommé. Quelques minutes après, Napoléon ill voyait le roi Guillaume.

Pendant que se terminait au quartier général allemand ce drain r: pénible, sans exemple dans notre histoire, à riniéi ii iir <iu Sedan les généraux et les états-majors s'étudiaient à remettre un peu d'ordre dans notre malheureuse armée et à lui faire distri-

venus de TétaUmajor prussien, les armes sont laissées dans la ville sur les emplacements que les troupes occupaient et l'année se rend dans la presqu'île que forme la Meuse en contournant le village d'Igcs. C'est là que plus de 70,000 hommes furent parqués pendant près de quinze jours sur un sol marécageux et entièrement détrompé par des pluies torrentielles.

Dès le 4 seplemlire. le général commandant en chef, sans plu> s'inquiéter de fon armée, était parti pour Stuttgardt, après avoir prié le général de Moltke de lui accorder l'autorisation d'emmener « ses deux vieux chevaux,. . . bétes hors d'âge, disait-il, et incapables de faire un bon service de guerre. •

Les généraux furent plus soucieux de leurs sol-

Le commandant du 1" corps se rendit à Donchéry pour obtenir du prince royal une distribution de vivres et régler la question du transport des officiers (l).

(l)Cc fui là que lu gênerai Ducroteul avec le général de Rlfimnulml l'inlrelicn rapport plu, haiil ol recueillit de la linuclie dn prince ojal les paroles échappées au Hoi en ïojonl charger noire caialerie.

Il ne put recevoir à ce sujet que des promesses vagues, qui ne Curent même qu'imparfaitement remplies.

De retour au camp des prisonniers de Glaire, lo général s'occupa d'organiser une sorte d'administration provisoire [wui diriger ]<■< distributions. Il sollicita de l'état-major allumand l'autorisation de demeurer au camp de Glaire jusqu'à complète évacuation. Moins heureux que lo général de Wimpiïen, il se vit refuser ce qu'il demandait et reçut l'ordre impératif de partir le 7. — Il avait donné sa parole d'honneur d'être rendu le 11 avant midi à Pont- à-Mousson. Avant l'heure fixéeil venait se remettre entre les mains de l'autorité allemande.

Dans une lettre au gouverneur de Paris, et reproduite pendant le siège, le général a expliqué en détail eommentil s'était soustrait à la captivité. Le comte de Bismarck a été obligé de s'incliner devant les faits et devant les sommations énergiques du général Ducrot. Les documents reproduits à la fin de ce travail prouvent surabondamment le droit qu'avait le général d'agir comme il le fit. Il est donc inutile de revenir sur cet incident.

Avant de quitter la plume, qu'il nous soit permis de faire quelques réflexions sur les conséquences et les suites d'une retraite plus ou moins heureuse de l'armée.

Aurions-nous fini par triompher?

Avouons-le !!1 nos chances, bien qu'au^meiiléi's, n'auraient pu faire pencher tout à fait la balance de notre côté. . . Mais très-certainement la lutte eût été si acharnée, la victoire si chèrement achetée, que nos ennemis n'auraient jamais pu nous imposer les humiliantes conditions que nous subissons aujourd'hui.

Les regrets comme les récriminations ne changeront, hélas! rien aux tristes événements accomplis

Puisse seulement notre patrie profiter de cette dore leçon.

Tout d'abord il faut être bien convaincu que nos malheurs pouvaient être diffères, ou moins rapides, OU moins écrasants, mais qu'ils étaient inévitables...

Lorsque dans deux pays voisins, chez l'un on érige en principe : qu'un homme, moyennant une somme d'argent peut se faire remplacer à l'armée, s'arranger nne vie facile, exempte de souffrances et de dangers...

Chez l'autre : que tout citoyen marié ou célibataire, riche ou pauvre, doit, comme premier acte de sa vie d'homme, s'exercer aux armes, s'endurcir aux fatigues, se plier à la discipline.

Qu'an-ive-t-il?

Les hommes du premier pays, malgré leur glorieux passé, ne tardent pas à s'énerver... faibles de bras, ils deviennent faibles de cœur... incapables de rien : ils ne croient à rien: Dieu... patrie, grandeurs et gloire militaire sont pour eux des hypothèses,... des mots... Ils rient de ces barbares qui croient à toutes ces choses...

Bientôt ils fuiront devant eux!!...

Cependant ceux-ci, travailleurs, instruits, aguerris, disciplinés, mais jaloux, haineux, pleins d'appétits grossiers et brutaux convoitent ardemment le luxe et la richesse qu'affichent leurs vaniteux voisins avec une fastueuse ostentation (1)... Ils n'attendent que l'instant favorable... pour se jeter sur cette proie magnifique... La partie leur est assurée, car ils savent qu'en dehors de quelques mi 11 ii-rs i I'Ihitii m es généreux et braves, qu'ils éi-i'a;.ei'oiit sous 1 leurs masses, ils ne rencontreront que faiblesse et impuissance...

Et bientôt ce Français qui pensait que la vie était une succession de joies et de plaisirs... voit sa maison envahie, saccagée, pillée... brûlée...

C'est en vain qu'il tente un semblant de défense... cet ancien maître du monde ne sait plus tenir une arme... Comment le saurait-il ? Le temps qu'il n'a pas consacré à l'aeeioissement de sa fortune ou à ses plaisirs, il l'a passé à applaudir ses rhéteurs favoris, prêchant In < on fraternité des nations et le désarmemont do praples...

Nous avons, ne nous le di^siumluns pas, beaucoup à faire...

Persuadons nous tout d'abord que le sentiment du devoir prime le sentiment du droit... Faisons rigoureusement notre devoir, tout notre devoir... Nous nous corrigerons ainsi de notre oisiveté, de notre ignorance, de notre indiscipline et de bon nombre de vices qui nous rongent.

(1) Bipotllion universelle de I8C7.

Parlons un peu moins do lu revanche et travaillons beaucoup pour la rendre possible.

Enfin, que tous les partie se pardonnent réciproquement leurs erreurs, oublient leurs querelles, se donnent loyalement la main pour relever notre chère patrie ; plus que jamais, elle a besoin de l'appui de tous ses enfants.

Un dernier mot i l'armée. . . qui , si coupable qu'elle ait été, l'a plus encore ehèrement expié.

Mais il ne suffit pas do laver ses fautes dans le sang, il faut lie plus les recommencer. . .

Qu'à sa devise : IIonseuk et Patrie. . . devise dont clb ne s'est pas départie, elle ajoute : Travail et Discipline!!!

Général A. Ducîiot.

Page 1