L.*Oi*aisocî
0 Dieu, qui, nous enseignant à vous prier, nous avez appris à dire : F^ère, que votive volonté soit faite, mettez dans le fond de mon cœur le goLii divin de cette parole, afin qu'abandonné désormais entre vos mains, je ne mette plus mon bonheur et mes espérances que dans Taccomplissoment adoré de vos volontés éternelles. Ainsi soit-il.
Ii'£liitre.
Lecture de l'Êpître de saint Paul aux Corinthiens. (II Cor. 1, 8.)
Mes frères, vous ne voulons point que vous ignoriez la tribiilation que nous avons soufferte en Asie. Nous en avons été écrasés au delà de toute mesure, au delà de nos forces, jusqu'à ce 'point que la vie même nous était devenue insupportable.
Mais nous avons entendu en nous cette réponse de mort, afin que nous perdissions toute confiance en nous-mêmes, pour ne plus rien attendre que de Dieu seul, qui ressuscite les morts, qui nous a si souvent arrachés à de si nombreux et de si grands périls, de qui nous attendons encore avec un ferme espoir qu'il nous en délivrera dans V avenir.
Je l'ai entendue dans le fond de mon être, celte réponse de mort, dont parle T Apôtre, et s;i sévère éloquence m'a clairement fait comprendre qu'il ne faut point se fiera cette vie
brève et menacée, mais à vous seul qui êtes le maître de toute vie, et qui savez quand il vous plaît rappeler les morts mêmes du tombeau.
C'est souvent à quoi vous bornez, Seigneur, l'effet de cette réponse austère que le malade entend dans l'anéantissement de ses forces et ses défaillances ; vous voulez qu'il apprenne de cet écho de mort qu'il n'est pas à soi-même son principe vital, mais qu'il lui faut chercher au-dessus de soi ce principe essentiel, et tirer de Dieu seul son salut. Quand il a compris l'avertissement sacré, vous le ramenez des rives du néant aux régions de la vie, et vous lui rendez une force dont il connaît désormais qu'elle est une force empruntée. En sera-t-il ainsi pour moi, Seigneur? J'ai lieu de l'espérer et de le croire ; car la suite de vos miséricordes dans le passé me promet tout pour l'avenir.
li'Evanfiile.
Lecture du saint Évangile selon saint Mauhieu, (Ch. IX.)
En ce temps-là, un chef de synagogue s'approcha de Jésus et se prosterna devant lui y
disant : Seigneur, ma fille vient de mourir ; mais venez, imposez votre main sur elle et elle vivra.
Et Jésus, s'étant levé, le suivit avec ses dis^ ciples.
Or, une femme affligée d'un flux de sang depuis douze années s'approcha de lui et toucha le bord de son vêtement.
Car elle disait en soi-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie.
Jésus, se retournant, la vit et lui dit : Ma fille, ayez confiance, votre foi vous a sauvée. Et la femme fut guérie à Vlieure même.
Jésus étant arrivé à la maison du chef de la synagogue, et voyant les joueurs de flûte et la foule qui s'agitait avec tumulte,
Leur dit : Retirez-vous, car la jeune fille nest pas morte, mais elle dort. Et ils se riaient de lui.
Lorsquon eut renvoyé la foule, il entra, prit les mains de la jeune fille et dit :
Levez-vous, et la jeune fille se leva.
Et le bruit s'en répandit dans tout le pays.
Comme il sortait de là, deux aveugles le sui-
virent, criant et disant : Fils de David, ayez pitié de nous I
Jésus étant entré dans une maison, les aveugles s'approchèrent de lui, et il leur dit : Croyezvous que je puisse faire ce que vous me demandez? Ils dirent : Oui, Seigneur.
Alors il toucha leurs yeux, disant : Qu'il vous soit fait selon votre foi. Et leurs yeux s'ouvrirent.
Et Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans les synagogues et prêchant V Evangile, et guérissant toutes les langueurs et toutes les infirmités.
Sei^n^ur, que j'aime à lire en ce moment la suite de cet évangile, et qu'en particulier ses dernières paroles me sont douces à entendre î Elles me montrent que vous n'avez dédaigné aucune souffrance des hommes, et que vous les avez secourus non moins dans leurs défaillances de chair que dans leur détresse d'esprit ; elles me consolent aussi de la dureté de certains docteurs qui traitent avec une suj)eibe hauteur les faiblesses humaines. Ces hommes
qui parlent si fort d'indifférence n'ont, pour la plupart , jamais souffert ; ignorants de l'épreuve , ils commandent facilement l'héroïsme.
Vous êtes plus intelligent et plus profond, ô mon Sauveur ! Vous êtes assez bon pour traiter l'homme avec douceur, et assez grand pour le respecter. Vous ne regardez jamais sa souffrance d'un regard insensible et froid, vous avez toujours un cœur pour comprendre sa plainte et la consoler. 0 profondeur du cœur de Jésus-Christ ! ô génie de son amour ! 6 abîmes de sa piété fraternelle ! Qui me donnera l'excès de confiance que mérite ce cœur divin ! quand saurai-je tout lui dire, et répandre en lui, sans craintes, Kamertume résignée d'une plainte qu*il ne méprisa jamais !
li'Offerloire.
Seigneur, si vous ne méprisez pas mes souffrances, encore moins méprisez-vous l'acte libre et volontaire par lequel, me constituant en ce moment en véritable état de victime, je m'offre
à VOUS pleinement, entièrement, dans tout moi-même, dans mon esprit, dans mon cœur, dans ma volonté, dans mon corps et dans mon sang, pour reconnaître votre souverain domaine sur toutes vos créatures et vous adorer comme mon Dieu ; pour vous rendre grâces de tous les bienfaits dont vous m'avez comblé, moi et les miens ; pour satisfaire à votre justice irritée par les innombrables fautes de ma vie, enfin pour obtenir les grâces nouvelles qui me sont nécessaires ou que désire votre Eglise.
Je vous offre donc le sacrifice de ma souffrance à toutes ces fins, et je vous conjure de le recevoir, de le bénir, de le sanctifier, afin qu'il s'élève comme un suave parfum en la présence de votre majesté divine.
En esprit d'humilité profonde et en contrition de cœur, Seigneur, je m'offre à vous comme votre victime : faites que mon sacrifice soit tel devant vous qu'il vous plaise, ô Seigneur, mon Dieu !
Venez, Esprit sanctificateur. Dieu tout-puissant et éternel, et bénissez ce sacrifice très-
humblement offert pour l'amour de voire saint nom.
liavnbo inter innocentes.
Je laverai mes mains avec les innocents, et j'entourerai votre autel, Seigneur, vous rendant grâces d'avoir déjà purifié mes mains par le feu de l'épreuve et d'avoir commencé la conversion de mon cœur. Achevez votre ouvrage, ô Jésus, séparez-moi des fils du monde qui vivent pour le sang et pour l'or et n'entendent rien à votre croix. Redressez mon âme dans le silence et la retraite, donnez la droiture et la fo ce à ma volonté ; faites que, rentré dans le monde si vous l'ordonnez, et rendu à la libre activité de la vie, je marche désormais dans l'innocence, que mes pas ne quittent plus le droit chemin, que je sois dans l'assemblée des hommes une voix courageuse, dévouée à vous louer et à vous bénir !
Orate, fratrcs.
Frères, soutenez-moi de vos prières dans Tachèvemcnt de mon sacrifice.
Chrétien, que le Seigneur reçoive le sacrifice de ta patience pour la gloire de son nom, pour ton salut, pour notre bien aussi et celui de la sainte Église.
IiA Préface.
Sursum cordai Élevons nos cœurs. — Qu'il n'y ait plus autour de moi ni vaines plaintes, ni amollissantes paroles, ni rien qui me ramène dans le sensible. 0 Dieu! je veux m'oublier maintenant moi-même et perdre la vue de ma misère pour ne plus regarder que vous seul. C'est assurément une cause fréquente de désolation pour les âmes, qu'elles se regardent trop elles-mêmes et pas assez vous. Seigneur, source de toute beauté, de toute vie, de tout ordre et de toute perfection! Qu'il est bon cependant de laisser un peu la vue triste et lourde de sa petitesse incurable pour se perdre dans la clarté entrevue de votre gloire, et habiter un moment par avance le lieu où retentit la louange éternelle des anges, des archanges et des séraphins ! Permettez donc. Seigneur, à
une triste voix de la terre d'unir un instant son efïbrt aux chants des vertus célestes et de répéter du fond de sa misère, mais avec l'accent d'une invincible espérance : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées ! Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire ! Gloire à lui dans les cieux !
lie Canon.
Seigneur, j'unis ma prière non-seulement aux louanges immortelles que les anges chantent à vos pieds, mais à celles que redit, depuis le commencement, votre sainte Église par la bouche de ses apôtres, de ses martyrs, de ses pontifes, de ses confesseurs et de ses vierges, j)ar la bouche aussi de tous les vrais chrétiens , soit qu'ils aient quitté ce monde, soit qu'ils y combattent encore votre combat.
J'unirai surtout mon immolation à l'immolation d'elle-même que ne cesse de vous offrir votre Eglise. Depuis que votre sang a coulé par amour pour elle sur la croix, pressée d'un amour semblable, cette fidèle épouse n'a cessé
de verser le sien et de le confondre avec le vôtre pour le salut du monde. Jalouse de répondre à vos tendresses, et comme enflammée d'une divine émulation, tous les jours elle meurt pour vous, et continue d'être ainsi ce que l'appelait saint Paul, une brebis d'immolation pour votre amour : JEstimati sumus siciit oves occisionis^, A Dieu ne plaise que je demeure en dehors de ce sacrifice universel, et que j'égare mon oblation en la séparant de la grande oblation fondamentale de votre Eglise ! Si indignes que soient mes combats d'être comparés aux combats de vos saints, si méprisables que soient mes souffrances comparées à celles de vos martyrs et de vos vierges, j'unis le peu que je souffre aux grands travaux de leur patience, espérant que mes peines trouveront dans cette alliance auguste une valeur et un mérite où seules elles ne sauraient atteindre.
lie Iflemento.
Vous me permettez encore, Seigneur, en
* Rom., VIII, 36.
vertu de cette communion qui relie entre elles toutes les âmes justifiées par votre amour, de vous offrir mes souffrances pour le bien spirituel et même corporel de tous ceux qui me sont chers et dont je rappelle en ce moment le souvenir : pour la délivrance aussi des âmes détenues par les restes de l'infirmité mortelle dans le lieu des expiations. 11 n'y a rien de plus établi et de plus certain dans la religion que la force de la souffrance chrétier.ne, librement acceptée, courageusement unieà la prière, pour obtenir vos grâces et les appliquer aux âmes de ceux que nous aimons. Qu'il en soit ainsi de mes prières et de mes douleurs par votre sainte grâce. Amen !
liA Consécration.
Enfin tout est prêt pour l'acte suprême du sacrifice. Il n'y a plus qu'à prendre en mains la victime, et à lui donner ce coup de la mort qui est nécessaire en toute immolation.
Au saint sacrifice de la messe vous êtes constitué, Seigneur, dans un véritable état de vie-
time immolée, par la consécration distincte de votre corps et de votre sang : en sorte que le glaive de la parole sacerdotale sépare encore symboliquement ce qui, depuis votre résurrection, est réellement inséparable, l'Apôtre ayant dit : « Ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n'a plus sur lui aucun empire*, p C'est ce mystère de séparation et de mort mystiques, souvenir et continuation de la séparation douloureuse et de la mort sanglante de la croix, que vous proposez maintenant à mon àme. Il s'agit maintenant de mourir avec vous, comme l'avait compris cet Apôtre lorsqu'il disait : « Allons^ nous aussi, et mourons avec lui ; Eamus et nos, ut moriamur cum eo*. » H s'agit de ne pas s'arrêter comme tant de chrétiens trop faibles, à la montée du Calvaire, mais de s'étendre avec vous sur la croix.
0 Seigneur Jésus-Christ, en union à cette volonté souveraine qui vous a fait commander à la mort d'approcher de vous et de consom-
♦ Rom. V!,9.
' Jo. Il, 16.
mcT en vous son ouvrage, j'accepte la morl en esprit de sacrifice pour votre gloire, pour votre annour, pour le salut de ceux que vous savez, Seigneur, et pour mon propre salut.
Je l'accepte, cette mort, dans mon esprit par la privation du travail et de l'effort intellectuel ; je l'accepte en me résignant à ce cruel état d'inaction où me jette la maladie.
J'accepte cette mort dans mon cœur, si la maladie me prive de jouir de mes affections les plus chères, si elle me retient éloigné d'elles, si elle m'interdit de songer aux joies que poursuivent les hommes et condamne ma vie à la solitude.
J'accepte cette mort dans ma volonté, qui est le point essentiel de l'homme, en renonçant à choisir mes voies et à marcher selon mes désirs, et en consentant à vous suivre. Seigneur, dans cette nuit de l'incertitude, qui est la plus grande épreuve des âmes.
J'accepte enfin cette mort dans ma chair, acquiesçant en foi et en espérance au décret suprême que vous porterez sur moi, vous consacrant ma dernière heure, et déposant par
avance mon dernier soupir à vos pieds en es-» prit de sacrifice et en dernier témoignage d'amour.
lia Coniiniiiiioii et la fin du sacrifice.
Que reste-t-il maintenant, Seigneur, pour achever l'immolation et vous la rendre acceptable, que de Tunir à la vôtre, et de pouvoir dire, à l'imitation de l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui souffre, ce n'est plus moi qui m'immole, ce n'est plus moi qui meurs, c'est Jésus- Christ qui souffre, s'immole et meurt en moi ! 0 communion à la sainte mort de Jésus ! ô mort unie à sa mort ! ô mort plus féconde que toutes les vies ! ô mort transformée ! Plus je t'examine et plus je vois disparaître ce qui d'abord m'effrayait en toi. Tu es encore la mort, et par conséquent tu étonnes et scandalises tout mon être, car tu es un ouvrage contre nature, ô mort, et ce n'est pas la main de Dieu, c'est la main du péché qui t'a faite; mais, revêtue du sang de Jésus-Christ, couverte de son amour, ornée de son nom, transfigurée
dans son souvenir, lu n'es plus pour moi qu'un autre nom de la croix, c'est-à-dire moins un instrument de mort qu'un instrument de vie, moins une fin qu'un commencement, moins une mort qu'une naissance.
Seigneur, je suis indigne d'entrer dans cette profondeur de vos mystères, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie.
Seigneur, apprenez-moi vraiment à unir mon sacrifice au vôtre, à n'être plus qu'un avec vous sur la croix î
Seigneur, présentez vous-même à votre Père l'immolation volontaire d'une âme qui meurt en esprit avec vous pour ne vivre désormais qu'en vous !
Faites, Seigneur, qu'ayant découvert dans l'extrémité de ma détresse un moyen de vous rendre gloire et de servir mes frères, je n'oublie ni ne néglige désormais de l'employer. Faitesmoi trouver dans l'oblation et dans la consommation de mon sacrifice le trésor de force qui se trouve en tout grand ouvrage accompli par amour pour votre gloire, et dans l'acceptation définitive de la mort, unie à la vôtre et trans-
Tormée en elle, le secret de la véritable résurrection et de la pleine vie, soit pour ce monde, si vous m'y conservez, soit pour le monde /Tieilleur où il n'y aura plus ni maladie, ni souffrances, ni pleurs, ni séparation, ni passage, ni mort : mais joie, rassasiement, paix, possession et amour éternels ! Ainsi soit-il.