‹ La journee des maladesChapitre 13 sur 57 · LA MESSE DU MALADE — L'ACTION DE GRACES · texte numérisé non relu

LA MESSE DU MALADE — L'ACTION DE GRACES

Le malade. — «0 Dieu ! tournez-vous maintenant vers moi, épanchez en moi votre vie : et mon âme se réjouira en vous.

« Montrez-moi, Seigneur, votre miséricorde et donnez-moi votre salut.

€ J^écouterai ce que le Seigneur dit en moi, parce que ses paroles sont des paroles de paix,

« Pour ceux qui viennent à lui, et savent entendre la voix de leur cœur'. >

Le consolateur. — Tu as raison, mon fils,

Ps. LXXIIV, 7, 9.

de ne pas douter de mon esprit de paix et de douceur à l'égard des âmes qui viennent sincè' rement à moi.

J'ai entendu ta prière, et la voix de ton sacrifice est montée jusqu'à mon cœur. Tu as accepté courageusement cette immolation de toi-même, dont le sanglant sacrifice de mon serviteur Abraham n'était qu'une figure, comme elleétail essentiellement lafigure de mon propre sacrifice. Rappelle son souvenir à ta mémoire : ce souvenir te dira que je propose souvent à mes élus des sacrifi.ces dont je n'exige pas en rigueur l'accomplissement.

Je me contente alors de constater dans leur âme la volonté sincère de tout immoler au soin de ma gloire. Tu as accepté la mort : c'est bien, mon fils; les intentions et les prières que tu m'as présentées dans cet esprit d'immolation ont été exaucées et bénies. Maintenant ne pense plus à mourir, car ce n est plus le temps.

C'est la vie, mon fils, qui doit toujours sortir pour ioi de la pensée et de l'acceptation de la mort. Entends et médite la parole de mon Apôtre . c Vous êtes morts, dit-il, et votre vie

est cachée avec le Christ en Dieu. > Il commence par dire : Vous êtes morts. H semble qu'il n'y ait rien au delà qu'à se taire, car que dire à des morts, et pourquoi leur parler davantage? Mais voilà que sa première parole est précisément pour nommer la vie : Et votre vie est cachée. C'est donc une mort qui ne tait que cacher la vie, la recueillir, l'enfermer précieusement, — comme Dieu cache l'enfant dans le sein de sa mère, — et là, dans le secret, la nourrir, la fortifier, la développer, jusciu'au jour où le Christ, votre vie, apparaissant, vous apparaîtrez en gloire avec lui^.

Tu ne sais pas quel est ce j^^loi ieux jour, mon fils, et si je ne te l'ai pas fait connaître, c'est qu'il était inutile pour ton salut. Sache seulement que ce jour viendra, et que certainement il est proche.

Car il y a plusieurs sens à cette parole, comme il ari'ive toujours dans mon Écriture.

Ce retour glorieux de ta vie dans la révélation de ma gloire peut sans doute signifier la

• Col. m , 3

récompense qui allend tes travaux par delà cette vie mortelle, et ton repos définitif dans la compagnie de mes saints. Mais il peut signifier encore que j'ai mes desseins sur toi, même pour ce monde, et qu'après l'avoir formé comme tu devais l'être, en te cachant dans l'épreuve et te recueillajt dans la mort, je briserai, au jour qu'il me plaira, le tombeau de ta faiblesse et de ton impuissance, et je te communiquerai les forces d'une fécondité surprenante pour ma gloire.

Mon fils, une âme ne peut rien faire de grand à mon service, si elle n'a comme moi et avec moi traversé la mort. Les iils du monde ne comprennent rien à cette parole, et entre les maximes divines qui les scandalisent, celle-ci leur semble une des plus dures et des plus folles. Mais tous les saints ont connu cette folie de la croix et l'ont acceptée. Étaient-ce des vivants selon le monde qu'un Jean-Baptiste, un Paul, un Jérôme, un Chrysostome, un Athanase?

Certes, c'étaient des morts, mon fils : c'étaieîit des ensevelis selon le monde, et cependan!: € toute la terre a entendu leur bruit, et tous

les échos de Tunivers ont répété leur parole*.» Tu le vois donc, il s'en faut bien que mourir à soi-même, mourir à ses désirs, à ses choix, à ses espérances, à sa volonté propre, doive être pour mes fils une raison de douter de leui* ulilité future pour ma gloire. C'est là au contraire le commencement de leur vocation, c'est le signe de mon élection et de mon choix. Quand tout est renversé pour eux de ce qui tenait de l'homme, ils doivent penser que leur temps approche, puisque je ne fais rien qu'avec la mort, et accepter avec une espérance croissante cette immolation féconde par laquelle^ doivent passer tous mes vrais serviteurs.

Ainsi l'as-tu fait, mon fils. Courage donc et paix maintenant. Accepte encore le calice, laisse ceux du dehors, tes proches même et tes amis pleurer sur toi et te tenir pour un inutile en ce monde. Ne te défends pas, ne trahis pas tes espérances, ^i^arde caché le secret de mes promesses. Donne-moi qutlque temps encore de patience et de foi. Laisse-moi juge des temps

• Ps. XVili,6.

et des jours, et attends dans le calme d'une confiance invincible l'heure de ta résurrection. Cette heure sonnera dans le temps, maijs elle est fixée de toute éternité*

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