‹ La journee des maladesChapitre 18 sur 57 · INQUIÉTUDE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDE

Le malade. — Seigneur, ce n'est ni l'excès ni le prolongement de la scut'france qui ébranlent maintenant mon àme ; mais c'est l'obscurité où me jette la confusion de mes maux, et l'immense inquiétude dont elle m'accable. Tout est devenu douteux dans la suite de ma vie; je n'y puis plus rien prévoir ni rien ordonner d'avance, et le plus humble projet serait désormais trop audacieux pour moi.

Je consulte les plus prudents et les plus expérimentés des hommes. Aucun ne veut plus hasarder une conjecture sur la durée de mes

miiux. Après tant d'illusions qu'ils m'ont données, ce silence de leur part m'effraye et m'inquiète davantage : je regrette presque le temps où ils me trompaient!

Mes parents et mes amis, voyant l'inquiétude de mon âme, croient l'adoucir en me répétant sans relâche des promesses de guérison. Je les écoute : je ne les contredis plus ; je les console même en affectant de les croire, comme ils affectent de croire à ma guérison pour me consoler ; mais, redevenu seul, je succombe sous le double poids de mon inquiétude et delà leur, et toute l'illusion de ces espérances forcées s'évanouit.

Seigneur, quand donc un rayon de lumière viendra-t-il éclairer le fond de cet abîme d'incertitude? Je ne demande pas à connaître si je guérirai, je demande à connaître ce qui sera, quoi qu'il arrive. Je demande à soulever le voile épais qui maintient ma vie dans ces douloureuses ténèbres. Seigneur, répondez-moi, et éclairez-moi : Domine Deus meus, illmnina tenebras meas^l

* Ps. XVII, 29.

Le consolateur. — Mon fils, tu as voulu te donner à nnoi et me servir : ne t'élonne donc pas que j'aie accepté tes promesses d'abandon, et que j'aie permis à l'ennemi d'éprouver la force de ton amour.

« Mon fils, quand tu entreprends de servir Dieu, demeure dans la justice et dans la crainte et prépare ton àme à l'épreuve.

« Humilie ton cœur et attends, incline l'oreille et reçois les paroles de la sagesse, et ne te hâte point dans le temps de l'obscurcissement.

« Supporte les délais de Dieu, reste uni au Seigneur, et attends. Un jour la vie doit grandir en toi pour l'éternité.

« Accepte tout ce qui t'arrive ; souffre et attends, et dans le temps de Thumilialion garde la patience.

« Car c'est dans le feu qu'on éprouve l'argent et l'or, et c'est dans le creuset de l'adversité que Dieu connaît et choisit ses hommes.

« Crois à Dieu, mon fils, et il te délivrera.- Tiens le droit chemin et crois à Dieu. Conserve sa crainte et vieillis avec elle.

« 0 VOUS tous qui craignez le Seigneur, attendez, attendez sa miséricorde! Ne vous détournez pas de lui de peur que vous ne tombiez.

« 0 vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui! votre récompense ne périra point.

<L 0 vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui , et sa miséricorde viendra sur vous comme l'inondation de la joie.

X 0 vous qui craignez le Seigneur, aimez-le, et dans vos cœurs viendront des torrents de lumière.

c Regardez, mes fils, les nations des hommes : qui donc, ayant espéré dans le Seigneur , fut jamais confondu?

« Qui a persévéré dans ses commandements, et s'est vu délaissé? Qui Ta invoqué, et s'est vu rejeté dans le mépris?

« Le Seigneur est tendre et miséricordieux ; il pardonne les péchés dans le temps de Taffliction, il est le protecteur et le soutien de tous ceux qui le cherchent dans la vérité \ >

* Ecclesiasl., II.1-13.

Encore une fois, mon fils, que la suite obscure et prolongée de tes maux ne te scandalise ni ne te décourage. Rappelle-toi tant de protestations de confiance et d'entier abandon que tu as faites à mes pieds. Ai-je dû te croire alors, ou, suspectant ta sincérité, te traiter comme ces amis douteux dont on n'attend pas toute la fidélité qu'ils promettent?

Combien de fois as-tu dit devant mes tabernacles : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ! Seigneur, je ferme les yeux et je n'ai plus de confiance qu'en vous seul! conduisezmoi, dirigez-moi, disposez de moi sans moi! J'accepte tout ce que vous voulez, j'acquiesce à tous vos décrets, je m'abandonne à vous! — Tu devais savoir, mon fils, qu'il ne faut pas légèrement prononcer de telles paroles, et que des promesses si tendres comme si élevées engagent vraiment envers moi. J'ai le droit de compter sur les âmes qui se sont liées à moi par de tels serments. J'ai le droit de les prendre au mot, et de les choisir pour fliire éclater ma gloire en elles par la patience. Quels soldats clioisira-t-on pour l'honneur des premiers

Page 1