‹ La journee des maladesChapitre 19 sur 57 · Y08 LA JOURNÉE · texte numérisé non relu

Y08 LA JOURNÉE

périls, bi ce n'est ceux qui se sont offerts cent fois, et ^ui ont demandé comme une grâce d'être mis en bon rang dans la bataille? Tu as parlé comme ceux-ci, mon fils, et je t'ai cru sur Tardeur de ta parole.

Ne faiblis donc pas maintenant, ne te trouble pas devant les traits de l'ennemi, tiens bon et attends mon secours : si je tarde un peu, tu dois croire que c'est pour assurer mieux ta victoire, et faire éclater davantage, pour mon honneur, le courage de ceux qui me servent.

Pourquoi veux-tu connaître la suite et la fin de tes maux? Si tu connaissais maintenant que cette fin sera la mort, faible comme tu es, où seraient ta paix et ta tranquillité? Si tu connaissais, au contraire, que la guérison est près de toi, où serait le mérite de ton espérance et de ton abandon? Crois donc que je fais tout bien pour le salut de ton âme, et demeure fidèle dans Tobscurité, pour avoir part un jour à l'éclat de la révélation à venir.

N'aS'tu pas lu, mon fils, dans le récit de ma passion, qu'après m'avoir saisi dans le Jardin,

ils m'ont emmené à la maison du grand-prôlre, et que durant la nuit, plusieurs, me voilant le visage, me frappaient et disaient : Prophète, prophétise maintenant qui t'a frappé M Ilegarde-moi, mon fils, en ce cruel état, et sache que je l'ai souffert pour te soutenir et te fortifier, toi, pauvre inquiet, pauvre incertain, pauvre prophète captif et aveugle dans les ténèbres de tes longues souffrances, pour t'enseigner aussi que les triomphantes clartés de la résurrection sont toujours plus voisines qu'on ne pense des iicures de l'obscure détresse !

Le malade. — Seigneur Jésus, je vous adore frappé du roseau sanglant par une soldatesque impie, les yeux voilés, si'encieux devant la mortelle ironie de vos bourreaux et ne répondant rien aux voix qui vous crient : Prophète, qui t'a frappé? Aveugle moi-même dans l'obscurité de mes maux, frappé dans l'ombre, incertain, incapable de répondre aux questions

* El velaverunt eum, et perculiebant faciem ejus, et inlerrogabant eum dicenlcs ; Propheliza quis est qui le Percussit? (Luc. xxii, 64.)

qui me sont faites et de répondre à mes propres inquiétudes, j'unis mon obscurité à votre obscurité, mon silence à votre silence; je crois, j'espère et j'attends.

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