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possède incontestablement une grande force.
Avez-vous assisté jamais à une grave opération , à Tune de ces opérations majeures qui atteignent le fond même de la vie? Quand les premiers coups hardis et sûrs ont tranché le mal, et qu'il s'agit de réparer les ravages du remède, tandis que la vie s'échappe à grands flots et qu'un désordre affreux semble être irréparable, regardez cet homme, calme, ferme, assuré, les yeux et les doigts plongés dans les retraites les plus cachées de la vie, opérant avec un sang-froid prodigieux la reconstitution de ce corps qu'il tient, entre vie et mort, dans ses mains. Vraiment il est grand à voir ! Tandis que tous pâlissent , lui travaille : et, dites- moi , connaissez -vous travail qui approche d'aussi près celui de Dieu même , pétrissant au premier matin le corps du premier homme ?
Celui qui, au sortir d'un tel spectacle, et tandis qu'encore on respire à peine, ne se sentirait pas saisi d'un religieux respect pour l'homme qui vient de refaire une vie d'homm*^, celui-là serait à plaindre : ce n'est
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plus pour lui que j'écris ce qui va suivre.
Oui, honorez le médecin, car jamais un homme n'aurait eu la puissance de cet homme si Dieu même ne la lui avait donnée.
Honorez-le pour sa science, honorez-le pour son dévouement, honorez-le pour la vocation de bienfaisance qu'il a reçue d'en haut, honorez-le pour la puissance qu'il a de vous soulager presque toujours, et souvent de vous guérir.
Mais honorez-le comme un homme et non comme un Dieu. Attendez de lui ce qu'il peut faire, et ne lui demandez pas des prodiges impossibles.
Le dirai-je? Il y a des âmes, même pieuses, qui honorent très-mal Dieu par une certaine confiance déraisonnable et déréglée. Elles lui demandent sans cesse des grâces que sa sagesse ne saurait leur accorder. Pour les satisfaire, il faudrait que la Providence dérangeât vingt fois par jour l'ordre du monde, et interrompît, au gré de leurs caprices ou de leurs faiblesses, le cours des lois éternelles. Ces demandes impertinentes et ignorantes, qui ne s'arrêtent jamais
devant la considération de l'immuable Sagesse divine, et réclament des miracles pour contenter les plus petites passions, offensent assurément la grandeur du cœur de Dieu, elles scandalisent les esprits qui ne savent pas distinguer entre la vraie et la fausse dévotion, et privent les tristes âmes qui les répètent en vain, des bienfaits qu'aurait pu leur obtenir une sage et respectueuse prière.
La superstition est une maladie de Tàme ; elle altère surtout et pervertit le sentiment religieux ; mais elle peut s'étendre à d'autres sentiments ; il y a la superstition maternelle, la superstition du faux honneur, la superstition dans le jeu ; il y a même la superstition médicale.
Chose étrange, et qui montre bien la faiblesse de notre esprit ! Rien n'est plus ordinaire que de voir le monde passer, à l'égard des médecins, de l'incrédulité railleuse à une confiance exigeante jusqu'à l'impossible et à l'absurde.
Cet homme qui tout à l'heure, selon vous, ne savait et ne pouvait rien, voilà que mainte-
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nant vous le saisissez, et que, troublé par vos inquiétudes, égaré par vos angoisses, vous lui demandez la vie comme s'il la tenait dans ses livres ; et il sera le dernier des hommes, un traître et un méchant, s'il n'arrête pas le cours d'une maladie incurable, ou s'il refuse de guérir un mort !
Tout ceci n'est pas selon Dieu ; tout ceci est également contraire à la foi et à la raison.
Relisez le texte sacré ; vous y trouverez à l'égard du médecin le conseil d'une confiance tempérée, la seule qu'il soit sage d'accorder à un homme. Vous y apprendrez que mépriser le médecin, et ne pas respecter en lui ce que Dieu a fait pour le soulagement des hommes, c'est faire preuve de légèreté d'esprit et d'une vulgaire ingratitude. Mais vous connaîtrez en même temps que Dieu seul est l'infaiHible médecin , et qu'il n'appartient pas à l'habileté des hommes d'égaler les œuvres divines.
Par là vous serez conduit à attendre quelque chose du médecin, et tout de Dieu ; et vous vous rappellerez le mot profond d'un honmie
illustre* qui, après avoir souvent conquis sur la mort, par des prodiges de science et d'habileté, la vie d'un homme, se plaisait à dire i € Je le pansay. Dieu le guarit ! »
Ambroise Paré.