‹ La journee des maladesChapitre 26 sur 57 · VI · texte numérisé non relu

VI

LE MÊDECIH

(Suite)

Mais prenez garde : tout médecin n'est pas celui dont parle l'Écriture, et auquel on doive respect et confiance.

« Beaucoup de médecins croient connaître rhomme, et ils ne connaissent que l'animal ^ > — Or, mon frère, vous êtes un homme.

L'homme est un être composé , à la différence de l'ange ou de la pierre qui sont, chacun à une extrémité des choses, des êtres simples.

* P. Grairy.

a L'homme, a dit Leibniz, est un composé de temps et d'éternité.» Grande parole ! mais l'éternité est plus que le temps : que penser donc des hommes qui croient connaître l'homme sans tenir compte en lui de l'éternité?

Or c'est par l'àme que l'homme vit dans l'éternité; car Téternité est proprement le temps de l'âme comme l'immensité est son lieu. C'est donc l'âme qui est la grande partie de l'homme : que penser donc des hommes qui croient connaître l'homme sans tenir compte de l'âme !

Non-seulement l'homme est âme et corps, mais il est beaucoup plus âme que corps. De là vient que la proposition : l'homme est un composé d'âme et de corps, peut déplaire avec raison comme paraissant égaliser des éléments fort inégaux et incomparables, et que, malgré des difficultés secondaires, je lui préférerais, en la modifiant, la célèbre définition : Vhomme est une âme servie par des organes.

Mais si vous êtes une âme servie par des organes, je vous prie de considérer que vous ne Têtes pas seulement pour le plaisir de philo-

sopher, mais que vous l'êtes réellement et toujours, dans toutes les situations et dans toutes les affections de votre vie, dans la force et dans la faiblesse, dans la santé et dans la maladie, dans la vie et dans la mort. L'enfant, à sa naissance, est une àme s'emparant de ses organes ; rhomme qui vit et travaille est une àme servie par ses organes ; le malade est une àme soufrant dans ses organes ; le mourant est une àme abandonnée par ses organes : toujours d'abord une àme !

Vous croyez cela. 11 serait difficile d'être chrétien sans le croire.

Mais ne voyez-vous pas les importantes conséquences qui vont suivre? Si l'homme est âme et corps, mais d'abord àme avant d'être corps, et toujours plus àme que corps, ne comprenezvous pas que, dans chacun des phénomènes de la vie physique elle-même, il y aura lieu de tenir compte de l'àme, et de la consulter avant d'agir?

Deux forces inégales étant unies Tune à l'autre sans être confondues, si je vous accorde que la plus faible et la moins importante peut

agir sur la plus forte, vous m'accorderez, je pense, que la plus forte et la principale doit à son tour agir gravement sur la moindre. Or, dans l'homme, c'est Tàme qui est la forte.

Veuillez donc retenir qu'il y a de l'âme dans tout ce qui tient de l'homme : dans ses joies, dans ses souffrances, dans ses maladies.

J'affirme dès lors que, si votre médecin ne croit pas à l'âme, vous connaîtrait-il pendant vingt ans, il ne vous connaîtra jamais.

Souffrant et malade entre ses mains, vous êtes comme une harpe qu'on livrerait, pour être réparée, à un menuisier. 11 saura bien toucher au corps de la harpe, et réparer à la rigueur les pièces de fer ou de bois : mais les cordes, mais l'accord, mais l'âme? Pauvre menuisier ! pauvre harpe !

Croyez-moi, ne vous livrez pas légèrement à de telles mains, si ce n'est en passant, par hasard, et pour réparer un dommage circonscrit dans le corps de la harpe. Pour le reste, donnez-vous la peine de chercher l'artiste.

Je vous dis, âme chrétienne, que vous êtes une âme, et que vous avez le droit d'être

respectée comme telle dans vos douleurs !

Je vous dis que la faiblesse et la maladie ne donnent pas le droit à tout homme qui sait saigner de tout entreprendre sur vous, et qu'autant le médecin qui connaît Dieu et croit à l'âme est digne de respect, autant le médecin matérialiste est ignorant et à craindre, car, encore une fois, c'est un animal qu'il connaît et qu'il soigne, ce n'est pas vous !

Je vous dis que le médecin auquel vous confiez le soin de votre santé entre infailliblement en rapport avec votre àme, et prend quelque lointaine direction de votre vie morale ; qu'il s'agit par conséquent d'y regarder de près avant de le choisir, et qu'il ne faut pas souffrir qu'il passe le seuil de votre maison, s'il est mauvais. La plus courte expérience sutfit pour le savoir !

Choisissez ce médecin modeste, honnête, grave, désintéressé, qui se rencontre plus souvent qu'on ne croit, car, ayant eu souvent besoin de lui, je l'ai rencontré partout!

Reconnaissez-le à la simplicité de ses manières, à cette noble bonhomie qui vient du

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