‹ La journee des maladesChapitre 29 sur 57 · U8 LA JOURNÉE · texte numérisé non relu

U8 LA JOURNÉE

€ Dieu est en tout agent cause essentielle de Faction, il est en toute action agent premier et principal, il opère donc en chaque action particulière de la créature ; et s'il est vrai que la cause première de l'action soit plus que l'agent secondaire dans l'acte produit, il faut dire que Dieu agit plus efficacement, plus profondément que la créature elle-même dans chaque action particulière*. »

Ne savez-vous pas que la théologie distingue dans les sacrements cathoHques deux vertus ou deux grâces : une vertu commune à tous ei qui est comme le fond du sacrement, et que l'on appelle la grâce sanctifiante ; et une vertu spéciale et particulière à chacun, qui est la grâce sacramentelle, diversifiée selon le but spécial de chaque sacrement?

Mais qu'est-ce que la grâce, sinon la pré-

^ Deus est causa omnibus operanlibus ut operentur. Omnis oppratio débet aliribui Deo sicul primo et principal! agcnli. Causa aciionis magis est id cujus virlule agilur quam etiam illud quod agit, sicut principale agens magis agit quam inslrumentum. Deus igitur principalius est causa cujuslibet actionis quam etiam secundœ causœ agentes.

(Cont. cent., cap. 07 et C8.)

DES MALADES 4/j9

sence active de Dieu dans l'ordre surnaturel ''' Qui dit grâce sanctifiante et grâce sacramentelle dit donc présence de Dieu agissant surnaturellement soit d'une manière uniforme, soit d'une manière spéciale.

Or, autant qu'il est légitime de rapprocher et de comparer les mystères des deux ordres, nous pouvons dire qu'il en est de même do toute substance dans l'ordre naturel ; Dieu y opère en deux manières : d'une manière uniforme et constante en lui donnant le fond de l'être, et d'une manière particulière et spéciale en lui donnant la venu propre qu'elle doit avoir.

Dieu n'est donc pas seulement comme auteur et soutien de l'être dans la source merveilleuse où vous allez puiser la guérison d'une maladie cruelle et fatale; il y est encore comme agent spécial, déterminant l'action de la source à votre usage particulier, et l'appliquant à votre mal et non à d'autres.

Dieu n'est pas seulement, comme auteur et soutien de l'être, dans le brillant soleil dont vous allez, durant l'hiver, dans de lointaines

contrées, chercher l'ardeur vivifiante , il est encore comme agent spécial dans chaque rayon bienfaisant et chaijd qui ranime et enrichit la vie en vous.

Mais il y a plus. Dieu est un agent libre ; et encore qu'il ait donné des règles à son action dans les choses, en la soumettant dans l'ordinaire à la constance des lois naturelles, il est certain qu'il ne l'a pas tellement emprisonnée dans la régularité de ces lois, qu'il ne puisse, s'il le veut, lui donner, dans certains cas, une efficacité plus particulière.

De là vient qu'il est permis et qu'il est sage de demander à Dieu d'augmenter l'efficacité d'un remède, de le bénir, de l'appliquer plus spécialement à tel ou tel mal .

Le remède était bon et reste bon pour tous ; mais cette pauvre mère, seul soutien de nombreux enfants, mais ce jeune fils, seul appui d'une famille, mais ce prêtre , pasteur aimé de tout un troupeau, auront obtenu de Dieu qu'il acquît à leur égard une vertu plus grande.

Qu'y a-t-il là qui ne soit conforme à ce que

nous croyons tous de Dieu ? Dieu a mille manières d'agir sur l'efQcacité du remède sans môme rien changer à Tordre ordinaire et natuie! des choses : il peut agir sur le remède en excitant sa vertu naturelle, il peut agir sur votre corps en le disposant de telle sorte que le remède choisi lui soit plus spécialement salutaire.

Vous voyez donc qu'il est juste de reconnaître dans le remède naturel la présence miséricordieuse de Celui qui agit en lui, et lui communique son efficacité.

Vous voyez qu'il est iuste de prier Dieu en recourant aux remèdes indiqués, puisqu'il est maître d'augmenter leur vertu, et de la rendre plus spécialement opportune à vos douleurs

Vous voyez enfin qu'il est sage de rapporter à Dieu toute reconnaissance et toute action de grâces après la guérison : vous voyez qu'il n'y a en tout ceci ni faiblesse d'esprit ni pratiques superstitieuses, et que tout s'y soutient fort bien en raison.

Encore une fois , la faiblesse ordinaire des

hommes n'est pas de trop voir Dieu dans les choses, mais de ne Ty voir jamais assez.

Nous croyons toujours Dieu très-loin de nous : il est toujours tout près.

Vifl

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