II. Mais enfin, mon frère. Dieu vous pro
^ tph. V. 3.
pose d'autres lectures, non plus seulement, cette fois, pourTagrénrienlde votre esprit, mais pour le bien de toute votre ànie.
Vous trouvez rarement le loisir, au milieu des agitations ordinaires, de faire des lectures sérieuses, chrétiennes, profitablesà votre avancement dans le salut; saisissez l'occasion qui se présente d'écouter un peu la voix des saints et la voix de Dieu.
Quels livres vais-je donc vous conseiller pour vos pieuses lectures? A Dieu ne plaise qucv je prétende ici rien découvrir ! Regardez vousmême, écoutez autour de vous. De quels livres parle-t-on dans l'Église de Dieu?Quelles lectures cette Mère divine propose-t-elle à ses enfants? que dit à cet égard la coutume chrétienne? Soyez assuré que vous ne sauriez mieux faire que de la consulter et de la suivre.
D'abord le livre des livres, VÊvangile.
Vous serait-il arrivé, par hasard, d'avoir atteint ce moment de votre vie sans avoir lu l'Évangile? J'entends une lecture suivie, complète, comme celle que vous accordez à la moindre fantaisie littéraire? Cet étrange acci-
dent VOUS serait-il arrivé? Je vous plaindrais, mais sans étonnement ni scandale ; car l'habitude d'entrevoir TÉvangile par ce que l'Église en récite le dimanche à la messe, fait croire à beaucoup de chrétiens que celte lecture suffit, et les maintient dans l'illusion de connaître ce divin livre. Cependant ils en connaissent peu de chose, et arrivent à la vieillesse frappés de cette infirmité désolante qui est de n'avoir point lu l'Évangile.
L'état de maladie où vous êtes va vous rendre l'immense service devons faire connaître ce livre éternel. Ouvrez -le à la première page et suivez. Ne vous inquiétez même point de la division par chapitres et versets : lisez tant que le cœur vous dira de lire. Je pense que vous serez surpris vous-même de trouver à cette lecture un intérêt si bien proportionné à l'état de vot^e esprit, si opportun, en même temps que si égal et si profond.
C'est le propre des ouvrages de Dieu, qu'ils semblent spécialement faits pour chacun de nous en même temps que pour tout l'univers.
Rien de plus facile, de plus varié, de plus
reposant, de plus doux, aussi bien que de plus grand et de plus fort, que ce divin livre. Tout y marche dans un calme, dans un naturel, dans une sérénité, qui pénètrent l'âme et la sanctifient. Tout y est simple et tout y est divin. Jésus-Christ n'y est point défiguré comme tant de fois par la main des hommes : ce que vous voyez de lui dans l'Évangile, c'est lui-même qui vous le montre, et c'est de sa bouche adorée que tombe cette parolequi, depuis dix-neuf siècles, sèche des larmes et relève des ruines.
Les Actes des Apôtres sont une lecture encourageante dans le temps de l'infirmité. Ils nous montrent constamment la faiblesse et le néant de l'homme servant d'instruments à Dieu pour l'accomplissement de ses plus grands ouvrages.
Si vous souffrez, lisez les Actes des Martyrs; ils sont pleins d'exemples, d'enseignements, d'encouragements pour vous. A chacune de leurs pages vous trouverez la joie du sacrifice, le mépris de la chair corruptible, le noble dédain de la vie, la mort regardée en face et perdant toutes ses terreurs dans la clarté de cere-
gard intrépf.de. Mais surtout vous apprendrez, dans ces récits des premiers temps chrétiens, le grand respect que Dieu donne aux douleurs de ses fils, et le tendre amour avec lequel il compte leurs larmes. Vous rougirez aussi de vous plaindre en considérant les travaux des martyrs, et vous regretterez vos lâches murmures en entendant les héroïques paroles que les enfants et les vierges répondaient au milieu des supplices, avec des sourires qui faisaient trembler les proconsuls.
Lisez la Vie des Saints, Ce sont les actes de Dieu par les hommes : Gesta Dei 'per homines, ils donnent l'histoire des mêmes vertus, mais dans l'inépuisable variété des caractères et des temps. .
On doit vous indiquer encore plusieurs lettres de saint Jérôme, pleines de consolations et d'encouragements ; des lettres de saint Augustin, les paraphrases de ce grand saint sur certains psaumes et en particulier sur le psaume cxxxvi, Super flumina Babylonis, où la lassitude des tribulations de la terre, mais sans murmures ni découragement, et le désir de
DES iMALADES <81
la céleste cité, sont exprimés dans un langage qu'égala rarement l'esprit des hommes.
Vous parlerai-je de V Imitation de Jésus- Christ? Ce livre lut écrit par un homme profondément savant dans les épreuves et la douleur, en un temps d'iijiîr.cnses calamités, pour les âmes c|ui ont besoin de marclier du dehors au dedans, comme disent les mystiques, ab exteriorihus ad interiova. C'est une tradition louchante, et singulièrement fondée parmi les fidèles, qu'on ouvre ce livre au hasard, et qu'on tombe toujours sur la page cju'on cherchait. Que dire après cela d'un livre?
Les écrits de saint François de Sales sont admirablement opportuns dans le temps de l'épreuve et de la tristesse. L'àme y respire une atmosphère de force et de sérénité conquise qui la raffermit et la renouvelle La doctrine y est sainte, profonde et lorle, sous des dehors très-aimables : le syle ajoute, par sa naïveté antique, au charme d'une penstevive et ingénieuse : on s'instruit en croyant se distraire, et l'on admire en souriant.
Je vous signale enfin, ne pouvant dire da-
vantage sur ce sujet, les opuscules de Bossuet, surtout le discours sur l'acte d'abandon, le discours sur la \ie cachée en Dieu, les réilexions sur l'agonie de Jésus-Clirist ; et un admirable écrit de Pascal trop peu connu, s«r le bon usage des maladies.
Chrétien malade, telles sont les lectures que Ton vous propose.
Jésus semble vous dire en ce moment comme l'Apôtre à son cher Timothée : « En m'attendant, donnez vos soins à la lecture... Méditez, vivez dans ces pensées, demeurez en elles. Dum venio attende lectioni,.. Usée meditare, in liis esta... insta in uitsr^ — Dum venio l Paroles pleines de mystères, si nous voulons l'entendre de Celui qui vient toujours, comme l'a dit un illustre chrétien : Christus venit scmper*. Le Christ vient dans nos peines et ii vkut dans nos joies : il vient dans Taccroissement de l'épreuve et il vient dans le soulagement et la consolation ; il vient dans la guérison temporelle pour la vie présente, et il vient
* Tim. IV. i3, 15, 16.
' Le P. Tojuassia e l'OraUurfr.
UKS .U A LA DES 183
Jjins la supiôme délivrance de ses fils pour rélernité. De (juekiue manière qu'il doive venir pour vous, attendez-le, mon frère, dans la veille et dans la prière, dans le palme et dans la confiance, dans la méditation et dans les pieuses lectures : al\ende lôctioni.., dum venio.