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et des «autres objets environnants ; et pour cela nous devions être sur pieds toute la nuit. Les Messieurs de l'étatmajor, le lieutenant de Roi et le major de la place, et moi-même, nous lui faisions très souvent des représentations, d'une part pour le tranquilliser sur la faiblesse de la garnison, dont il se plaignait sans cesse et d'autre part pour l'engager à ne pas se préoccuper de détails insignifiants et à ne pas négliger les choses les plus importantes. Il nous écoutait ; il paraissait nous approuver et ensuite il agissait tout autrement ; puis un instant après il changeait d'avis ; en un mot,dans tous ses faits et gestes il faisait preuve de la plus grande irrésolution. Quoiqu'il fût convenu avec son état-major et avec les officiers de la garnison de défendre aussi longtemps que possible les bâtiments extérieurs, s'ils étaient attaqués, le 12 juillet au soir, il nous commanda de rentrer dans l'intérieur du château et d'abandonner les bâtiments extérieurs où jusqu'alors toute la garnison s'était tenue et où l'on pouvait faire une grande résistance. Nous dûmes obéir. Nous fûmes dès Ibrs derrière des murs de 80 pieds de haut et de 1 5 de large, en qui nous avions plus de confiance que dans les talents du gouverneur (i). ))
(1) Der Befehlshaber dièses Schlosses, Herr Graf (sic) von Launey, ein Mann von geringen Kenntnissen im Kriegswesen, ohne Erfahrung, mit wenig Herz, vvandte sich schon im Anfang der Unruhen an die Generaele der Armée und verlangte, dass man die Besatzung verstaerke, die damais bloss aus 80 Invaliden bestund. Er wurde abgewiesen, weil man glaubte, dass der Aufstand nie so heftig werde und weil man nicht vermuthete dass es lemanden in den Sinn komme, sich der Bastille zu bemeechtigen. Er wiederholte sein Begehren. Endlich, um ihn zu beruhigen, wurde ich mit 50 Mann auserwaehlt und den 7 Juli 1789 dahin abgeschickt. Schon am ersten Tag, nachdem ich angekommen, lernte ich diesen mann kennen und sah deutlich aus allen seinen Zuruestungen, die er zur Vertheidigung seines Postens machte und die zu Nichts taugten, aus seiner bestasndigen Unruhe und Unentschlossenheit, dass wir sehr schlecht kommandirt wœren, wenn wir angegriffen wuerden. Er war so voll Furcht dass er des Nachts den Schatten von Baîumen und anderen Gegenstœnden fuer Feinde ansah und wir deswegen die ganze Nacht auf den Fuessen sein mussten. Die Herren vom Stab, des KœnigsLieutenant, der Platzmajor, und ich selbst machten ihn œfters Vorstellungen, um ihn einerseits wegen der Schwœche der Besatzung, worueber er immer klagte, zu beruhigen, anderseits wegen unbedeu-
INTRODUCTION LXIX
On voit que de Flue ne comprend pas les défaillances de ce pauvre de Launey. Pour lui, soldat de carrière et étranger,les assiégeants ne sont que des ennemis, Feinde; c'est le mot qu'il emploie constamment pour les désigner; tandis que le gouverneur voyait sans doute en eux des concitoyens, dont il lui répugnait de verser le sang, même pour défendre la forteresse, dont la garde lui était confiée. Louis de Flue n'a pas plus de sympathies pour les invalides ; il les regarde comme de mauvais soldats qu'il a fallu haranguer longuement pour les décider à se se défendre ; en outre ils l'accusèrent vivement d'être l'auteur principal de la résistance faite par la Bastille et et leurs récriminations intéressées faillirent lui coûter la vie dans la soirée du 14 juillet et dans la matinée du 15 ; il ne dut son salut qu'à un sieur Ricard, officier de la compagnie de l'Arquebuse. Cependant il ne charge pas ces malheureux sous-officiers; il en parle sans haine et sans rancune, dans sa lettre à ses frères comm.e dans ses relations françaises. Cette générosité est une garantie de plus de son impartialité et de sa véracité.
On lit, au commencement de la sixième livraison de la bastille dévoilée, que le rédacteur avait appris que Louis de Flue avait envoyé au Mercure de France, sans doute en même temps que la note rectificative parue dans le numéro du 14 novembre 1789, une relation de la défense de la Bastille, mais avec prière de ne la publier qu'autant que les circonstances deviendraient plus fa-
tender Vorsorgen, die er traf, washrend er wichtigere vernachlaessigte. Er hoerte sie an, schien sie zu billigen und handelte dann wieder ganz anders: darauf aenderte er wieder und zeigte in seinem ganzen Thun und Lassen die grœsste Unentschlossenheit. Obschon er mit seinem Stab und den Offizieren seiner Garnison verabredet, das Aeussere des Schlosses, wenn sie angegriffen werden, so lange als mœglicii zu vertheidigen, so befahl er demnoch den 12 Juli Abends, dass wir uns geenzlicii in das Innere der Festung zurueckziehen soUen und das >Eussere verlassen, wo sich bis dahin die ganze Besatzung aufgehalten, welches ein Posten war,wo man grossen Widerstand leisten konnte.Wir mussten gehorchen. Nun waren wir hinterSo Fuss hohen und iÇ Fuss dicken Mauern, auf die wir besseres Vertrauen hatten, als auf die Geschicklichkeit des Befehlshabers. »> {Op. sup. cit., p. 6.)
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vorables (i). Ce changement dans les dispositions de l'opinion publique en faveur des défenseurs de l'autorité royale, que Louis de Flue paraît avoir espéré, ne se produisit pas, et loyalement le rédacteur en chef du Mercure de France n'inséra pas cette relation. Elle resta, inédite, jusqu'à ce que Taschereau (2) en trouva un exemplaire aux Archives nationales, où il est encore aujourd'hui conservé sous la cote K. 164, n°25, parmi les débris du cabinet de Louis XVI. C'est un cahier manuscrit d'une bonne écriture de copiste de la fin du siècle dernier, sans titre et sans aucun caractère d'authenticité. Il n'est pas certain qu'il ait jamais fait partie des papiers de Louis XVI, bien qu'aujourd'hui il soit conservé avec eux; car on sait que par malheur cette série K^ dite historique, comme si toutes les autres ne l'étaient pas, a ^té formée de la façon la plus arbitraire au moyen d'un triage, plus ou moins bien fait dans tous les fonds ; mais comme toutes les pièces, contenues dans ce carton et dans ceux qui le précèdent et le suivent immédiatement, viennent certainement du cabinet de Louis XVI, l'hypothèse suivante me paraît à tout le moins plausible. Mallet du Pan, ne croyant pas devoir publier cette relation, en aura remis une copie à celui des employés du cabinet du roi, qui était chargé des communications avec les journalistes officieux, dont le rédacteur politique du Mercure était alors l'un des plus considérés et des plus considérables.
Il existe une autre version française de la relation du lieutenant Louis de Flue; elle se trouve aux Archives
(i) <( Je sais que l'officier suisse, M. Louis de Flue, qui commandait à la Bastille le détachement de Salis-Samade, a envoyé au rédacteur de ce même ouvrage périodique une relation de ce qui s'est passé sous ses yeux dans l'intérieur de cette forteresse, le 14 juillet dernier; mais qu'il a désiré qu'on en suspendit la publication jusqu'à ce que le calme fût rétabli, dans les esprits et jusqu'à ce qu'on fût plus disposé à écouter le langage de la raison. « {Bastille dévoilée^ sixième livraison, p. 7.)
(2) Il l,a publia en 1834, dans le tome IV de la Revue Rétrospective, p. 285 à 298.
INTRODUCTION LXXI
administratives du ministère de la guerre, où il m'a été impossible de la consulter (i).
jf en suis donc, à mon grand regret, réduit à commenter le peu de renseignements que donne M. Fieffé. En sa qualité de commis principal aux Archives du ministère de la guerre, il a eu le bonheur d'avoir entre les mains ce précieux document que le commun des mortels ne peut pas même voir de loin (2). « Cet officier, dit-il, a rendu compte lui-même de sa mission et de ce qui se passa dans la forteresse depuis le jour où il y arriva jusqu'au moment où elle fut prise. Voici son curieux rapport (3). » Il ajoute en note : « Ce rapport fut fait en allemand ; nous en donnons la traduction littérale. » Il n'indique pas où est le texte allemand, s'il l'a vu et s''il l'a lu ; il ne dit même pas de qui est cette traduction littérale, dont sa phrase laisse-
(i) A la demande que j'avais adressée à M. le ministre de la guerre, il a été fait la réponse suivante : « Paris, le 10 février 1892. Monsieur, vous m'avez demandé l'autorisation de consulter aux archives du ministère de la guerre tous les documents concernant les journées de juillet I789.
« J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'il n'existe aux Archives historiques aucun document sur ces événements. Les Archives administratives possèdent seulement quelques renseignements sur les nominations d'officiers généraux et les mouvements de troupes, renseignements, publiés du reste, par M. Tuetey dans son répertoire. Enfin quant à l'original en allemand du rapport du lieutenant de Flue, il n'est pas déposé aux Archives de la guerre. M. Tuetey et M. Fieffé ne signalent du reste, qu'une copie de la traduction française, copie publiée par M. Fieffé et qui n'est revêtue d'aucun caractère d'authenticité.
« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération.
« Pour le ministre et par son ordre, le chef du service : signature illisible. »
Quand donc ces archives seront-elles ouvertes aux travailleurs? Leur titre ne doit pas donner le change ; ces archives, dites administratives, contiennent les dossiers de tous les officiers au service de France, depuis le milieu du xvii* siècle jusqu'à nos jours. C'est une mine extrêmement riche mais pour être autorisé à la fouiller, il faut montrer patte blanche. Lorsque, comme moi, on est suspect de pouvoir troubler le profond repos des bienheureux employés qui gardent ces précieux papiers, on est éconduit avec des fins de non-recevoir, du genre de celle qu'on vient de lire. Pour avoir raison de ce scandaleux abus faudra-t-il recommencer une campagne comme celle que j'ai faite, il y a quelque dix ans, avec un certain succès, contre les Archives de la marine ?
(2) Histoire des Troupes étrangères au service de France, par Eugène Fiffé, Paris, Dumaine, 1854, 80, t. I, p. 849 à J56.
(3) Ibidem, p. J49.
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rait croire qu'il est lui-même l'auteur. Cependant cela ne me paraît pas probable. Je doute même qu'il y ait eu jamais un rapport rédigé en allemand par de Flue;*car sa lettre à ses frères fut évidemment pensée en français et mentalement traduite en allemand, c'est un véritable thème, absolument calqué sur la phrase française qu'il est aisé de rétablir presque mot pour mot (i); on peut, suivant moi, affirmer sans crainte que le lieutenant Louis de Flue, établi en PVance depuis plus de vingt-trois ans, était beaucoup plus familier avec la langue française qu'avec celle de son pays natal. Mais, je dois le déclarer, ce n'est qu'une simple conjecture que la rigoureuse vigilance des gardiens des Archives administratives du ministère de la guerre m'a empêché de vérifier.
Quoi qu'il en soit, le texte publié par M. Fieffé a un caractère bien plus militaire que celui de la Revue rétrospective. Tout ce qui n'est pas absolument nécessaire est supprimé; on n'y trouve aucun détail étranger à l'action et le style est très net, ferme et précis. Mais il n'y a pas, entre ces deux textes, que des différences de forme. Certaines variantes sont même assez intéressantes. C'est le cas pour tout ce qui concerne la reddition. Seule, la version Fieffé dit que le gouverneur aurait voulu mettre le feu aux poudres et en aurait été empêché par deux sous-officiers invalides. Dans la version Taschereau, on lit que le gouverneur, sans consulter son état-major et la garnison, aurait fait battre la chamade. Au contraire, d'après le texte Fieffé, le marquis de Launey aurait demandé à la garnison quel parti on devait prendre. Enfin dans la version Taschereau le lieutenant de Flue déclare qu'à l'instant même où de Launey lui aurait remis la demande de capitulation avec ordre de la faire passer aux assiégeants il se serait permis de lui faire quelques représentations sur le peu de nécessité qu'il
(i) Voir le passage traduit plus haut, p. lxviii.