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y avait encore dans ce moment d'en venir à cette extrémité; il lui aurait dit que la garnison et le fort n'avaient souffert aucun dommage, que les portes étaient entières et qu'on avait encore des moyens de se défendre, puisque jusque-là on n'avait eu qu'un homme tué et deux ou trois blessés ; mais le gouverneur aurait paru ne point goûter ses raisons et il lui aurait fallu obéir. Il est vrai que dans la Revue rétrospective on ne trouve pas la déclaration que, suivant le texte Fieffé, Louis de Flue, avant l'attaque, peut-être même dès le 12 ou le 13 juillet, aurait faite à de Launey en ces termes : « Je n'oserais jamais me représenter à mon corps si une forteresse, que le Roi m'a chargé de défendre, se rendait sans qu'on eut tiré un seul coup de fusil. » Par contre la Revue rétrospective donne seule plus de cinq pages, où de Flue raconte longuement tout ce qu'il eut à subir après la reddition et où il défend le gouverneur contre les accusations de trahison dont il avait été l'objet.
Il y aurait encore une autre version française, s'il fallait prendre à la lettre une note publiée sous la signature Zoort dans V Intermédiaire du 25 octobre 1885. Elle est ainsi conçue :
« Il y a quelques années, j'ai copié sur l^original autographe, signé, de Louis de Flue, le rapport qu'il adressa à son lieutenant-colonel après la prise de la Bastille. Ce document est presque semblable à celui que Taschereau publia dans la Revue rétrospective. Il offre certaines différences de rédaction et de nombreuses transpositions de phrases. Il est plus court d'un cinquième environ, plus condensé, plus militaire ; dans le premier le narrateur paraît plus modeste, plus juste ; il dit souvent on là où dans le second il dit je. Le premier ne mentionne pas les observations que de Flue aurait faites à de Launey et abrège considérablement les longues péripéties de la promenade à l'Hôtel de Ville et au Palais-Royal. La conduite du brave de Flue au siège de la Bastille
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fut irréprochable; mais son rôle fut efffacé, sa situation ne lui permettant du reste, il me semble, aucune initiative. Maintenant d'où vient cette différence entre les deux rapports? De' Flue n'aurait-il pas jugé nécessaire d'approprier chacun de ces documents au caractère, aux idées du personnage sous les- yeux duquel il devait être placé. »
Quel est l'historien ou le chercheur qui signe Zoort? Je ne sais. J'avoue que c'est la première fois que je vois ce nom. Peut-êtrje est-ce un pseudonyme, comme il est assez d'usage dans ce recueil ? Quoi qu'il en soit, je n'ai qu'à regretter vivement que cet érudit n'ait pas cru devoir révéler où se trouve conservé le rapport autographe et signé de Louis de Flue à son chef; car, à ma connaissance, ce document qui serait si précieux est encore inédit. Espérons que M. Zoort se déterminera à ne pas garder plus longtemps pour lui seul cette pièce importante et à la publier. Peut-être reconnaîtra-t-on alors que ce rapport autographe et signé n'est autre que le texte imprimé par M. Fieffé ? L'analyse de M. Zoort donne tout lieu de le croire. Mais il n'en serait pas moins très intéressant de savoir où est ce document et s'il est bien réellement autographe et -signé, puisque M. Fieffé n'aurait eu à sa disposition, que la copie sans signe d'authenticité conservée aux Archives administratives du Ministère de la guerre.
En attendant d'être éclairé sur ce point douteux, nous n'avons qu'à apprécier les deux versions françaises publiées par MM. Taschereau et Fieffé et la lettre en allemand. De la comparaison faite plus haut, il me paraît ressortir que le texte de la Revue rétrospective où de Flue s'efforce de détruire les accusations de trahison portées contre de Launey et où il donne plus de développement à sa pensée doit être la relation adressée au Mercure de France et restée inédite pour les motifs que Ton sait. La version donnée par l'exemplaire des Archives administratives de la Guerre et publiée par M. Fieffé,
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serait une traduction ou plutôt, à ce qu^il me semble, une simple copie du rapport adressé par le lieutenant Louis de Flue à son colonel. Mais ces deux versions sont dépourvues de tout signe d'authenticité et ne sont même pas datées. Aussi je crois qu'elles sont bien inférieures, comme valeur historique, à la lettre en allemand écrite d'Yvetot par cet officier à l'un de ses frères, le 2 septembre 1789 et conservée dans les archives de la famille. C'est pourquoije me servirai de cette version de préférence aux deux autres et comme elle est pour ainsi dire inconnue, tout au moins en France, j'en traduirai les passages les plus importants, mais en ayant soin de donner en note le texte allemand.
CORRESPONDANCES DIPLOMATIQUES ET PARTICULIÈRES; DÉPÊCHES DU DUC DE DORSET, DE MERCY-ARGENTEAU, DE SIMOLIN, DE JEFFERSON, DE GOUVERNEUR MORRIS, DE SALMOUR, DE GOLTZ. — LETTRES DE MIRABEAU, DE GAULTIER DE BIAUZAT, DE MAIL- LOT, DE SILLERY, DE CAMILLE DESMOULINS, DE GUDIN DE LA FERLIÈRE, DU DOCTEUR RIGBY, DE HUBER, ETC.
Avant la publication des relations des témoins oculaires du siège de la Bastille, les légendes les plus fantastiques avaient circulé dans Paris sur ce prodigieux événement. On disait et tout le monde répétait que de Launey avait, en leur promettant des armes et des munitions, attiré dans la cour du gouvernement trois à quatre cents hommes, et qu'ensuite il avait fait relever les ponts-levis de l'avancée et fusiller les malheureux qui avaient ajouté foi à sa parole. Cette trahison odieuse aVait rendu furieux ceux qui étaient restés au dehors; ils avaient attaqué avec une ardeur sans égale cette redoutable forteresse et après un court combat ils s'en étaient emparés d'assaut. Ces bruits populaires se retrouvent dans toutes les corres-
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pondances écrites aussitôt après les événements, aussi bien dans les dépêches des ambassadeurs et autres agents diplomatiques que dans les lettres des députés, des journalistes et des particuliers.
Cela s'explique aisément. La foule qui se pressait aux abords de la Bastille et dans les cours extérieures ne pouvait pas bien voir ce qui se passait aux points d'attaque où, en raison du défaut d'espace, se trouvaient seulement quelques combattants . De même le bruit de la fusillade et l'éloignement l'empêchaient de comprendre ce que du haut des tours criaient les assiégés. Elle adopta la version qui répondait le mieux à ses passions surexcitées et elle la répandit dans toute la ville qui l'accepta. Mais de ce que ces lettres et ces dépêches rapportent les bruits de la première heure sur le siège de la Bastille, il ne s'ensuit pasqu^il soit permis de rejeter le témoignag-e de leurs auteurs sur les faits, dont ils ont pu avoir une connaissance certaine. Et ces faits ont encore assez d'importance pour donner un très grand intérêt historique à ces correspondances. Aussi je vais les passer en revue le plus rapidement possible.
Il y a déjà quelques années, j'ai publié une traduction des dépêches du duc de Dorset, ambassadeur du roi d'Angleterre à Paris, et du comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur impérial en France ( i ). Il n'est pas besoin d'insister longuement sur la situation considérable que ces deux
(i) Relations inédites de la Prise de la Bastille, par le duc de Dorset et par le comte de Mercy-Argenteau, publiées avec une introduction par Jules Flammermont. Paris, Picard^ 1885, in-B». {Extrait du Bulletin mensuel de la Faculté des lettres de Poitiers.) Les critiques les plus compétents s'accordèrent à reconnaître la valeur de ces documents. Cfr. Alfred Stern, Neue Berichte ueber die Estuermung der Bastille apud die Nation, n» 18, 29 januar 1887, p. 274-27$, et Marcellin Pellet, Variétés Révolutionnaires, 2® série, Paris, 1887, in-12, p. 119 et suivantes. Il est vrai que M. Fr. Funck-Brentano leur dénie toute autorité : « Par contre, dit-il, les deux relations que M. Flammermont publia en 1885, doivent être écartées à cause des graves erreurs qu'elles contiennent. » En note il ajoute seulement cet argument : « Les rapports envoyés par les deux ambassadeurs à leur souverain ne sont que l'écho des bruits popu-