‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 13 sur 110 · INTRODUCTION LXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXVII

diplomates occupaient à la cour de Versailles. Le duc de Dorset était un familier du salon de la duchesse de Polignac et la reine ainsi que le comte d'Artois le voyaient avec plaisir. Quant au comte de Mercy-Argenteau il était, depuis l'arrivée de Marie-Antoinette en France, son con- • seiller et son confident (i) ; en août 1788 lors du rappel de Necker aux affaires, il avait même été le négociateur employé par la reine près de ce ministre (2). Dans leurs dépêches ces deux ambassadeurs résument brièvement les légendes alors en circulation dans Paris sur la prise de la Bastille, sur les trahisons du gouverneur et sur son exécution par le peuple après un jugement sommaire à l'Hôtel de Ville; mais ils donnent aussi des renseignements très précieux sur l'état de la ville pendant ces journées critiques et le jugement qu'ils portent sur cette révolution est très remarquable.

Le duc de Dorset insiste à plusieurs reprises sur le bon ordre qui fut maintenu dans la ville durant toute cette crise; suivant lui les excès commis par la populace furent en très petit nombre, bien qu'elle fût absolument livrée à elle-même. Il est impossible de contester l'autorité de ces affirmations. Car cet ambassadeur ne se crut pas obligé de se tenir renfermé chez lui ; il se promena dans

laires. » Revue historique, loco supra citato, p. 301. Ce procédé de discussion, plus que sommaire, est un moyen très commode de se débarrasser de témoignages gênants. C'est ainsi que M. Fr. F.-B., ne tenant aucun compte de ce que dit le duc de Dorset sur l'état de Paris, prétend démontrer, après M. Taine, que pendant ces journées la ville aurait été entièrement livrée à la canaille qui aurait commis les plus grands excès. Bien mieux, malgré les déclarations autorisées de ces ambassadeurs, tous deux d'accord pour insister sur les conséquences de cette grande révolution, qui suivant eux, changeait complètement le système politique de la France, il soutient que les contemporains ne se sont pas doutés de l'importance de ces événements. Ibidem, p. J09.

La dépèche du duc de Dorset est du 16 juillet et celles du comte de Mercy-Argenteau sont du 17 et du 2j du même mois.

(i) Voir pour plus de détails l'introduction à la Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'empereur Joseph II et le prince de Kaunit:^, publiée par MM. A d'Arneth et J. Flammermont Paris, 1889-1891, in-S".

(2) Le second ministère de Necker, par J. Flammermont, Revue historique, i«r mai 1891, p. 2 et s.

Page 1