‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 17 sur 110 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

saurait, à mon avis, en s'appuyant sur l'absurdité de ce passage, refuser toute valeur historique aux autres détails contenus dans cette dépêche, où l'on trouve plusieurs renseignements importants et puisés aux meilleures sources sur ce qui précéda et suivit ce grand événement ; pour chaque fait particulier, on doit examiner avec soin comment le témoin a pu le connaître.

Bien qu'il fut à Paris depuis vingt ans, le ministre de Prusse n'était pas mieux au fait de ce qui s'était passé dans cette mémorable journée. Cela n'a rien d'étonnant d'ailleurs. Criblé de dettes et réduit aux expédients les plus douteux, le comte de Goltz ne pouvait pas se payer le luxe coûteux d'entretenir des agents habiles et actifs. Par contre, il avait le jugement assez sûr, et il savait donner une certaine valeur à ses dépêches par des appréciations souvent justes et toujours curieuses sur les événements qui se passaient sous ses yeux. Par exemple, dans cette occasion, il envoya à son souverain une sorte de résumé, fort intéressant, de l'impression produite sur chacun de ses collègues par cette révolution qui le comblait de joie, car il y voyait avec raison une défaite décisive de la reine, et la ruine de cette influence autrichienne, contre laquelle il avait eu jusque-là tant à lutter.

« Je n'ai pas, dit-il, besoin d'ajouter combien le comte de Mercy et le sieur Simolin. sont fâchés de la fuite du baron de Breteuil et du duc de La Vauguyon, sur lesquels ils comptaient infiniment. Le comte de Mercy est trop bon politique pour ne pas cacher sa peine ; mais le sieur Simolin montre de l'embarras. Quoique le ministre de Saxe avait sa principale société parmi le parti de la reine, à cause de son oncle, le général de Besenval, je lui dois néanmoins la justice qu'il se conduit constamment fort bien à mon égard. L'ambassadeur d'Angleterre, par son attachement personnel à la reine et au comte d'Artois,

(i) Archives de Dresde ; Salmour, à Stutterheim, i6 juillet 1789.

INTRODUCTION LXXXV

est affecté de tout ce qui se passe, comme si le coup était au roi, son maître. Et à la vérité cela doit aller à son cœur, mais peut-être serait-il à souhaiter qu'il distinguât davantage ses affections personnelles des intérêts de sa place? L'ambassadeur d'Espagne (i) m'a parlé confidemment de ce grand événement, en ne me dissimulant pas sa joie de voir l'influence autrichienne à bas et l'espérance de voir la France, si le gouvernement se conduit bien, gagner plus de confiance, qu'elle n'en a eu depuis longtemps. J'ai cru ne pas mal faire de rapporter l'impression que la révolution a produite sur mes confrères, afin de prévenir V. M., sur celle que leurs rapports produiront dans les différentes cours » (2).

Les ambassadeurs de Sardaigne (3), de Portugal (4) et de Venise (5), donnent sur la journée du 14 juillet et la prise de la Bastille, des renseignements analogues à ceux que je viens de citer. Tous trois parlent de la trahison du gouverneur et de la prise d'assaut de la forteresse. Ils sont également d'accord pour voir dans cette révolution une défaite décisive de la reine et de la faction aristocratique qui s'était montrée déterminée à tout tenter, pour^arrêter les progrès du Tiers État et maintenir la monarchie absolue avec tous ses abus.

Pendant que la Révolution s'accomplissait à Paris par la seule action des masses populaires, livrées à ellesmêmes, sans chefs et sans direction aucune, les députés, dévoués à la cause du Tiers État, étaient retenus à Ver-

(i) Je n'ai pas pu lire les dépêches de Tambassadeur d'Espagne à Paris en 1789, car elles sont conservées au ministère à Madrid et je n'ai été autorisé à étudier que celles qui sont déposées à Alcala de Henarez ou à Simancas et qui s'arrêtent à la fin de l'année 1788. .

(2) Archives de Berlin, Goltz au roi, 24 juillet 1789.

(j) Archives de Turin, le marquis de Cordon au comte Perret d'Hauteville, le 17 juillet 1789; du même au roi, le 20 juillet.

(4) Archives du ministère des Affaires étrangères à Lisbonne, dépêche de l'ambassadeur Vicente Souza Coutinho, du 20 juillet 1789.

(15) Bibliothèque nationale, cabinet des manuscrits, fonds italien, vol. 1988, p. 2j6, dépêche de l'ambassadeur Antonio Cappello, du 20 juillet

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