LXXXVI INTRODUCTION
sailles par la nécessité de siéger en permanence dans la salle de l'Assemblée nationale, pour parer à toutes les éventualités. Aussi les lettres de ces députés, qui nous sont parvenues, malheureusement en bien petit nombre, ne contiennent guère autre chose que la reproduction des bruits qui avaient été portés à la connaissance de l'Assemblée par quelques-uns de ses membres et par une députation du Comité des électeurs installé à l'Hôtel de Ville (i). D'ans la séance de nuit du 14 juillet, le vicomte de Noailles, qui arrivait de Paris, avait dit à l'Assemblée « que la Bastille avait été enlevée d'assaut et que M. de Launey, qui en était le gouverneur et qui avait fait tirer sur les citoyens, avait été pris, conduit à la grève, massacré par le peuple et sa tète portée en haut d'une pique » (2).
On sait que Mirabeau, dès l'ouverture des Etats généraux, publia une sorte de journal sous le titre de Lettres à mes commettants ; c'était un moyen d'échapper à la censure qui s'exerçait encore sur la presse périodique. Dans la dix-neuvième et dernière de ses lettres (3), Mirabeau parlait aussi « de la prise de la Bastille, opérée en trois heures, d'assaut, par des prodiges de valeur» (4). Cependant cette lettre avait été écrite après le 24 juillet ; car elle contient le récit des événements accomplis du 9 au 24 de ce mois. Mirabeau appelait l'attention de ses lecteurs sur « le caractère même du peuple dans cette révolution, où l'on n'avait vu dans le désordre, ni soif de pillage, ni férocité (5) ». Avec le coup d'œil du génie, ce grand politique appréciait toutes les conséquences de ce soulèvement parisien, dont il caractérisait la portée en ces
(1) Archives parlementaires, t. VIII, p. 2jj. Les députés d'Anjou, optrz infra citato, p. 576, disent que cette députation se présenta à l'Assemblée sur les dix heures du soir.
(2) Ibidem.
(3) L^ vingtième forme le premier numéro du Courrier de Provence. (4)P. 31.
(5) Ibidem.