INTRODUCTION LXXXVII
termes : « Tout l'antique édifice, usé, vermoulu dans tous ses appuis, pourri dans tous ses liens, est tombé dès le premier choc, pour ne se relever jamais et, l'aire étant nettoyée, on pourra construire sur un nouveau plan et affirmer cette structure sur les bases immuables des droits éternels des peuples (i). » En un mot, c'est l'insurrection parisienne du 14 juillet 1789 qui a détruit l'ancien régime ; telle est l'opinion de Mirabeau, et, quoi que puissent dire les adversaires delà Révolution, ce jugement sera ratifié par Thistoire.
Les députés moins connus dont les correspondances ont été sauvées de la destruction, croyaient aussi à la prise d'assaut de la Bastille et aux trahisons du marquis de Launey. C'est le cas notamment des députés de l'Anjou (2) et de ceux de Strasbourg (3). Ces derniers étaient de bons bourgeois, dont le tempérament pacifique et les opinions modérées sont une garantie d'impartiale sincérité. Cependant ils écrivaient le 15 juillet à leurs commettants : c( Le mardi, la milice bourgeoise de Paris, qui s'était enrégimentée et avait établi le meilleur ordre possible dans la capitale, s'empara de l'hôtel des Invalides et des armes et canons qui y étaient enfermés ; elle s'accrut jusqu'à 200,000. On intercepta des ordres, adressés au gouverneur de la Bastille, de se défendre jusqu'à la dernière extrémité ; le canon fut braqué contre la bourgeoisie ; on envoya une députation d'une centaine de bourgeois pour le conjurer d'épargner le sang des citoyens. Il eut l'imprudente cruauté de les faire massacrer. Rien ne put plus contenir la fureur du peuple. Le repaire du
(2) Correspondance de MM. les députés des communes des provinces d'Anjou avec les commettants. Angers, 1789-1790, in-80, t. I, p, 376-377.
(j) Correspondance des députés de Strasbourg avec les commissaires de la bourgeoisie de cette ville, publiée par M. Rodolphe Reuss dans un travail intitulé : L'Alsace pendant la Révolution française, parue dpns la Revue d'Alsace, pendant l'année 1879. Cette lettre se trouve dans le volume de cette année 1879, à la p. 5^5.