‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 23 sur 110 · CXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXVIII INTRODUCTION

mettent en pièces les portes et font rouler dans la fange à la place de Grève la tète du gouverneur (i) ».

Les combattants qui fournirent ces renseignements à l'auteur de cette brochure étaient assurément de bonne foi. Ils croyaient sincèrement avoir bien mérité de la patrie, qui, disaient-ils, « devait son salut aux habitants du faubourg Saint-Antoine et aux soldats des gardes françaies (2) )>, et ils demandaient une récompense en rappelant les cruelles souffrances qu'ils avaient endurées pendant tout l'hiver. On a d'autant plus lieu d'être surpris de trouver de semblables erreurs dans cette supplique qu'elle est datée du 20 juillet 1789 et que l'éditeur ne cache pas son nom (3).

L'auteur de ri//5^^r/^//^ de la grande journée du i4Juillet i']8ç (4) commence sur le ton le plus élevé : « L'événement, dit-il, le plus merveilleux de la Révolution Française et qui seul en a fait le succès, celui auquel nos neveux hésiteront de croire sur la foi même de l'histoire, c'est la prise de la Bastille (5). » Mais il ne donne aucun renseignement particulier et il croit aux trahisons du gouverneur et à la prise d'assaut. La brochure intitulée : La Journée Parisienne ou Triomphe de la France (6) est à peu près du même genre. L'auteur s^écrie en débutant : « Victoire, mon amie, victoire ! Une armée, levée en 24 heures, a eu des canons et des héros et la Bastille est prise (7) » Il continue par des phrases déclamatoires et il termine en disant : « Je vous quitte, mon amie, pour recevoir le Roi, il vient nous voir tous. Il est sans armes et sans gardes C'est à l'Hôtel de Ville que

(i) P. 4 et 5.

(j) A la page 8 on lit cette note : « Laissez passer pour M, Gueffier le jeune, libraire, les nouvelles qui lui viendront de Versailles, ce 19 juillet 1789, Moreau de Saint-Mery, Boucher, électeurs.

(6) VoUand, s. d., in-S», 8 p.

INTRODUCTION CXIX

va se signer le traité de l'autorité et de la liberté (i). » La mort héroïque d'un grenadier, avec les secrets les plus intéressants mis au jour (2) ne contient qu'un éloge insignifiant des gardes françaises et pas le moindre secret ; il n'y a même qu'une simple allusion au siège de la Bastille. C'est aussi tout ce qu'on trouve dans la plaquette ayant pour titre : Qtielques anecdotes sur un grand événement (3). L'auteur des Observations patriotiques sur la prise de la Bastille du 14 juillet i']8ç et sur les suites de cet événement (4) ne dit pas un mot du siège de cette forteresse et il se borne à faire des phrases sur ses conséquences ; il déclare que de Launey méritait la mort, mais qu'il aurait dû être jugé par un conseil de guerre comme traître et assassin et il entame une longue dissertation pour détourner le peuple de se livrer à des exécutions arbitraires. Quant au Triomphe des Parisiens par V auteur du Fanal [^)y ce n'est qu'un pamphlet contre la garde nationale. L'auteur prétend démontrer que cette institution, où tous les rangs sont renversés, décidera les riches à quitter Paris et amènera par suite la ruine du commerce ; mais, malgré son titre, il ne souffle mot delà prise delà Bastille.

La brochure intitulée Paris sauvé (6) est une de celles qui ont conservé le plus d'intérêt. L'auteur a sans doute commencé à rédiger son travail aussitôt après le 17 juillet (7) et le 21, avant de donner le bon à tirer, il y a ajouté un supplément pour donner les dernières nouvelles (8) .

{2) Froulle s. d., in-8o p.

(î) S. 1. n. d., in-80 8 p.

(4) Paris. Debray, 1789, 8°, 34 p.

(ç) Cressonnier, s. d., in-80 6 p. Cette brochure est mot pour mot identique au Triomphe de la Capitale par l auteur du Fanal.

(6) Paris sauvé ou Récit détaillé des événements qui ont eu lieu à Paris depuis le dimanche 12 juillet 1789^ une heure après-midi; jusqu'au vendredi suivant au soir. S. 1. n. d. 8<».

(8) P. î3 et î4 et p. 12. no 1.

CXX INTRODUCTION

Il semble avoir voulu faire un sérieux effort pour être exact.

« On voulait, dit-il, l'entremise de plusieurs notables pour demander que M. de Launey, gouverneur, rendît la Bastille. On proposa d'y députer M. le curé de Saint- Paul et quelques notables bourgeois. Ils se rendirent dans la cour, qui est après le premier pont-levis, entre la Bastille et la maison du gouverneur, habitée particulièrement par sa femme et sa famille, qui s'étaient rendues le matin à la campagne. Ils demandèrent à parler à M. de Launey. Ce dernier ne voulut recevoir que M. le curé de Saint-Paul, qui passa seul le second pont-levis. Les paroles qu'il eut du gouverneur ne furent pas heureuses par les réponses que M. le curé rendit au peuple, en cherchant à le calmer et à l'inviter à la modération. Il assura seulement que sous peu de temps le gouverneur avait promis de se rendre. En effet, une demi-heure après, on fit signe à ceux qui étaient dans la première cour qu'ils pouvaient passer et on baissa le premier pont-levis. Environ soixante des plus déterminés y passèrent ; . . . mais à peine furent-ils en face du second pont-levis que les invalides postés sur les bastions firent feu. Il périt alors un seul homme.

« A cette trahison les assiégeants répondirent par une décharge très vive. On dirigea les canons que l'on avait placés dans la première cour, sur un des bastions les plus élevés ; mais il endommageaient très faiblement et les brèches qu'ils faisaient ne pouvaient être utiles. On approcha alors les canons dans la cour qui est entre le pont-levis et la maison occupée ordinairement par la famille du gouverneur et on les dirigea sur les portes

qui sont après le second pont-levis. On fit venir une charrette chargée de paille à laquelle on mit le feu, à la faveur de la fumée qui dérobait les assiégeants on portait des coups plus sûrs, qui empêchaient les invalides de faire un feu trop continuel. On perdit encore trois hommes....

INTRODUCTION CXXI

« Enfin après une heure et demie, le gouverneur, étonné de l'intrépidité et de la constance des assiégeants, qu'une multitude innombrable animait et échauffait par ses cris, demanda à capituler et fit arborer le pavillon sur la tour. Au devant de la porte assiégée, il y a deux ponts-levis un très grand et un autre plus petit. Le gouverneur refusait de baisser le plus grand et voulait que l'on passât sur le plus petit. Mais on craignait tout d'un homme qui nous avait trahis si ouvertement et on le força de baisser les deux ponts-levis (i). »

Quoique très supérieur à la plupart des écrits publiés au moment où il fut rédigé, ce récit contient cependant bien des lacunes et bien des inexaxtitudqs. L'auteur ne parle que d'une seule députation, celle du curé de Saint-Paul. Or il est plus que douteux que ce prêtre ait eu le 14 un entretien avec M. de Launey. Les rédacteurs de la Bastille dévotlée^ qui avaient interrogé ce curé (2) se bornent à dire : '< L'on assure qu'il y a également eu une députation de Saint- Paul, mais qui n'a pas été connue, parce qu'elle est restée en route (3). » Les Invalides ainsi que Boucheron et Thuriot de la Rozière n'en parlent pas. L'auteur de Parts sauvé s'est sans doute fait l'écho du faux bruit que signalent les rédacteurs de la Bastille dévoilée. Sa relation de la prétendue trahison du gouverneur est également inexacte et c'est à tort qu'il laisse croire que la capitulation fut accordée par les assiégeants. Par contre, il s'abstient de parler d'assaut et il raconte assez exactement les diverses phases de l'attaque et en particulier la mise en batterie des canons devant le grand pont-levis. Il est probable qu'il avait eu connaissance des renseignements fournis au Cousin Jacques par les gardes françaises ; peut-être même avait-il pu faire usage du Précis Exacte qui, nous le savons, était déjà

(1) p. ij à 17.

(2) Deuxième livraison, p. 122.

(î) P. 100 en note.

CXXII INTRODUCTION

publié depuis un certain temps, lorsque le supplément fut présenté à l'Hôtel de Ville dans la soirée du vendredi 24 juillet (i). Quoi qu'il en soit, le Paris sauvé marque un progrès réel (2). Mais son action ne paraît pas avoir été considérable sur l'opinion publique, pas plus que celle du Précis Exact, qui cependant avait été tiré à grand nombre ; car dans des ouvrages qui leur sont certainement postérieurs, nous retrouverons de grosses erreurs que ces deux plaquettes avaient rectifiées.

Bien que l'auteur prétende que « le détail du siège et de la prise de la Bastille lui a été donné par le sieur Jean Philippe Testard, élève de Técole royale gratuite de dessin qui y a assisté (3) » les Révolutions de Paris (4) contiennent une relation d'autant plus étonnante qu'elle a été écrite vers le 25 juillet, c'est-à-dire après la publication du Précis Exact, de son supplément et du Paris Sauvé (5). « Plusieurs citoyens, dit-il, se présentent aux portes de la Bastille pour demander des armes, suivant la promesse qu'en avait faite le gouverneur. Le porte-clefs ouvre la porte du petit pont-levis ; mais à peine sont-ils entrés dans la cour de la Bastille que les invalides et les

(i) Voir plus haut, p. xxii.

(2) Il ne faut pas confondre cette plaquette avee celle intitulée : La Capitale délivrée par elle-même, s, 1. n. d., in-S». i^ p.

Cette dernière, en effet, est une rapsodie inepte. L'auteur raconte les événements qui se sont accomplis du 12 au 17 juillet et il écrit avant le retour de Necker (p. 13). Il se borne à faire des phrases ridicules, dont voici un échantillon : « Cette forteresse, le rempart du despotisme ministériel et depuis tant d'années l'épouvantail de la nation, cède à l'heureuse audace d'un grenadier des gardes françaises; il se fait un passage et tue un canonnier prêt à tirer; il saisit le gouverneur qu'il traîne à la Grève, où il finit honteusement ses jours, pour avoir employé la plus hostile trahison et tout cela commence et finit dans l'espace de trois heures. »

(}) A la p. 37 en note.

(4) Révolutions de Paris ou Récit exact de ce qui s'est passé dans la capitale et particulièrement de la prise de la Bastille, depuis le 11 juillet lySp jusqu'au 3^ du même mois, par M. D. C... Dédié au district du Petit-Saint- Antoine s. 1. 1789, in-80 40 p.

M. Tourneux (n^ 1127) dit que les initiales désignent de Courtive.

(5) Cela ressort des mentions suivantes : p. 58. « M. Necker nous est rendu dans trois jours nos vœux seront comblés par sa présence. » P. }9 : « le 2Ç juillet; on apprend de France-Comté, etc. »

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