‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 24 sur 110 · INTRODUCTION CXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CXXIII

Petits Suisses tirent sur eux; plusieurs sont tués, notamment des gardes françaises... La perfidie causée par cet infâme geôlier rend furieux tous les Parisiens ; ils prennent à l'instant la résolution de former le siège... A six heures les canons placés au bout de l'allée du jardin de l'arsenal avaient fait une brèche considérable... Un grenadier des gardes françaises monte à l'assaut... Il est suivi par ses courageux camarades et par la milice bourgeoise, qui partageait les mêmes dangers. Ils se rendent maîtres des invalides qui étaient dans la cour, etc.. » (i).

Si romanesque que puisse nous paraître cette relation, elle fut cependant reproduite dans un ouvrage assez considérable intitulé: Quinzaine mémorable (12-^0 Juillet) [2),

Le titre de départ est ainsi conçu : « Lettre à M. le marquis de Luchet, contenant la Quinzaine mémorable ou le précis des événements depuis le 1 2 juillet jusqu'au 26 du même mois inclusivement. « L'auteur est probablement le marquis de Luchet lui même, qui était l'un des plus féconds compilateurs de ce temps. Quel qu'il soit d'ailleurs, cet auteur ne mérite pas la moindre confiance. Ce n'est pas qu'il ne s'efforce de donner à sa relation les apparences de la plus grande précision. Il prétend même raconter, heure par heure, les événements qui se sont accomplis pendant les journées de juillet 1789. et notamment pendant la journée du 14, qu'il appelle la journée des miracles. Mais il ne se donne pas grand mal pour rechercher les éléments de son travail ; il se contente de

(i) Cet opuscule méritait le jugement sévère que le Cousin Jacques prononça dans les termes suivants : « Entre autres brochures il en a paru une intitulée : les Rétfolutions de Paris. Je suis fâché pour les écrivains, estimables d'ailleurs, qui l'ont signée, qu'ils se soient laissés entraîner par le torrent des opinions du moment. Chaque page de leur livre offre un mensonge et tout le monde est en droit de leur reprocher d'avoir été auss] crédules. » Courrier des Planètes^ i6 août 1789, p. ç. Bien qu'émanant d'un concurrent, cette critique n'est que juste.

(2) S. i. n. d , in-80, 180 pages.

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démarquer la prose de ses prédécesseurs. Par exemple, il prend dans les Révolutions de Paris le récit de la prise d'assaut de la Bastille et il l'arrange de la façon suivante : « A cinq heures les canons, placés au bout de l'allée du jardin de l'arsenal, avaient fait une brèche considérable. Un grenadier des gardes françaises monte à l'assaut...; il est suivi par ses camarades et par une grande partie des assiégeants que >e danger n'effraie point, ils se saisirent des invalides qui étaient dans la cour, etc. (i). » Comme la Quinzaine mémorable parut certainement après le premier août (2), c'est-à-dire plusieurs jours après les Révolutions de Paris, il n'y a pas le moindre doute à avoir sur ce plagiat.

Ce procédé suffirait seul à priver de toute valeur cet ouvrage, quand bien même on n'y lirait pas des énormités dans le genre de celle-ci : « Je vois, dit-il, passer devant mes fenêtres la moitié du régiment des gardes françaises, une quantité étonnante de dragons et quatre ou cinq mille hommes armés accompagnant différentes pièces de canon... Les gardes françaises, la garde bourgeoise se portent à la Bastille avec une rapidité et un courage difficiles à peindre (3). » Or le nombre des gardes françaises qui prirent part au siège de la Bastille n'atteignait pas la centaine. Cet auteur n'avait pas même eu le mérite de trouver son titre. Il s'était contenté de transformer celui d'une brochure publiée quelques jours auparavant et intitulée la Semaine mémorable (4). Elle n'avait également aucune valeur historique ; mais du moins elle était sans prétentions. Ce titre d'ailleurs était tout indiqué. Avec de légères variantes, il fut encore mis sur d'autres plaquettes telles que L'ouvrage des six

(i) p. 54. Comparez avec le passage des Révolution de Paris, cité plus haut, p. cxxiii.

(4) La semaine mémorable ou Récit exact de ce qui s'est passé à Paris depuis le 12 jusqu'au 17 juillet 178p. S. 1. 24 juillet 1789 in-S», 40 p.

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jours (i), Les trois jours (2), mais ni Tune ni l'autre de ces brochures n'a d'intérêt.

Les Annales Parisiennes (3) semblent être, au moins à première vue, assez importantes; mais quand on les étudie de près, on voit que ce ne sont aussi qu'une rapsodie sans valeur. Cependant elles furent écrites dans les premiers jours d'août, quand avec un faible effort un écrivain pouvait se procurer des renseignements à peu près sûrs ; mais ces auteurs n'en prenaient pas la peine ; ils cherchaient seulement à faire illusion à leurs lecteurs et à flatter leurs passions, afin de mieux débiter leurs drogues. A la fin de cet opuscule se trouve une lettre du chevalier de Saudray, commandant en second la garde nationale parisienne (4). Cet officier général atteste l'exactitude de presque tous les faits relatifs à l'Hôtel de Ville contenus dans les Annales Parisiennes, dont le manuscrit lui avait été communiqué, et il prie le rédacteur de publier les certificats qui lui avaient été délivrés à lui Saudray, le 7 août 1789 par plusieurs comités de l'assemblée des Électeurs. Ces certificats sont imprimés à la suite de cette lettre avec les états de service du chevalier de Saudray (5). C'est donc une attestation intéressée et partant de peu de valeur que celle de cet officier général, qui oublie sa dignité au point de mendier des certificats et de les faire publier. D'ailleurs il est faux que les Annales soient bien informées sur ce qui se passa à l'Hôtel de Ville. L'auteur ne connaît même pas le nom du député

(i) L'ouvrage des six jours ou lettre d'un membre du district des Feuillants à à son ami sur les Révolutions de Paris, 1789, 7 p. in-80, pièce.

(2) Les trois jours. Récit commémoratif de la valeur française. Imprimerie Seguy-Thiboust, 1789, in-40, 58 p.

Ce n'est à vrai dire qu'un projet grotesque de réorganisation de rarmée.

(3) Annales parisiennes politiques et critiques, mais véritables, n» i»' du ler juillet au i*^"* août. Knapen et fils, imprimeurs. (1789, in-S», 96 p) Le faux titre porte : Ce que l'on n'a pas vu et ce qu'il faut savoir ou Annales Parisiennes.

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du district de Saint-Louis de la Culture, qu'il appelle Tuyau de la Bruyère (i) au lieu de Thuriot de la Rozière. Il confond les deux députations dirigées par de la Vigne et par Ethis de Corny et envoyées par les électeurs à de Launey (2). Cependant il fait preuve d'un certain esprit critique; il cherche à s'expliquer comment de Launey a pu être accusé de trahison par le peuple (3) ; mais comme il n'a pas pris la peine de s'informer exactement des faits, il n'arrive pas à découvrir la vérité. Cela se voit surtout dans sa relation de la prise de la Bastille, qui suivant lui aurait été enlevée de vive force : « Une heure après, ditil, au moyen de canon qui avait été envoyé, les chaînes du pont-levis, qui fermait la seconde entrée de la Bastille, furent brisées et c'est par cette ouverture que le peuple... pénétra en foule dans cette prison dont il s'empara et dont il fit ouvrir les cachots (4). » Or il n'y eut rien de semblable et il aurait pu aisément s'en assurer en ouvrant le Précis Exact du Cousin Jacques (5).

Mais un peu plus tard il se produisit un changement considérable dans l'opinion sous l'action de V Histoire de France pendant trois mois, des Récits de Thuriot de la Rosière, de \di Journée de Jean-Baptiste Humbert et de la Relation des Invalides qui parurent dans la seconde moitié du mois d'août et dans la première quinzaine de septembre. Des écrivains sérieux s'efforcèrent de

(î) La note explicative, qu'il a mise au-dessous du récit des premiers blessés accusant le gouverneur de trahison, a été réimprimée par Berville et Barrière à la p. 298 des Mémoires de la Bastille.

(5) On trouve encore des contes plus invraisemblables dans des brochures écrites au commencement d'août. Par exemple dans la plaquette intitulée : Récit des événements remarquables qui ont opéré la liberté des Français par P.-B. Ridet de Saint Cher on-le\-Char très, du samedi J^r aoàt 1789, Imprimerie Cailleau. S. d., in-8o, 8 p., on lit p. 7 ce qui suit : « On travaille à la prise de la Bastille, ce qui fut exécuté en trois heures. Un garde français monte à l'assaut, il est suivi de quelques personnes. Le 14 la Bastille est au pouvoir du peuple. »

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