CXXXIV INTRODUCTION
u Pendant que M. de Launey et ses officiers s'en tiennent aux menaces, ces deux vigoureux champions parviennent à briser les portes et à baisser le grand et le petit pont de l'avancée ; puis la horde des brigands s'avance en foule dans la cour du gouvernement et se précipite vers le second pont pour s'en emparer en faisant une décharge de mousqueterie sur la troupe. C'est alors pour la première fois que, s'apercevant du tort qu'il avait eu de laisser opérer si ' tranquillement au premier pont, M. de Launey ordonne aux soldats de faire feu, ce qui fait fuir et se retirer en désordre cette canaille, ayant plus de brutalité que de bravoure (i). » Tout est écrit sur ce ton. Il termine son mémoire sur la prise de la Bastille par une sorte de résumé en neuf points dont le dernier est ainsi conçu : « Enfin tel est ce siège si célébré, la matière de tant d'oraisons funèbres, qui n'a pas coûté plus d'efforts que la plus petite bicoque, aussi peu honorable pour les assiégeants que pour les assiégés et qui doit surtout être à jamais l'opprobre des vainqueurs (2). j> On voit que les réactionnaires qui de nos jours s'efforcent de transformer la journée du 14 juillet en une orgie populacière, n'ont rien inventé ; ils ne font que remanier ce lourd pamphlet qui n'a de l'histoire que son titre mensonger.
En 1791 seulement nous trouvons des ouvrages historiques considérables, qui méritent un peu plus d'attention. Je citerai d'abord une correspondance imaginaire (3) rédigée par Fr. L. d'Escherny, qui devint plus tard comte du Saint-Empire et chambellan du roi de Wurtemberg. Elle eut un certain succès, elle fut traduite en allemand et réimprimée en 18 15 (4). Dans la préface de
(3) Correspondance d'un habitant de Paris avec ses amis de Suisse et d'Angleterre sur les événements de lySp, lypo et jusqu'au 4 avril 1791. Paris, Desenne et Gattey, 1791, in-80.
(4) Tableau hisiorique de la Révolution jusqu'à la fin de l'Assemblée constituante, par L. d'Escherny. Paris, Trcuttel et Wurtz, 181 5, 2 vol. 80.
INTRODUCTION CXXXV
celte seconde édition, il dit que la première, tirée à I200 exemplaires, fut enlevée très rapidement.il voudrait faire croire que ses lettres, destinées à ses amis à l'étranger, avaient été écrites au jour le jour aussitôt après les événements (i). Celle qui donne la relation de la révolution de juillet 1789 porte la date du 10 août 1789 (2), mais cela n'est guère vraisemblable; car à la page 69 on lit ce passage : « La Bastille fut rendue vers les sept heures du soir, tout y fut pillé, ravagé, dévasté. Une foule de documents, de manuscrits, de registres furent jetés des tours, dispersés, foulés, égarés... On a depuis cherché à réunir ces fragments et de tous ces lambeaux épars sont sorties ensuite des légions de volumes sur la Bastille, sous tous les titres possibles (3). » Or ces légions de volumes n'étaient pas encore parues le 10 août 1789. Quoi qu'il en soit, que ces lettres aient été rédigées à la date qu'elles portent ou un peu plus tard, elles sont assez intéressantes et ne contiennent pas trop d'erreurs ; l'auteur s'est servi des meilleures relations publiées par les témoins oculaires du siège de la Bastille et il les a bien mises en œuvre. Mais il ne dit rien qui ne se trouve ailleurs et sa seule originalité consiste dans les efforts parfois heureux qu'il a faits pour expliquer les contradictions qui se remarquaient entre les relations des assiégeants et celles des assiégés, par exemple sur la capitulation (4).
L Histoire de la Révolution de lySç par deux amis de la liberté (5) a été jusqu'ici plus utilisée que l'ouvrage de d'Escherny, bien qu'à mon avis elle lui soit
(i) Préface de l'édition de 1791.
(3) P. 69 et 70.
(4) P. 63 et 64.
(5) Histoire, de la Révolution de lySp et de l'établissement d'une constitution en France... par deux amis de la liberté. Paris, Clavelin Bidault, 1790-180J, 20 vol. in-80.