INTRODUCTION CXXXVII
Avec Galart de Monjoye (i) nous rencontrons enfin un homme qui a le courage de son opinion et qui signe son œuvre, ce qui n'était pas sans danger à l'époque où il la publia. En effet, il proclame hautement qu'il est royaliste et il se pose en adversaire déclaré de la Révolution ; mais en même temps il est presque toujours modéré dans son langage et il s'efforce d'appuyer son opinion et ses jugements sur les témoignages les plus autorisés. Ce n'est pas qu'il cite constamment ses sources, au contraire il lui arrive souvent de les passer sous silence ; par exemple, il se sert très fréquemment du Procès-verbal des Electeurs, du Précis Exact du Cousin Jacques et de la Relation des Invalides sans les nommer; mais cela se conçoit aisément ; il fait un tel usage de ces ouvrages qu'il aurait dû y renvoyer presque à chaque page. Par contre, il cite le Récit relatif à la prise de la Bastille de Thuriot de la Ro^^ière, la Correspondance de d'Escherny, V Histoire de France pendant trois mois, les discours de l'abbé Fauchet, etc. Il paraît même n'avoir pas borné son enquête aux imprimés ; ainsi il rapporte un propos que Hulin lui aurait tenu plus d'un an après le 14 juillet 1789 {2). Il affirme qu'il a lu toutes les relations publiées sur la prise de la Bastille et qu'il les a confrontées (3). Cela est bien possible; mais comme nous avons toutes ces relations, le travail de Montjoye, quoique fait avec soin, n'a plus aujourd'hui une grande
(1) Félix-Christophe-Louis Ventre de la Touloubre,dit Galart de Montjoye (1756-1816).
Ce publiciste fécond est l'auteur d'un important ouvrage ayant pour titre : Histoire de la Révolution de France et de l'Assemblée nationale pour former avec le journal intitulé l'Ami du Roi, commencé le x»'" juin 1790* «'» cours complet d'histoire du temps actuel. Paris, Gattey, 1792, in-4'>. La troisième livraison porte la date de 1791.
Il ne faut pas confondre l'ouvrage ci-dessus avec celui intitulé : Histoire de la Révolution de France depuis la présentation au parlement de l'impôt territorial et de celui du timbre jusqu'à la convocation des États généraux en Assemblée nationale. Paris, Perronneau, 1797, 2 vol. in-B».
(2) j« livraison, p. 115. (j) Ibidem, p. 106.
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valeur ; car il n'a pas connu certains récits importants, qui n'ont été publiés que beaucoup plus tard, par exemple celui du lieutenant de Flue ; en outre il était surtout animé du désir de présenter les choses sous le jour le plus favorable aux assiégés et en particulier au gouverneur de Launey.
Montjoye ne cache pas ses sentiments. Il dit franchement sa pensée. Il écrit qu'il « racontera isolément l'attentat qui a ôté au roi la Bastille ». Mais^ comme il comprend toute l'importance de cet événement qui a décidé du succès de la Révolution, il veut en faire un récit aussi complet que possible ; il ne consacre pas moins de dix pages in-4*'à 2 colonnes d'un très petit caractère et d'une justification très compacte à la seule affaire de la Bastille (i). Il est surtout préoccupé de l'idée de venger la mémoire du gouverneur : (( Un autre motif, dit-il, m'engage à ne pas négliger dans le récit où je vais entrer les moindres détails. Ce n'est qu'en ne laissant rien ignorer que je puis obtenir pour la mémoire de M. de Launey la justice qui lui est due. J'éprouverais, je l'avoue, une sorte de remords, en pensant qu'une circonstance que j'aurais omise eût ajouté , si je ne l'avais passée sous silence, quelque chose au tribut d'estime que lui paiera la postérité (2). » Ce sentiment est très respectable^ mais il pousse l'auteur, qui en est animé, à déformer, peut-être involontairement et comme à son insu, les faits les plus certains pour servir la cause de l'homme dont il se constitue le défenseur. Ce parti pris, quoique infiniment plus honorable, n'est guère plus favorable à l'impartialité historique que le dénigrement systématique qui anime les auteurs de V Histoire authentique. Il pousse Montjoye à dénaturer complètement le rôle joué par M. de
(i) C'est le chapitre xlv, qui occupe les pages 10? à 116 de la troisième livraison. Le chapitre xlvi, p. 117 à 127, ^est consacré à la relation des événements qui marquèrent la fin de la journée du 14 juillet.