‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 32 sur 110 · INTRODUCTION CXXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CXXXIX

Launey dans la reddition ; d'après lui ce ne serait pas le gouverneur qui aurait écrit la demande de capitulation, mais un officier qu'il ne nomme pas, en aurait pris l'initiative. Cette demande aurait été accordée par les assaillants qui se seraient écriés : « Foi de militaire français nous l'acceptons, il ne vous sera fait aucun mal; baissez le pont ». Il ne dit pas un mot des protestations de la foule. Son travail, malgré les peines qu'il lui a coûtées, est donc très suspect de partialité et par suite fort peu utile aujourd'hui pour Thistorien, qui devra remonter aux sources que Montjoye a eues à sa disposition et qui sont encore maintenant à la nôtre.

JOURNAL DU LIBRAIRE HARDY — MEMOIRES DE BUSENVAL — MÉ- MOIRES DE BAILLY — MÉMOIRES DU PRINCE DB MONTBAREY — MÉMOIRES DU MARQUIS DE FERRIÈRES — MÉMOIRES DE MAR- MONTEL — MÉMOIRES DE WEBER — MÉMOIRES DU DUC DES CARS — MÉMOIRES DE MADAME CAMPAN — SOUVENIRS DU GÉNÉRAL MATHIEU DUMAS — MÉMOIRES, CORRESPONDANCE ET MANUSCRITS DU GÉNÉRAL LA FAYETTE.

Pour en avoir fini avec cette longue étude critique des sources de la Révolution de juillet 1789, il ne me reste plus qu'à examiner les mémoires personnels, qui nous sont parvenus sur cette période en assez bon nombre. Je les classerai par ordre chronologique, en prenant pour base, non pas la date de leur publication, mais l'époque de leur rédaction ; car souvent ils n'ont été publiés que longtemps après avoir été composés. La détermination du moment où ils ont été écrits me paraît être pour cette sorte d'ouvrages l'élément critique le plus important, car les chances d'erreur sont en raison du temps qui s'est écoulé entre le moment où se sont passés les événements

CXL INTRODUCTION

qui y sont racontés et celui où l'auteur a composé son œuvre. Non seulement la mémoire s'affaiblit avec les années, mais elle s'altère aussi par les lectures et les conversations de chaque jour qui modifient et transforment les souvenirs personnels. De bonne foi on en arrive à rapporter, comme l'ayant vu trente ans auparavant, ce que depuis on a lu ou entendu dire. Quand on étudie de très près l'histoire d'une époque bien déterminée, on en arrive aisément à isoler un certain nombre de faits typiques qui sont relatés d'une manière à peu près semblable dans presque tous les mémoires concernant cette période. Cela tient évidemment à ce que les auteurs se sont non pas copiés, mais inspirés les uns des autres et cela, pour ainsi dire, sans le vouloir, tellement leurs lectures s'étaient confondues avec leurs propres souvenirs. Il faut donc fixer avec le plus grand soin le moment où ces mémoires ont été écrits. Mais cela est presque toujours difficile, surtout pour l'époque qui nous occupe, car les mémoires de cette période n'ont pas encore été publiés scientifiquement. Le plus souvent les éditeurs n'ont pas pris la peine de déterminer cette date et on n'en trouve pas toujours les éléments dans les textes qu'ils nous ont donnés.

Il y a lieu, je crois, de classer parmi les mémoires rédigés plus ou moins longtemps après les événements le Tournai de Hardy, car malgré son titre (i), il n'a pas été écrit au jour le jour. C'est évidemment la mise au net de notes probablement prises au moment même où les événements se passaient et rédigées quelques semaines plus tard. Car parfois l'auteur ne s'astreint pas à suivre l'ordre chronologique absolu. A propos d'un fait qu'il consigne à sa date, il fait connaître immédiatement quelles en ont été

(i) Mes loisirs, ou journal d'événements tels qu'ils parviennent à ma cnnaissance. Bibliothèque nationale, manuscrits français, vol. 6680 à 6687. — Le dernier volume comprend la période qui s'étend du 21 juin 1788 au 14 octobre 1789. M. Chassin en a donné de nombreux extraits dans son ouvrage intitulé : Les élections et les cahiers de Paris en 178p. Paris 1889, t. HI, passim.

INTRODUCTION CXLI

les suites. Par exemple, à la date du 6 septembre 1774, il parle de l'information ouverte par le parlement Maupeou sur les troubles qui s'étaient produits pendant ses dernières séances; il ajoute ce qui se disait quelques jours plus tard et enfin il rapporte qu'une des personnes poursuivies était rentrée à Paris à la fin des séances de la chambre des vacations, c'est-à-dire dans les derniers jours d'octobre (i). Mais rarement l'intervalle était aussi long. Ainsi le 10 décembre 1787 il nota la célébration d'un service à Notre-Dame de Paris pour l'évêque de Lombez, mort récemment et il dit ensuite que le public désignait pour son successeur un certain abbé de Chauvigny de Blot; quelque temps après il ajouta d'une autre encre et d'une autre plume cette mention : Il est nommé le 23 janvier 1788 (2). Par conséquent lorsque ce bonhomme transcrivait ses notes sur ses grands registres quelques semaines après les événements, ses souvenirs étaient encore tout frais et il pouvait les noter exactement ; mais son journal ne donne pas Hmpression même du moment où les faits se sont produits. C'est une particularité qui n'a pas été assez remarquée par les historiens qui jusqu'ici se sont servis de ce journal précieux.

Hardy est un témoin digne de foi. Ce n^'était pas le premier venu, il avait fait de bonnes études. Né en 1729 (3), il

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