‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 46 sur 110 · CLXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXIV INTRODUCTION

mais les chefs en sont connus et cela suffit pour le caractériser.

Le baron de Breteuil devait être le ministre dirigeant, sous le titre de chef du conseil des finances. Selon le comte de Provence, c'était à ce moment le seul homme capable de sauver la France (i). C'était une erreur que la reine, qui protégeait Breteuil, devait payer cher. M""" de Staël, qui l'avait bien jugé, disait de ce ministre : « Son gros son de voix ressemblait à de l'énergie; il marchait à grand bruit en frappant du pied, comme s'il avait voulu faire sortir de terre une armée, et toutes ses manières décidées faisaient illusion à ceux qui avaient foi à leurs propres désirs (2). » Mais s'il n'avait que les apparences de l'énergie, Breteuil avait la réputation d'un despote. C'était aussi l'idée qu'on avait de ses principaux collaborateurs. Ambassadeur à Madrid, le duc de La Vauguyon avait quitté son poste au mois de mars 1789 et était venu s'établir à Versailles pour intriguer en faveur de son ami Breteuil contre Necker, dont il blâmait hautement la conduite et les concessions au tiers (3).

prendre le ministère de la marine, qu'il avait dirigé de 1780 a 1787; il déclarait que la manière dont les affaires avaient été entamées et le terme où on les avait conduites ne lui laissaient pas l'espérance de pouvoir être au roi d'aucune utilité. (Archives nationales, K. i6j, n" 18.) Les nouvellistes avaient d'abord attribué ce ministère à l'intendant de Laporte; mais, dans une lettre datée de Paris le 16 juillet, le correspondant de la Galette d'Amsterdam annonçait que le ministre de la marine n'était pas encore nommé (numéro du 24 juillet). Foulon qui, depuis plus de vingt ans, intriguait pour avoir un portefeuille ministériel, fit semblant d'être malade, ne voulant pas être adjoint au maréchal de Broglie pour la partie contentieuse et financière. {Histoire authentique, t. 1, p. 155, avec l'indication de la source.) Et comme le bruit courut qu'il occupait cette place, Foulon écrivit au directeur de la GaT^ette de Leyde pour le prier de prévenir le public qu'il avait refusé l'offre de cette adjonction. {Supplément du 28 juillet.) Plusieurs nouvellistes donnèrent au conseiller au parlement d'Amécourt, le contrôle général des finances, qui fut confié à l'intendant Chaumont de la Galaisière, sous la direction immédiate de Breteuil.

(i) Journal de Fersen à la date du ji juillet 1792, dans le Comte de Fersen et la cour de France, t. II, p. 26.

(2) Considérations sur la Révolution française, t. I. p. 212.

(?) Archives de Berlin, dépêches du baron de Goltz du 2j janvier, du 2j février, du 27 avril, du 4 mai et du 26 juin 1789. — Archives de Dresde,

INTRODUCTION CLXXV

Quant au maréchal de Broglie, tout le monde connaissait son caractère entier et son dévouement aveugle à l'autorité royale. L'horreur qu'il inspirait aux partisans de la Révolution fut encore accrue par le faux bruit qui courut, qu'il s'était adjoint Foulon, dont le nom était aussi détesté que redouté. JefFerson exprimait bien le sentiment de l'opinion publique, lorsqu'il disait que Louis XVI était maintenant complètement entre les mains d'hommes dont les principaux dans toute leur carrière s'étaient fait connaître par le despotisme turc de leur caractère ; ils avaient été réunis autour du roi comme étant les instruments les plus propres à exécuter le plan de la cour (i). Il n'y avait pas à douter que ce ministère n'eût été constitué avec la pensée bien arrêtée de dissoudre l'Assemblée nationale, même par la force, et de rétablir le pouvoir absolu du roi. La concentration de troupes nombreuses autour de Paris et de Versailles, le renvoi de Necker et de la plupart de ses collègues et leur remplacement par le baron de Breteuil et le duc de Broglie devaient être considérés par tous comme le signal de la Contre- Révolution.

La reine, le comte d'Artois et leurs courtisans n'eurent même pas la prudence de jouir modestement de leur victoire. Ils se croyaient tellement assurés du succès qu'ils ne craignaient pas de donner l'alarme à leurs adversaires. « La nouvelle du renvoi de M. Necker une fois répandue dans Versailles, le parti qui lui était contraire se livra à une joie immodérée (2). » « La joie était peinte sur le visage de la reine ; elle saluait tout le monde avec attention; elle triomphait... Le comte d'Artois ne se cachait pas davantage. Durant toute la

dépêches du comte de Salmour du 19 mars et du 2 avril 1789. — Dépêche du baron de Staël du ij septembre 1789. Op. sup. cit., p. 122. — Mémoires du duc des Cars, t. II, p. 70 et s.

(i) Thomas Jefferson à John Jay, 19 juillet 1789. — American diplomatie Correspondence, 2^ séries, t. II, p. ^90.

(2) Mémoire de Clermont-Gallerande, t. I, p. 421.

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