CLXXVI INTRODUCTION
messe, il ricanait indécemment et faisait rire le roi (i). » Personne à la Cour n'était inquiet des suites de ce coup d'état ministériel ; il était de bon ton de croire qu'il n'y aurait pas de troubles à Paris (2). D'ailleurs rien n'était prêt ; le 12, le général de Rochambeau trouva le maréchal de Broglie, « accablé de la divergence des ordres qu'il recevait de toutes parts, à tous les instants et surchargé du rôle qu'on lui faisait jouer (3). »
L'Assemblée nationale, qui s'était ajournée le samedi jusqu'au lundi, se réunit le dimanche soir à sept heures ; mais en l'absence du plus grand nombre de leurs collègues et de leur président, les députés, sur la proposition de Grégoire, ne tardèrent pas à se séparer {4). Peu après, les communications furent interrompues entre Versailles et Paris et les ponts furent occupés par des troupes d'infanterie avec du canon, afin d'arrêter les Parisiens, dont on venait d'apprendre la révolte.
Lorsque la nouvelle du renvoi de Necker et de son remplacement par le baron de Breteuil commença à se répandre dans Paris, le dimanche vers midi, personne n'y voulut ajouter foi; mais quand elle fut confirmée de telle sorte qu'il n'y eut plus à en douter, toute la ville fut transportée d'indignation. Ce fut au Palais-Royal, centre de l'agitation politique, que l'émotion populaire fit explosion. Une foule inquiète se pressait dans le jardin, quand, vers trois heures après midi, des jeunes gens, se tenant par la main, crient aux armes. Camille Desmoulinsse joint à eux. On l'entoure; il monte sur une table et lance une harangue enflammée : « Citoyens, dit-il, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé et on l'a chassé. Peut-on vous braver plus inso-
(i) Histoire authentique, t. I, p. i$j.
(2) Mémorial de Gouverneur Morris, t. I, p. 261.
0) Mémoires de Rochambeau, t. I, p. 550; nommé au commandement de l'Alsace, Rochambeau prit congé du roi et du ministre de la guerre, le 12 juillet au matin.
(4) X/Xc lettre' de Mirabeau à ses commettants, p. 12.