INTRODUCTION CLXXVII
lemment ? Après ce coup, ils vont tout oser et pour cette nuit, ils méditent, ils disposent peut-être une Saint-Barthélémy de patriotes. » Il termine par ces mots : « Aux armes ! aux^rmes ! Prenons tous des cocardes vertes, couleur de l'espérance... L'infâme police est ici. Eh bien ! qu'elle me regarde, qu'elle m'observe bien ! Oui c est moi qui appelle mes frères à la liberté. » Et levant un pistolet, il s'écrie : « Du moins ils ne me prendront pas en vie et je saurai mourir glorieusement : il ne peut plus m'arriver qu'un malheur, c'est celui de voir la France devenir esclave. » Il descend. On l'embrasse, on l'entraîne en criant : « Aux armes ! » (i).
Le mouvement se propage en un instant dans toute la ville. On fait fermer les spectacles en signe de deuil (2). On prend au salon de Curtius, boulevard du Temple, les bustes de Neckeret du duc d'Orléans (3); on les promène à travers les boulevards, les rues Saint-Martin, Saint- Denis et Saint-Honoré. A la place Vendôme un détachement de dragons veut disperser la foule ; un combat s'engsige ; le prince de Lambesc s'avance avec son régiment Royal- Allemand et dégage ses cavaliers (4).
Quand la foule se fut retirée en désordre, le prince revint à la place Louis XV (Concorde) avec son régiment.
(i) Camille Desmoulins à son père, de Paris le 16 juillet 1789. Œuvres, édition Claretie, t. II, p. jjo-jji. « J'étouffais, dit-il, d'une multitude d'idées qui m'assiégeaient; je parlais sans ordre... Je me rappelle que je finissais par ces mots. « Ainsi, quatre jours après l'événement, ses souvenirs étaient déjà confus. Cependant dans le n» j du Vieux Cordelier {Ibidem, I, 199), Camille Desmoulins disait : « Voici ma courte harangue que je n'oublierai jamais. » Et il la reconstituait en entier. Il est évident qu'il faut préférer cette lettre écrite sur le moment au texte refait après coup.
(2) Ce jour-là le Dr Rigby, qui avait passé la matinée à Versailles, était allé après dîner au Théâtre-Français (Odéon). Dans sa lettre du 11 août 1789, il raconte comment la représentation fut suspendue sur l'ordre 4'unedéputation populaire. D"^ Rigby's Letters, p. 43.
(?) Service fait par Curtius, p. 6 et 7, et Récit de ce qui s'est passé le 12 juillet 1789, s. 1. n. d., 4 p. in-S»; mais ce récit est plein d'exagérations i;rossières et d'erreurs.
(4) Précis historique et justificatif de Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc (i^r mai 1790), s. 1. n. d., in-40. Ce précis est très modéré et paraît sincère. Il est d'accord avec la plupart des dépositions faites dans l'enquête devant le Châtelet.