‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 49 sur 110 · CLXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXVIII INTRODUCTION

Alors le baron de Besenval lui donna l'ordre de faire évacuer la place par les curieux qui s'étaient massés en grand nombre aux abords du pont-tournant des Tuileries. Il y avait là un chantier installé pour la construction d'un nouveau pont sur la Seine. La foule y trouvait en abondance des morceaux de pierre qu'elle lançait sur les cavaliers. Ceux-ci, marchant au pas, poussaient les bourg'eois avec leurs chevaux, sans faire usage de leurs armes. Après civoir déblayé la place, le prince, à la suite des manifestants, passa le pont-tournant avec un détachement et prit position à l'extrémité de la grande allée des Tuileries, mais du haut des terrasses, on lançait sur ses hommes des chaises, des pierres, des bouteilles cassées. Ce que voyant, pour éviter une collision sanglante, le prince aurait donné l'ordre de la retraite ; mais, en l'entendant, des citoyens auraient essayé de fermer lepont; pour les en empêcher, le prince et ses officiers les auraient chargés et frappés à coups de plat de sabre ; plusieurs citoyens a,uraient été blessés, plus ou moins grièvement, entre autres un vieillard que Ton aurait cru mortellement atteint. Le pont ainsi dégagé, le prince de Lambesc aurait ramené ses hommes et rendu compte de l'affaire au général baron de Besenval (i).

Cette escarmouche provoqua une insurrection générale.

(i) C'est la version donnée par le prince de Lambesc dans son précis; il prétend que le seul citoyen blessé le fut si légèrement qu'il put se présenter le soir même au Palais-Royal. Garran de Coulon n'a pas pu préciser les actes dont le colonel du Royal-Allemand se serait rendu coupable et nommer le vieillard qui aurait été mortellement frappé. Il n'est pas surprenant que dans la bagarre les faits aient été exagérés. En voyant tomber sous un cheval un homme à cheveux blancs dont la figure était ensanglantée à la suite d'une légère blessure à la tête, la foule aura cru que ce pauvre vieillard était perdu : les gens qui criaient au meurtre, à l'assassin étaient de bonne foi. Tout le monde accepta sur le moment ces bruits qui se trouvent déjà relatés dans la dépêche que Salmour écrivit le 15 de deux à quatre heures du matin. Cependant, ce ministre était passé dans les Champs-Elysées peu après le combat. Il rapporte les nouvelles que, dans la soirée, il avait pu recueillir à son club, le Salon « où se rassemb-lait ce qu'il y avait de plus distingué à Paris »; ce cercle était situé sur le boulevard, près de la rue de la Cliaussée-d'Antin.

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