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RELATIONS DES ASSIEGEANTS — LE PRÉCIS EXACT DE LA PRISE DE LA BASTILLE — SUPPLÉMENT AU PRECIS EXACT — COURRIER DES PLANÈTES — HISTOIRE DE FRANCE PENDANT TROIS MOIS — RÉCIT RELATIF A LA PRISE DE LA BASTILLE, THURIOT DE LA ROZIÈRE — RELATION DE BOUCHERON — JOURNEE DE J.-B. HUMBERT — SERVICE FAIT PAR CHOLAT, ETC.
La première en date de ces relations des combattants de la journée du 14 parut un peu avant le 24 juillet 1789. Elle fut rédigée par un littérateur, qui eut son heure de
(i) Le volume ayant pour titre, De l'Insurrection parisienne, n'était pas encore complètement imprimé en juin 1790. Car la huitième anecdote concerne la couronne murale accordée aux vainqueurs de la Bastille par les représentants de la Nation, le samedi 19 juin 1790; la neuvième est consacrée à la relation de la députation envoyée à l'Assemblée nationale par les vainqueurs de la Bastille, le 26 du même mois. Il est probable que l'ouvrage fut terminé et mis en vente peu de temps après la fête de la Fédération.
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célébrité, BefFroy de Reigny, plus connu sous le nom de Cousin Jacques (i). Ce faiseur de petits vers, de chansons aimables et de vaudevilles publiait depuis plusieurs années un journal littéraire bimensuel. Éditée d'abord sous ce titre bizarre : « Les luîtes du Cousin Jacques », cette gazette s'appelait depuis le i" janvier 1788 : Le Courrier des Planètes ou Correspondance du Cousin Jacques avec le Firmament, Sa réputation de gazetier valut au Cousin Jacques l'honneur d'être choisi par les gardes françaises pour faire passer à la postérité le récit des hauts faits qu'ils avaient accomplis au siège de la Bastille. Cette relation fut d'abord publiée sous ce titre : « Précis exact de la prise de la Bastille, rédigé sous les yeux des principaux acteurs qui ont joué un rôle dans cette mêm.e expédition et lu le même j our à VHôtel de Ville, s. l. i']8ç^ in-8, 10 p. » A plusieurs reprises, l'auteur insiste sur ce fait qu'il n'était pour ainsi dire que le secrétaire rédacteur des combattants. P. 7, il ajoute cette note en manière deP.-^. : « Ce précis, fait à la hâte par l'auteur du Courrier des Planètes, connu sous le nom de Cousin Jacques, rue Phelipeaux, n** 36, a été écrit en présence de tous les gardes françaises, des sergents et de tous les principaux bourgeois, qui ont été au siège de la Bastille. Il a été ensuite lu par l'auteur à l'Hôtel de Ville, devant M. le marquis de la Salle et les membres du même comité. »
Cette relation a sur les similaires un grand avantage ; elle émane d'un auteur connu, et peu de temps après les événements, elle a reçu la plus grande publicité, ce qui est la meilleure des garanties ; car la publicité appelle la contradiction, et, comme le dit le Cousin Jacques, un homme dont la bonne réputation est la seule fortune, ne s'expose pas à la perdre en publiant sous son nom un récit rempli d'erreurs. Et, en fait, cette rela-
(i) Cfr. la notice que lui a consacrée Monselet dans Oubliés et Dédaignés. Paris, 1876, in-i2, p. 149 et suiv.
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tion n'a pas été sérieusement contredite sur les points essentiels. Mais, ainsi qu'il l'avoue dans le titre même de son précis, le Cousin Jacques n*a pas été témoin des événements qu'il rapporte ; il n'est que l'écho des gardes françaises ; il ne parle même pas de ce qui précéda l'arrivée de ces soldats, dont son récit relate uniquement les exploits : « Tel est, dit-il, le détail exact de la prise de la Bastille. Toute la France retentit de ce trait de valeur ; nos enfants le raconteront à nos derniers neveux et l'étranger qui l'apprendra saura ce que valent les Parisiens.... On ne saurait trop admirer la bravoure et l'intrépidité des gardes françaises, qui, sous la conduite de MM. Wargnier et Labarthe, ont donné dans un siège de deux heures et demie autant de preuves de vaillance qu'on en voit dans l'histoire des sièges les plus fameux. Voici les noms des soldats qui ont contribué à ce succès ; nous ne nommerons pas les bourgeois parce qu'il serait impossible de les connaître tous. » En effet, on trouve à la page 8 un <( état de MM. les gardes françaises qui ont été commandés pour le détachement de la Bastille le 14 juillet 1789 (i) » ; ils sont au nombre de 63.
Il est vrai que le Cousin Jacques s'empressa de publier les faits, dont il eut par la suite une connaissance certaine. Au Précis se trouve jointe une addition importante, où il est surtout question du rôle joué par Élie. Le Cousin saisit cette occasion pour se justifier des omissions qu'il avait commises et il le fait en termes dignes d'être cités : « Lorsque, dit-il, on a rédigé ce précis, le sieur Elie, officier au régiment de la Reine-Infanterie, était absent ; ce qu'on a dit de lui n'a été dicté que par les autres personnes présentes, qui n'ont cité que ce qu'elles avaient observé dans la chaleur de l'action. Il est probable qu'au sein d'une expédition de cette nature, qui exigeait autant d'enthousiasme que de célérité, chacun des assié-
(i) Précis exact, p. 6 et 7.
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géants occupé de son danger personnel et du but auquel il voulait parvenir n'a pu remarquer soigneusement ce qui se passait à droite et à gauche. Le sieur Élie, ayant appris qu'on était venu prier Tauteur d'écrire cette relation, est allé le trouver à son tour et lui a fait part des détails qui avaient échappé aux autres. » Enfin il termine par ce P.-S. « S'il manque à ce récit des particularités essentielles, l'auteur est excusable de ne les point raconter parce que l'on n'en a pas instruit. Il se croit obligé de déclarer ici qu'il ne s'est point trouvé à l'expédition de la Bastille, parce que son travail périodique et la faiblesse de sa santé le retenaient captif chez lui ; qu'il a partagé à cet égard les alarmes et les sentiments de tous les bons citoyens ; que le hasard a voulu qu'on vînt s'adresser à lui de préférence pour le prier de vouloir bien rédiger cette narration ; qu'il s'est cru trop heureux de donner à ses concitoyens cette marque de zèle et d'attachement ; qu'il l'a fait sans compromettre personne, comme une infinité de mémoires et de lettres qu'on a demandés en diverses circonstances, pour le seul plaisir d'obliger. Son premier soin a toujours été et sera toujours de ne pas s'écarter des bornes de la prudence et il déclare qu'il n'a pas reçu un sou de ces sortes de productions. »
Cette addition ne suffit pas. Lorsque le Précis exact eut été mis en vente dans Paris, le Cousin Jacques fut accablé sous le poids des réclamations de tous ceux qui prétendaient avoir joué un rôle dans cette glorieuse affaire et étaient désolés de n'avoir pas même été nommés. Pour donner satisfaction au moins à ceux qu'il jugeait les plus méritants, il composa en hâte un supplément (i). On n'y trouve que des anecdotes particulières concernant un certain nombre d'individus ; elles ont en général peu d'importance historique ; certaines
(i) Supplément nécessaire au Précis exact de la prise de la Bastille avec des anecdotes curieuses sur le même sujet, par le Cousin Jacques, s. 1. n. d., in-8, 8 pages.
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sont mêmes erronées, comme la première, qui relate la fable imag-inée par ce petit polisson de Canivet, dont le rédacteur du Procès-Verbal des Électeurs dut plus tard faire justice (i). Cependant le rédacteur, pour ne rapporter que des faits exacts, avait pris certaines précautions^ ainsi que le témoigne cette note : « Ce supplément a été présenté à Messieurs de l'Hôtel de Ville, le vendredi 24 juillet au soir, et ils ont répondu qu'étant signé d'un auteur connu, ne contenant que des faits certains et d'ailleurs faisant suite à un imprimé déjà répandu dans Paris, on pouvait le publier et le distribuer de même. » Cette note nous fournit une date précieuse ; car elle nous apprend que, le 24 juillet, le Précis exact était déjà mis en vente et le supplément rédigé ; elle nous montre en outre que, même dix jours après les événements, on pouvait encore aisément en imposer aux auteurs les plus soucieux de ne donner au public que des faits d'une exactitude indiscutable.
Le Cousm Jacques n'était pas homme à oublier qu'il avait une gazette à soutenir et il ne négligea pas cette occasion de se faire une bonne réclame (2). Il termina ce supplément par un avis ainsi conçu : « L'étendue de cette feuille ne nous permet, ni de prolonger ces détails, ni d'admettre les nouveaux renseignements qui nous parviennent tous les jours. Ceux qui nous parviendront encore trouveront place dans la relation plus détaillée du Courrier des Planètes. Les lecteurs doivent se tenir sur leurs gardes en fait de nouvelles relatives aux affaires du temps ; car nous avons sous les yeux plusieurs im-
'(i) Voir plus haut p. xv.
(2) Le gazetier me paraît même avoir inséré dans son travail des réclames payées. C'est ainsi qu'on lit, p. 7, cette note. « Le sieur Hulin a eu recours au Taffetas de France de la manufacture du sieur Voilant, rue Mellée, n» jo, pour guérir les blessés, et ce taffetas a eu le plus prompt et le plus heureux effet. »
Mais il me semble qu'on ne saurait en faire un crime au rédacteur, il n'était pas riche et avait femme et enfants.
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primés qui fourmillent de faits apocryphes. Pour être sûr de ce qu'on écrit, il faut vérifier les faits ; pour les vérifier, il faut le temps et beaucoup d'écrivains ne le prennent pas. »
La relation, ainsi annoncée, ne parut pas tout de suite; dans son numéro du i^raoût le Cousin Jacques se contenta de réimprimer purement et simplement le Précis exact et le Supplément en les faisant précéder de cet avant-propos : « Après la prise de la Bastille, on est venu trouver le Cousin Jacques pour le prier d'en rédiger la narration. Ne voulant rien faire qui n'eût pas la sanction publique, il s'est transporté à l'Hôtel de Ville; là, sous la dictée et en présence de tous les gardes-françaises et des principaux bourgeois qui ont joué un rôle dans cette expédition, il a écrit le précis qu'on va lire et l'a lu ensuite au comité de l'Hôtel de Ville en présence de M. le marquis de la Salle et des autres membres de ce comité. On l'a imprimé séparément et on en a distribué dans Paris, au profit de quelques soldats malheureux, dix à douze mille exemplaires. Mais comme il est tout naturel que les abonnés du Courrier jouissent d'une relation authentique, faite par l'auteur du Courrier, il n'a pas cru pouvoir se dispenser de l'imprimer ici, telle qu'on Fa distribuée dans Paris. » C'était de la copie toute faite et suffisante pour remplir plus de la moitié d'un numéro du Courrier (i).
Le i6 août, il commença la publication de sa grande relation sous ce titre : « Histoire de France pendant six semaines ou Précis exact des faits relatifs à la révolution du 20 juin au jo juillet i-jSç avec anecdotes soigneusement recueillies et des réflexions sur Vétat actuel de la France, fait d' après des déposi-
(i) Le format de ce journal était très petit; chaque numéro contenait 72 pages; il paraissait un numéro le i^r et le lô de chaque mois.
Le Précis exact et le Supplément occupent les pages ji à 68 du numéro du i«^ août 1789.
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tions et des certificats authentiques par un Français impartial. Cet ouvrage se vend séparément. » Le numéro du i6 août et celui du i" septembre sont entièrement occupés par ce récit qui prend encore les pages 6 à 63 du numéro du 16 septembre. La relation des événements accomplis dans la journée du 14 juillet commence à la page 67 du numéro du 16 août et se termine à la page 51 du numéro du i''"' septembre, mais on n'y trouve que fort peu de chose sur l'attaque de la Bastille. L'auteur en donne l'explication suivante : « D'après le précis que j'ai publié séparément et que j'ai inséré dans le tf numéro du Courrier des Planètes, je n'entrerai point ici dans les détails déjà connus de la prise de la Bastille; mais, comme depuis la publication de ce Précis et du Supplément y il s'est présenté chez moi une infinité de personnes, qui m'ont donné de nouveaux renseignements là-dessus, sans altérer la vérité des faits que j'avais racontés, je vais offrir au lecteur des particularités qu'on n'a point encore imprimées, que je sache. »
Ces particularités n'ont qu'une faible valeur pour l'histoire, car la plupart sont erronées. Cependant il proteste avec énergie contre les récits ridicules qui avaient été répandus dans les premiers jours : « J'ai vu, dit-il, avec indignation, mais sans surprise tous les colporteurs de Paris débiter des contes absurdes sous un air d'importance et de vérité, dont je n'ai point été la dupe. On a dit partout, on a imprimé que tels et tels étaient montés à l'assaut et tout Paris l'a cru.... Voici l'exacte vérité ; je me nomme ; on sait qui je suis et je suis incap.able de me compromettre (i). « Il revient souvent sur cette idée ; on dirait qu'il craint que sa réputation d'auteur dramatique et de poète léger nuise à ses œuvres historiques. C'est ainsi que pour inspirer confiance, il met en tête de ce travail cette fière déclaration, pleine d'ailleurs de considé-
(i) Courrier des Planètes, n» 69, i^r septembre 1789, p. j6.
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rations fort sensées, à tel point qu'on s'étonne de les trouver sous sa plume : « Ceci, dit-il, n'est point une compilation ; ce n'est point non plus un roman comme la plupart des nouveautés que les dernières circonstances ont fait naître. On a fait circuler dans cette capitale et de là dans toutes nos provinces une litanie successive de pamphlets anonymes, où les lecteurs avides ont puisé des mensonges pour des vérités. Il paraît que plusieurs de nos auteurs n'ont écouté que le premier mouvement qui les portait à écrire, qu'ils ont accueilli tous les nouveaux détails indistinctement et qu'ils ne se sont pas donné le temps de les vérifier avant de les livrer à ^impression. Dans une révolution comme celle qui vient d'avoir lieu, c'est une erreur de croire qu'on puisse raconter les faits à mesure qu'ils arrivent. La fermentation des esprits, la vivacité des premières alarmes, le danger personnel de chaque individu, autant d'obstacles qui s'opposent au sang-froid requis pour l'examen de la vérité. Le premier jour enfante des erreurs, le second les augmente, le troisième les propage et ce n'est que la suite des temps qui les dissipe peu à peu... Jamais il n'a fallu tant de circonspection qu'il en faut aujourd'hui pour écrire sur les affaires du temps (i). » Mais cela n'empêche pas le Cousin Jacques de recueillir et de rapporter les bruits populaires sur Hulin, son origine, sa carrière et son rôle dans la journée du 14 juillet 1789, sur les trahisons du gouverneur de Launey, etc. Il faut remarquer en passant que ces mêmes légendes erronées se retrouvent presque dans les mêmes termes, dans la relation de Pitra, qui se sera sans doute contenté de les emprunter au Courrier dès Planètes et de les amplifier.
En achevant la publication de V Histoire de France pendant six semaines dans son journal, le Cousin Jacques prenait en quelque sorte congé du sujet en ces
(i) Courrier des Planètes, numéro du 16 août 1789, p. j et suiy.
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termes : « Je retourne à ma gaieté première; assez d'autres sans moi et mieux que moi feront leurs réflexions sur les affaires du gouvernement (i). » C'était serment d'auteur. S'il paraît avoir tenu cette quasi-promesse, ce fut, comme on le verra, parce qu'il lui fut impossible de faire autrement.
Il avait fait réimprimer son travail à part et dans un autre format, et, dès la seconde moitié d'août (2), sans attendre qu'il fut paru en entier dans son journal, il l'avait mis en vente sous ce titre :« Histoire de France pendant trois mois ou Relation exacte, impartiale et suivie des événements qui ont eut lieu à Paris, à Versailles et dans les provinces, depuis le 75 mai jusqu'au 75 août i']8ç, faite d'après un examen scrupuleux de dépositions nombreuses et de certificats authentiques, avec des anecdotes qui n'ont point encore été publiées et des réflexions sur l'état actuel de la France et suivi d'une épître en vers à Louis XVI, de plusieurs motions nouvelles et de projets patriotiques par le Cousin Jacques. Paris, Belin, i-jSç, in-S""^ 184 p. »
Ce long titre n'est, à vrai dire, qu'une trompeuse réclame. Il n'eut même pas l'effet qu'en attendait le pauvre auteur; les acheteurs n'affluèrent pas. Cependant le Cousin Jacques s'efforçait de les attirer par tous les boniments que son imagination fertile lui fournissait.
(i) Courrier des Planètes, 16 septembre 1789, p. 6j.
(2) C'est la seule façon d'interpréter cette mention : Cet ouvrage se vend séparément qui se trouve à la fin du titre de Y Histoire de France pendant six semaines, au commencement du numéro du Courrier des Planètes du
16 août 1789. La différence entre les deux titres, pendant six semaines d'une part, pendant trois mois de l'autre s'explique par le désir de tromper les lecteurs du journal en leur faisant croire que le volume contenait plus que ne donnait le Courrier, car il est certain que les deux ouvrages sont identiques. Je ne connais pas d'ouvrage ayant ce titre : Histoire de France pendant six semaines, et il n'est indiqué dans aucune bibliographie. En outre l'Histoire de France pendant trois mois devait être achevée avant le
17 août; car ce jour-là le Cousin Jacques quitta Paris pour deux mois et elle est mentionnée dans le numéro du Courrier du 1^^ octobre.
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Dans le numéro du jeudi i" octobre 1789 du Courrier des PlanèteSy il insérait cette note : « Depuis la publication de VHistoire de France pendant trois mois, il m'est parvenu encore beaucoup de détails et beaucoup de projets relatifs au même sujet. J'attendrai qu'il m'en arrive assez pour former un corps de volume que j'intitulerai Supplément et je l'insérerai dans le Courrier des Planètes. » C'était d^ailleurs une simple confirmation d'une note placée à la fin de VHistoire de France pendant trois mois, dans laquelle l'auteur disait : « Depuis que j'ai livré cet ouvrage à l'impression.... un grand nombre de personnes se sont adressées à moi comme à celui qui avait écrit la prise de la Bastille ; trois bourgeois s'y sont encore présentés ce matin et m'ont donné la note de ce qu'ils avaient fait. En conséquence, on trouvera successivement dans mon Courrier des Planètes tous les nouveaux traits particuliers que j'apprendrai sur la Bastille (i). »
Quand il écrivait cette note finale au milieu d'août (2), le Cousin Jacques pensait sans doute que la prise de la Bastille aurait encore pendant longtemps le plus grand attrait pour les acheteurs de nouveautés littéraires et les amateurs de gazettes. Il s'en allait en vacances tout
(i) On voit que le Cousin Jacques ne laissait passer aucune occasion de faire de la réclame pour son journal; à la fin de ce môme ouvrage, à la suite de cette note, il ajoute celte annonce, a On ne vend point de numéros séparés du Courrier des Planètes; on s'abonne en tout temps et on ne peut le faire que pour Tannée entière. L'abonnement est de 18 livres pour Paris, franc de port, par la petite poste et de 21 livres pour tout le royaume, idem franc de port par la poste. Il en paraît un volume de 72 pa^es le i^r et le 16 de chaque mois. » Histoire de France pendant trois mois, p. 166.
(2^ Cette note n'est pas datée; mais on peut dire qu'elle doit être antérieure au 17 août, car ce jour-là le Cousin Jacques quitta Paris pour deux mois. En effet, on lit, à la page 45 du numéro du Courrier des Planètes du 16 novembre 1789, cette phrase : « Aujourd'hui samedi 17 octobre à huit heures du soir, je suis de retour à Paris après un voyage de deux mois tout juste. » Il est probable qu'il s'était empressé de partir après avoir achevé en hâte ce gros travail, qui lui fournissait de la copie pour trois numéros. Il avait séjourné à Saint-Quentin du 25 septembre au 12 octobre 1789. Ibidem, p. ii.