‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 52 sur 110 · CLXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXII INTRODUCTION

ordonné d'illuminer toutes les maisons pendant toute la nuit; toutes les rues furent donc parfaitement éclairées et cette mesure facilita le maintien de l'ordre qui ne fut pas troublé. Morellet est le seul contemporain qui dise que dans la nuit du 13 au 14 des excès furent commis contre les personnes et, les propriétés. A ce témoignage qui, bien que très suspect (i), est reproduit avec complaisance par M. Taine (2) et les historiens de son école, on peut opposer plusieurs affirmations autorisées (3) qui ne

(i) « Je passai à mes fenêtres, dans la rue Saint-Honoré, près la place Vendôme, une grande partie de la nuit du ij au 14 à voir des hommes de la plus vile populace, armés de fusils, de broches, de piques, se faisant ouvrir les portes des maisons, se faisant donner à boire, à manger, de l'argent, des armes. » Morellet, Mémoires, t. I, p. J74. Mais Morellet écrivit ses mémoires seulement en 1804 et après avoir perdu, par suite de la Révolution, toutes les pensions dont sous l'ancien régime il vivait grassement.

Mathieu Dumas, que cite aussi M. Taine, parle seulement de l'agitation de la rue et de TelTroi des citoyens paisibles à la vue des bandes de vagabonds armés, qui parcouraient les rues et tiraient des coups de fusil en l'air {Souvenirs, I, p. 4J0). D'ailleurs ce que rapporte Mathieu Dumas paraît s'être passé dans l'après-midi; mais un peu plus tard, au commencement de la soirée, lorsque la garde bourgeoise eut été organisée, ces bandes furent dispersées et contenues.

(2) Révolution^ t. I, p. 54.

(^) « Dans l'après-midi, une partie de la garde bourgeoise déjà formée commença à désarmer... tous les gens sans aveu. C'est leur vigilance et celle des bourgeois armés qui sauva encore Paris cette nuit... La nuit se passa tranquillement et avec beaucoup d'ordre ; on arrêtait les voleurs et gens sans aveu et, pour les cas plus graves, on pendait sur-le-champ. Tous les bourgeois furent sur pied crainte d'une alerte. « {Archives de Dresde. Salmour à Stutterheim, 16 juillet 1789.) — Salmour habitait rue de Matignon, dans le faubourg Saint-Honoré, c'est-à-dire non loin de Morellet. Son témoignage est confirmé par celui de Huber, qui demeurait dans la Chaussée-d'Antin et qui le 14 juillet au matin écrivait à William Eden. « Twenty-four hours hâve made a total change, a mixture of Gardes françaises and gardes bourgeoises hâve patrolled and guarded Paris ; last nighi not a gun, not a noise heard. This excellent conduct will strengthen aud facilitate that of the States gênerai, who behave like Romans; words could not do them justice. » Correspondence of William, lord Auckland, t. II, p. y,i.

On pourrait accuser de partialité Huber, intime ami deNecker; mais le D"^ Rigby est au-dessus de tout soupçon. Arrivé à Paris depuis peu de jours, il était étranger à tous les partis ; écrivant à sa femme le il août et de Genève, il devait dire toute la vérité, sans crainte et sans faiblesse. Il était descendu dans un hôtel du Palais-Royal et le ij depuis le matin jusqu'au soir, il se promena; il vit donc de ses yeux l'état de la rue dans

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laissent aucun doute sur le peu de fondement de ces accusations calomnieuses.

cette journée mémorable. Or il affirme que l'ordre fut maintenu avec la plus grande fermeté par les patrouilles de la nouvelle milice, que les gens de mauvaise mine furent désarmés, et que ceux qui essayèrent de profiter des troubles pour piller et voler furent immédiatement châtiés. Comme ces lettres sont peu répandues en France, je cite textuellement les passages les plus importants :

« It was necessary not only to arm a description of persons, who could be relied upon, but to disarm those from whom little protection was to be expected and who might become disorderly and mischievous ; and the effecting this required considérable address. Early in the afternoon we began to perceive among the motley groups of mob, who paraded the streets with such symptoms of irritation as must soon hâve produced exccss, hère and there a man of décent exterior carrying a musket and assuming a respectable military appearance. The number of thèse gradually increased and it was evidently their intention at once to conciliate and disai m the irregular bands ; and this appeared to be principally effected before the evening, at which time the regularly armed citizens, almost exclusively, occupied the streets and were divided into différent parties, some forming posts of guards at différent stations, others patrolling, and ail arranged

under leaders As night came on, very few of the persons, who had

armed them selves the preceding evening, were to be seen. Some, however, had refused to give up their arms and proved in the course of the night how just were the suspicions of the inhabitants concerning them; for they began to plunder; but it was to late to do it then with impunity; they were soon discovered and apprehended and we were told the following morning, that several of thèse unhappy wretches, who had been taken in the act, had been executed. » D'' Rigby's Letters, p. ^5 à 57.

On trouve dans la Galette de Lcyde des renseignements analogues. « Quoique tous ces militaires se disent fort dévoués au tiers état, on n'accepta leurs offres qu'avec circonspection... Cependant les uns et les autres accompagnent les bourgeois dans leurs" courses et bien loin qu'on ait eu des reproches à faire à ces soldats étrangers, ce sont eux qui arrêtèrent ce même jour quelques pillards et qui les traînèrent en prison pour être jugés prévôtalement Partout où ces patrouilles mélangées passaient, les acclamations des citoyens les accompagnaient et Paris, sous la protection de ces braves gens, ne craignit plus les attentats d'une populace, plus souvent le jouet et l'instrument du despotisme que le soutien ou le vengeur de la liberté. » Galette de Lcyde. Supplément du 24 juillet 17S9.

Les membres de la compagnie des Arquebusiers étaient venus, le lundi 13, à six heures du soir, se mettre à la disposition du Comité permanent. Ils furent surtout chargés de la garde de l'hôtel de Bretonvilliers, qu'on disait menacé, et ils firent, dans le voisinage, avec des citoyens des districts de Saint-Gervais et de l'Ile Saint-Louis des patrouilles, qui prirent sur elles de désarmer d'un fusil et de lames de sabres et d'épées plusieurs particuliers suspects et trouvés seuls à différentes heures de nuit. Journal de la Compagnie des Arquebusiers, p. 3.

Voyez en outre les extraits du Journal du libraire Hardy, publiés par M. Chassin, op. cit., p. 507-509.

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