INTRODUCTION CLXXXVII
Les citoyens qui, dans la matinée du 14 juillet, remplissaient en foule les salles de l'Hôtel de Ville étaient ceux à qui, la veille, le prévôt des marchands avait fallacieusement promis des armes. Les uns munis d'un ordre de Flesselles s'étaient transportés aux Chartreux et n'y avaient pas trouvé un seul fusil. D'autres, que l'on avait envoyé prendre des cartouches à l'Arsenal, avaient appris que deux jours auparavant ces munitions avaient été mises en sûreté à la Bastille. Aussi, le lendemain matin, le Comité permanent ne put-il se réunir qu'au milieu de clameurs furieuses et de menaces effrayantes. Pour apaiser la foule, il arrêta que le procureur du roi et de la ville, M. Ethis de Corny, serait invité à se transporter sur-le-champ à l'LIôtel des Invalides pour y demander les armes de toute espèce qui pourraient s'y trouver et les faire apporter à l'Hôtel de Ville. M. de Corny accepta cette mission et partit aussitôt pour la remplir ( 1 ).
Déjà le 13 juillet, dans la soirée, des délégués de deux districts voisins s'étaient présentés à l'Hôtel des Invalides et avaient demandé au gouverneur qu^il leur livrât les armes confiées à sa garde. Ils furent reçus par le baron de Besenval,qui se trouvait là. Dans ses Mémoires, il dit que ces délégués, étaient fort effrayés et prétendaient que des brigands menaçaient leurs maisons du pillage et du /eu (2). C'était le prétexte mis en avant par les bourgeois pour justifier la formation de la garde civique. Ils n'étaient pas assez naïfs pour avouer qu'ils étaient bien décidés à se défendre contre les troupes royales et qu'ils cherchaient à s'en procurer les moyens (3). Besenval répondit qu'il
a severity of honesty observed of which no exemple has been known. » Thomas JelTerson à John Jay, 19 juillet 1789. American diplomatie Correspondence, 2^ séries, t. II, p. J09.
(i) Proccs-verbal des Électeurs, t. I, p. 274.
(2) Mémoires de Besenval, t. III, p. 41 j.
(j) Cette idée a été proposée et soutenue avec force par M. Lecocq à propos du procès-verbal de la formation de la milice bourgeoise du district du Petit-Saint-Antoine. G. Lecocq. La Prise de la Bastille, Paris, 1881, in-i2, p. 29 et s.