‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 57 sur 110 · CLXXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXVIII INTRODUCTION

ne pouvait pas prendre sur lui de se dessaisir d'un pareil dépôt, mais qu'il allait en écrire à Versailles ; les délégués insistèrent vainement; il tint bon et les congédia (i). Ensuite il visita, avec le gouverneur, les souterrains où les fusils, au nombre de 32,000, étaient déposés. M. de Sombreuil dit au baron d.e Besenval que pour mettre ces armes hors de service, il avait imaginé d'en faire retirer les chiens et les baguettes; mais en six heures, vingt invalides n'avaient désarmé que vingt fusils. Il aurait ajouté qu'un esprit séditieux régnait dans la maison et qu'il ne fallait pas compter sur les invalides. Besenval se serait empressé d'informer de ces faits le maréchal de Broglie, qui ne lui aurait pas répondu (2).

Le lendemain, 14 juillet, l'Hôtel des Invalides fut de bonne heure entouré d'un grand nombre de citoyens armés qui, confiants dans les promesses du baron de Besenval, venaient en réclamer l'exécution. Lorsque M. de Corny, qui était parti de l'Hôtel de Ville vers sept heures du matin, arriva aux Invalides, sa voiture eut peine à se frayer un chemin à travers cette foule, déjà très agitée. Le gouverneur répondit au procureur de la ville, que la veille il avait envoyé un courrier à Versailles pour demander des ordres et qu'il désirait qu'on voulût bien attendre la réponse qu'il attendait lui-même. M. de Corny

(i) Dans le plaidoyer qu'il prononça pour Besenval devant le Châtelet, Desèze dit (p. 48) que Besenval avait bien vu que la demande faite par ces délégués n'avait pour objet que leur sûreté qu'ils regardaient comme compromise. En présence de ces députés, il aurait expédié un courrier au maréchal de Broglie pour lui représenter l'alfreuse situation où se trouvaient de bons citoyens, livrés sans défense aux entreprises des malfaiteurs et demander pour eux qu'il lui fût permis de leur délivrer au moins une partie des armes qui étaient aux Invalides.

Cette permission serait arrivée le 14 dans la matinée, mais trop tard ; les Invalides avaient déjà été forcés et Besenval, témoin pour ainsi dire luimême de cet enlèvement, n'avait pas cru qu'il lui convînt d'arrêter par la force une entreprise à laquelle il avait, en quelque sorte, d'avance la veille, donné les mains. Cette version a été évidemment imaginée par Desèze pour les besoins de sa cause et on doit lui préférer celle donnée par Besenval lui-même dans ses Mémoires.

(2) Mémoires de Besenval, t. III, p. ^i 4.

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