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simple prise de possession, comme ne cessent de le répéter les détracteurs de la Révolution à la suite de Sabathier de Castres et de Rivarol. Ce fut une glorieuse action dont Paris et la France ont le droit d'être fiers.
L'installation de cette batterie en face des portes de la forteresse donna les importants résultats qu'en attendait Hulin, qui en avait eu la première idée et qui avait su la faire exécuter sous sa direction ; car ce fut ce qui décida le gouverneur de Launey à se rendre sans conditions. Les gardes-françaises, J.-B. Humbert et le lieutenant Louis de Flue sont d'accord sur ce point capital.
(( Le feu des ennemis, dit le Cousin Jacques, avait duré près de deux heures (i), lorsqu'on arbora le pavillon
(i) C'est-à-dire depuis l'arrivée des gardes-françaises à la Bastille. Or on a vu plus haut (p. ccxxiii, n. i) qu'ils étaient partis de la place de Grève entre deux et trois heures après-midi. Il leur fallut bien dix à quinze minutes pour arriver avec leurs canons dans les cours de la forteresse et engager la fusillade avec les assiégés. Par conséquent s'il fallait adopter les calculs du Cousin Jacques, le drapeau blanc n'aurait été arboré par les assiégés que vers cinq heures. Comme il s'écoula encore une demi-heure au moins, entre l'instant où ce signal fut fait et l'ouverture des portes de la forteresse la reddition aurait eu lieu vers cinq heures et demie. C'est un peu trop tard. D'après la copie d'Elie (p. ccxxix, n. i), la demande de capitulation écrite par M. de Launey était datée de cinq heures du soir. D'autre part, les rédacteurs de la Bastille dévoilée {2^ livraison, p. 128, n» i) ont fixé à quatre heures quarante minutes du soir le moment où la forteresse se rendit, mais sans donner la moindre preuve à l'appui de leur dire. Cependant cette date ne s'accorde pas avec les rares mentions chronologiques qui se trouvent dans le mémoire des Invalides. Ceux-ci disent que vers les quatre heures du soir le Gouverneur, vivement sollicité de se rendre par eux-mêmes, voulut faire sauter la forteresse. Comme il en fut empêché, il se concerta avec la garnison sur ce qu'on devait faire ; ensuite il fit arborer un drapeau blanc et battre la chamade sur les tours pendant un quart d'heure. Quand le tambour cessa de résonner, il devait être environ quatre heures et demie. Un quart d'heure après que le tambour etles invalides étaient descendus des tours, les assiégeants se seraient avancés à l'extrémité du pont de pierre. Peu de temps après on leur aurait présenté la demande de capitulation. Les Invalides ne disent pas quelle heure il était alors; mais il était sans doute près de cinq heures.
En résumé, il me semble qu'on ne doit pas accepter la date adoptée par les rédacteurs de la Bastille dévoilée; d'une part elle est trop précise et comme je l'ai dit plus haut fp. ccxxiii, n. i), on ne peut pas dans de pareilles circonstances obtenir un pareil degré de précision; d'autre part, elle ne concorde pas avec les documents et avec les récits les plus sûrs. Je crois qu'il faut mieux se borner à dire : Vers cinq heures, plutôt unpeu avant qu'après.
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blanc au haut de la tour de la Basinière, la première à gauche en entrant, du côté du midi. Le sieur Hulin avait eu la précaution de dire à six grenadiers de se porter sur les petits créneaux du pont-levis de la forteresse. Alors l'ennemi, voyant que le pavillon blanc, qu'il avait arboré, n'avait pas inspiré plus de confiance aux citoyens et aux soldats qui continuaient de faire feu, prit le parti de se présenter de l'autre côté du pont-levis et passa par les fentes un papier que l'éloignement empêchait de lire. Un particulier inconnu alla chercher une planche par le moyen de laquelle on parvint à rapprocher le papier. Ce malheureux, victime de son zèle, tomba dans le fossé et y perdit la vie. Dans cet instant, le sieur Maillard fils, dont le père est huissier à cheval au Châtelet de Paris, eut le courage de reprendre le papier et l'apporter entre les mains du sieur Hulin et des autres chefs qui y lurent ces mots conjointement avec tous les assiégeants qui purent y porter les yeux: « Nous avons vingt milliers de poudre et nous ferons sauter la garnison et vous aussi, si vous n'acceptez pas la capitulation (i).
(i) Il y a une variante insignifiante avec le texte officiel, tel que le donne le Proch-verbal des Electeurs, t. I, p. 574 : « M. Moreau de Saint-Méry, déclare qu'il a vu dans les mains de M. Elie le billet par lequel la garnison de la Bastille a annoncé la volonté de se rendre; que ce billet porte : « Nous avons vingt milliers de poudre; nous ferons sauter la garnison et tout le quartier, si vous ne Tacceptez. »
Dans la merveilleuse collection d'autographes de Benjamin Fillon se trouvait, écrite de la main d'Elie, une copie de ce billet. Il était ainsi conçu. « Nous avons vingt milliers de poudre; nous ferons sauter le quartier et la garnison, si vous n'acceptez pas la capitulation. De la Bastille à cinq heures du soir, 14 juillet 1789, signé de Launey. »
Au-dessous de la copie de ce billet, Elie avait écrit ces lignes : « Je certifie avoir reçu cette capitulation au dernier pont-levis, par un trou ovale du grand pont-levis, que j'ai fait passer une planche sur le fossé pour le recevoir et que j'ai donné ma parole d'honneur, foi d'officier, que je l'acceptais. » Catalogue de la collection Fillon, dressé par Etienne Charavay, t. I, p. 122, no 486.
Dans V Addition importante au Précis exact, p. 9, le Cousin Jacques donna une quatrième variante; il dit : « Le sieur Elie, ayant- appris qu'on était venu prier l'auteur d'écrire cette relation, est allé le trouver à son tour et lui a fait part des détails qui avaient échappé aux autres... 1° C'est le sieur Elie qui a reçu la capitulation, parce qu'il était le premier sur le
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« Cette menace n'eut point l'effet qu'on en attendait; les assiégeants fusillèrent le pont-levis; trois pièces de canon s'avancèrent et firent une décharge sur le pont (i). L'ennemi voyant qu'on voulait abattre le pont, fit baisser le pont-levis de passage, qui est sur la gauche de l'entrée de la forteresse. Malgré le nouveau danger, qui naissait de cette manœuvre de l'ennemi, les sieurs Elie, Hulin et Maillard sautèrent sur le petit pont et demandèrent à grands crisd'ouverture de la dernière porte. Les gardesfrançaises, conservant leur sang-froid au sein du péril, formèrent une barrière de l'autre côté du pont pour empêcher que la foule des assiégeants ne s'y précipitât. Cet acte de prudence dans la chaleur de l'action ne doit pas être passé sous silence ; car, sans cette précaution, des milliers de personnes auraient perdu la vie. Alors la porte s'ouvrit ; le sieur Elie entra le premier et les autres de
petit pont; il l'a encore et Ta fait voir à l'auteur; elle est conçue en ces termes : « Nous avons vingt milliers de poudre et nous ferons sauter la garnison et tout le quartier, si vous n'acceptez pas la capitulation. »
Il est évident qu'il faut donner la préférence à la copie écrite par Elie lui-même, car il y a tout lieu de la croire authentique.
(i) J.-B. Humbe'rt dit que l'on n'eut pas le temps de tirer le canon contre les portes; mais, sauf sur ce point de détail, sa relation s'accorde avec le Précis exact. « Il parut, dit-il, un papier par un trou ovale de la largeur de quelques pouces. On cessa de tirer. Un de nous se détacha et fut à la cuisine chercher une planche pour aller prendre le papier; on mit la planche sur le parapet ; beaucoup de personnes montèrent dessus pour faire contrepoids; un homme s'avança sur la planche; mais au moment qu'il allait saisir le papier, il fut tué d'un coup de fusil et tomba dans le fossé. Aussitôt une autre personne, qui portait un drapeau, quitta son drapeau et fut prendre le papier, dont on fit lecture à haute et intelligible voix. Le contenu de ce papier n'ayant pas satisfait, par la demande qu'il faisait d'une capitulation, on opina de tirer le canon; chacun se rangea pour laisser passer le boulet. A l'instant qu'on allait mettre le feu le petit pontlevis se baissa; à peine était-il baissé qu'il fut rempli; je n'y fus environ que le dixième. Nous trouvâmes fermée la porte de derrière du pont-levis; après environ deux minutes, un Invalide vint l'ouvrir et demanda ce qu'on voulait : Qu'on rendit la Bastille, lui répondis-je, ainsi que tout le monde. Alors il laissa entrer. Mon premier soin aussitôt fut de crier qu'on baissât le pont; ce qui fut fait. Alors j'entrai dans la grande cour, environ à peu près le huit ou le dixième. » Journée de J.-B. Humbcrt, p. 12.
Les rédacteurs de la Bastille dévoilée, disent qu'on tira deux coups de canon centre les portes, mais sans les endommager ; voyez plus haut, p. ccxxvi, n. I.
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suite, sans que personne éprouvât le moindre accident ( i ). » Ces témoignages des assiégeants sont absolument contraires à celui des Invalides, qui déclarent que la capitulation fut unanimement acceptée par la foule et que ce fut seulement à cette condition que la Bastille se rendit et ouvrit ses portes. Comme c'est une question très importante, voire même la plus importante de toutes celles que soulève cette affaire, je crois devoir mettre sous les yeux du lecteur les pièces du procès et je reproduis textuellement les passages du mémoire des Invalides, où sont exposées les circonstances qui amenèrent la reddition de la Bastille.
« Vers les quatre heures du soir, disent-ils, le Gouverneur vivement sollicité par les bas- officiers de rendre la Bastille, voyant lui-même qu'il ne pouvait plus longtemps en soutenir le siège, manquant de vivres, prit la mèche d'une des pièces de canon de la cour inférieure, pour mettre le feu aux poudres, qui étaient dans la tour de la Liberté, ce qui aurait immanquablement fait sauter une partie du faubourg Saint -Antoine et toutes les maisons voisines de la Bastille, si ces deux bas-officiers ne l'eussent empêché d'exécuter son dessein ; ils lui présentèrent la baïonnette et le firent retirer. Le nommé Ferrand repoussa de l'entrée de la Sainte-Barbe le Gouverneur, qui descendit alors à la tour de la Liberté, d'où il fut également repoussé par le nommé Bequard (2).
« C'est alors que M. de Launey demanda à la garnison le parti qu'il fallait prendre, qu'il n'en voyait pas d'autre
(i) Précis exact, p. 4 et 5.
(2) Les Invalides, toujours empressés à faire valoir leurs titres à la faveur populaire, prétendent que Ferrand et Béquard « sauvèrent la ville de Paris du plus grand des malheurs ». Ibidem , p. 104. Mais, après enquête, les rédacteurs de la Bistille dévoilée furent obligés d"avouer qu'il n'y avait rien à craindre. « M. de Launey, disaient -ils, depuis longtemps avait perdu la tête; son projet n'était que fol sans être à redouter. Il n'avait pas la clef des foudres ; elle était entre les mains d'un porte-clefs, qui n'était pas, à beaucoup près, disposé à la lui livrer. » [Ibidem, p. 109, en note.)