CCXXXII INTRODUCTION
que de se faire sauter plutôt que de s'exposer à être égorgé par le peuple, à la .fureur duquel on ne pouvait échapper, qu'il fallait remonter sur les tours, continuer de se battre et se faire sauter plutôt que de se rendre. Les soldats lui répondirent qu'il était impossible de se battre plus longtemps, qu'ils -se résignaient à tout plutôt que de faire périr un aussi grand nombre de citoyens, qu'il était plus à propos de faire monter le tambour sur les tours pour rappeler, d'arborer un drapeau blanc et de capituler. Le Gouverneur, n'ayant pas de drapeau, donna un mouchoir blanc. Les nommés Rouf et Roulard montèrent sur les tours, arborèrent le drapeau, firent trois fois le tour de la plate-forme avec le tambour qui rappelait, ce qui dura environ un quart d'heure ; le peuple faisait un feu continuel, sans faire attention au drapeau, ni au rappel.
(( Un quart d'heure après que les Invalides et le tambour furent descendus, les assiégeants voyant que l'on ne faisait plus feu d'aucun côté de la Bastille, s'avancèrent en faisant toujours des décharges jusqu'au pont de l'intérieur et en criant : abaissez le pont. L'officier suisse leur adressa la parole à travers un espèce de créneau, qui se trouvait auprès du pont-levis et leur demanda de sortir avec les honneurs de la guerre ; on lui répondit que non. Ledit officier écrivit la capitulation (i) et la passa par le
(i) « Cette capitulation était conçue en ces termes : « Nous avons vingt milliers de poudre, nous ferons sauter la garnison et tout le quartier, si vous ne l'acceptez. » On fut chercher une grande planche que l'on plaça sur le fossé et le nommé Réole, que nous avons déjà eu occasion de citer, la reçut et la remit au sieur Élie qui la lut à haute voix. Le sieur Elie leur a crié: Foi d'officier, nous l'acceptons; baissez vos ponts. Au même instant un particulier, dont on n'a pu nous dire le nom, a voulu également passer sur la planche et avec un bâton armé agrandir le trou par lequel on avait passé la capitulation; le pied lui glissa et il tomba dans le fossé grièvement blessé. Le petit pont-levis fut alors baissé; on le fixa en fermant les verrous et les assiégeants, presque tous bourgeois s'y portèrent en foule et le couvrirent en un instant. Ce ne fut que quelques minutes après que la porte fut ouverte et ce ne fut que quand ils furent entrés dans la Bastille que le grand pont fût baissé. » Extrait du mémoire du nommé Réole — Bastille dévoilée, 2^ livraison, p. 107, n" 2. — Réole entra i'un des premiers dans la Bastille avec Élie, Hulin, Tournay. Maillard, Humbert et autres. Ibidem, p. m, no i.