INTRODUCTION CCXXXV
seil, occupé à écrire un billet par lequel il marquait aux assiégeants qu'il avait vingt milliers de poudre dans la place et que si on ne voulait pas accepter de capitulation, il ferait sauter le fort, le garnison et les environs- Il me remit ce billet avec ordre de le faire passer. Je me permis dans ce moment de lui faire quelques représentations sur le peu de nécessité qu'il y avait encore dans ce moment d'en venir à cette extrémité. Je lui dis que la garnison et le fort n'avaient souffert encore aucun dommage, que les portes étaient encore entières et qu'on avait encore des moyens de se défendre ; car nous n'avions qu'un Invalide de tué et deux ou trois blessés. Il parut ne point goûter ma raison ; il fallut obéir.
(( Je fis passer le billet à travers les trous que j'avais fait percer précédemment dans le pont-levis. Un officier, ou du moins qui portait l'uniforme d'officier du régiment de la Reine, infanterie, s'étant fait apporter une planche pour pouvoir approcher des portes, fut celui à qui je remis le billet; mais il fut sans effet. On persista à crier : « Bas les Ponts! et Point de capitulation!
<( Je retournai vers le Gouverneur et lui rapportai ce qui en était, et tout de suite après je rejoignis ma troupe, que j'avais fait ranger à gauche de la porte. J'attendais le moment que le Gouverneur exécutât sa menace ; je fus très surpris le moment d'après de voir quatre Invalides approcher des portes, les ouvrir et baisser les ponts. La foule entra tout à coup. On nous désarma à l'instant et une garde fut donnée a chacun de nous (i). »
(i) Comme la version publiée par M. Fieffé présente des variantes intéressantes, j'en réimprime ci-dessous les passages correspondants à ceux qu'on vient de lire.
« Les gardes-françaises, ayant tout à coup conçu le projet d'enfoncer les portes, roulèrent leurs pièces dans la cour du Gouvernement et s'apprctèrentà les pointer. M. de Launey, qui vit ce mouvement du haut des tours, jugea que tout était perdu; il descendit aussitôt et, prenant la mèche d'une des pièces de canon, voulut meure le feu aux poudres, ce qui eut infailliblement fait sauter une partie du faubourg Saint-Antoine; mais deux sous-officiers l'en empêchèrent.
« Le tumulte allait augmentant sans cesse. Le Gouverneur fit immédia-
CCXXXVI INTRODUCTION
Il est donc certain que si Elie, qui reçut des mains de Maillard, le billet écrit par de Launey, accorda la capitulation demandée et donna sa parole d'officier^ la foule la rejeta aux cris de : Bas les ponts ! Point de capitulation. Les déclarations si formelles de Tofficier suisse, Louis de Flue, qui transmit cette demande du Gouverneur et reçut la réponse, ne laissent pas le moindre doute sur ce point capital. Elie, Hulin et ceux qui les entouraient immédiatement méritent les plus grands éloges pour avoir tout tenté afin de faire respecter cette capitulation qu'ils avaient jurée; cependant on doit les blâmer d'avoir cédé à un sentiment de colère en accusant plus tard la foule d'avoir violé cette capitulation ; car loin d^'accorder cette faveur aux assiégés, elle la leur avait hautement refusée et elle avait exigé une reddition pure et simple qu'elle avait obtenue.
tement rappeler par le tambour qu'il avait de lui. A ce signal, j'allai dans les chambres faire cesser le feu. M. de Launey demanda à la garnison le parti qu'elle désirait prendre ; il ajouta que quant à lui il n'en voyait pas d'autre que de remonter sur les tours, continuer à se baitre et à se faire sauter plutôt que de se rendre à une populace qui ne manquerait pas de tout égorger. Cependant la foule grossissait toujours, les canons étaient pointés; les cris : A bas les ponts devenaient plus menaçants. Comme si ce redoublement de fureur lui eut donné une inspiration subite, M. de' Launay entra dans la salle du Conseil et écrivit un billet par lequel il annonça aux assiégeants qu'il avait vingt milliers de poudre dans la place et que s'ils ne voulaient accepter aucune capitulation il ferait sauter le fort, la garnison et tout le quartier. Il me donna cet écrit à la hâte avec ordre de le faire passer, ce que je fis au moyen d'un de ces trous qu'on avait pratiqués dans le pont pour les fusils de rempart. Un individu s'avança sur une planche que l'on jeta sur le fossé, prit le papier et le remit à l'un des chefs des assiégeants, officier au régiment de la Reine. Celui-ci lut l'écrit à haute voix : « Fol d'officier^ nous acceptons, » s'écriat-il ; mais la foule n'eut qu'un cri : Point de capitulation. A bas les ponts! Je retournai vers le Gouverneur et l'informai de ce résultat; puis je rejoignis ma troupe, attendant avec résignation que M. de Launey tint parole et fit sauter la forteresse. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque je vis quatre Invalides approcher des ponts, les ouvrir et les baisser. Alors la foule se rua dans les cours; on nous désarma, on s'empara de nous. » Fietîé. Histoire des Troupes étrangères, t. I, p. 554. — En extrait dans Chassin. — Les Élections et les Cahiers de Paris, t. III, p. 5j6.