INTRODUCTION CCXXXVII
APRÈS LA REDDITION — PILLAGE DE LA BASTILLE — CONDUITE DES PRISONNIERS A l'hOTEL DE VILLE — MEURTRE DU MAR- QUIS DE LAUNEY ET DE FLESSELLES — ÉTAT DE PARIS DANS LA JOURNÉE DU I4 JUILLET — AGITATION DE LA SOIRÉE — PRÉPARATIFS DE DEFENSE.
La Bastille subit le sort commun aux forteresses qui se rendent à discrétion après une action qui a porté au paroxysme la fureur des assiégeants. Elle fut mise à sac ( i ). Mais cela ne suffit pas pour apaiser la colère des vainqueurs. « Tout le monde étant entré dans la grande cour de la forteresse, le sieur Maillard, qui connaissait le Gouverneur, commença par s'en saisir, en appelant au secours, parce qu'on baissait le grand pont-levis (2). Un grenadier, nommé Arné, accourut, s'emparant du Gouverneur avec le sieur Maillard, le mit entre les mains des sieurs Hulin et Elle. M. de Launey portait une canne à pomme d'or et à épée, dont il voulait se percer le sein, le sieur Arné la lui arracha. Le peuple s'obstinant à demander confusément la prompte mort du Gouverneur, les deux personnes, qui s'en étaient emparées, cherchèrent à la préserver de sa fureur. Ils le conduisirent dehors et
(i) a Le peuple, disent les Invalides, était tellement aveuglé qu'il se porta en foule dans le logement des officiers de Tétat-major, en brisa les meubles, les portes, les croisées. >> Bastille déuoUce, 2^ livraison, p. 109. — a On entra, dit Louis de Flue, dans tous les appartements, on saccagea tout, on s'empara des armes qui y étaient, on jeta par les fenêtres les papiers des archives et tout fut au pillage. » Revue rétrospective, p. 291.
On doit surtout regretter le pillage des archives, qui contenaient un grand nombre de documents précieux. Cfr. l'introduction de M. Frantz Funck- Brentano à l'inventaire des Archives de la Bastille, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, t. IX. Paris, 1892, 8°, p. XXIX et s.
(2) Cholat a revendiqué l'honneur d'avoir le premier porté la main sur le Gouverneur; mais sa relation me paraît moins sûre que le Précis exact et je me borne à donner en note l'extrait du récit de Cholat sur ce point secondaire ; car peu importe de savoir qui accomplit cet exploit facile ; d'ailleurs on trouve de plus dans ce passage des détails intéressants. « Le