‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 68 sur 110 · CCXXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CCXXXVIII INTRODUCTION

ramenèrent jusque sur la place de l'Hôtel de Ville, non sans partager les mauvais traitements qu'éprouvait leur prisonnier (i). On sait quel fut le sort de cet infortuné militaire, dont la fin tragique fit une sensation qui durera autant que le souvenir de cette action (2). »

sieur Cholat vole de suite à la salle du Conseil, qu'il connaissait ainsi que le Gouverneur. En approchant de cette salle et vis-à-vis d'un escalier à droite, il aperçut le Gouverneur ; il s'en saisit en présence de deux grenadiers, qui se trouvèrent en face de lui et d'un bourgeois, nommé Hulin, qui était à sa droite et un autre particulier qui était derrière lui. Le prenant à l'estomac, il lui dit : « Arrête, traître à la Patrie. » A quoi le Gouverneur répondit qu'il se trompait, ce qu'il répéta trois fois ; mais le sieur Cholat lui répliqua qu'il le connaissait bien ; ceux qui étaient auprès du sieur Cholat lui dirent de prendre garde de ne pas se tromper; il les assura qu'il ne se trompait pas, que ce Gouverneur devait le connaître. » Le sieur Cholat examinant si son prisonnier avait une épée, vit qu'il n'en avait point et qu'il tirait de la poche de sa culotte un poignard large de près de deuyX doigts, affilé des deux côtés et se le présentait pour se défaire. Il lui dit : « Vous n'aurez pas l'honneur de vous tuer. » Voulant lui arrêter le poignet, c'est dans ce moment que le sieur Cholat en reçut une légère blessure au troisième doigt de la main droite ; et ce n'est pas une canne à dard comme le prétendent nombre de personnes; il dit à un garde-française de lui ôter son poignard, ce qu'il fit. C'est lorsqu'il tenait à la gauche par le collet ce Gouverneur et que M. Hulin le tenait à la droite et d'autres bourgeois le tenaient derrière par son habit, qu'un bourgeois lui lança un coup d'épée à l'épaule droite, quoiqu'ils se fussent fortement opposés à ce qu'on le maltraitât. Ils le sortirent de la Bastille avec beaucoup de peine, au milieu de la foule du monde qui était survenu. Au premier pont le sieur Cholat tomba sur une charpente de la porte où il fallait passer, qui était au moins de deux pieds de haut et ne parvint à passer qu'à l'aide d'un particulier, qui le souleva par derrière et chacun s'entr'aida de même pour passer. Étant parvenu dans la cour des Invalides, sous la troisième croisée avant que d'être sous le passage, sortant dans la rue Saint-Antoine, on arracha à ce Gouverneur la bourse de ses cheveux, ce qui lui fit faire un cri perçant ; son chapeau resta sous le passage et tout le monde lui arrachait les cheveux et lui donnait des coups, dont le sieur Cholat en reçut une grande partie ; et s'il est parvenu, amsi que ceux qui le tenaient, à lui sauver la vie jusqu'à l'Hôtel de Ville, c'est en exposant la sienne; car le peuple tombait dessus en disant : « Coupons le cou à ce traître. » Le sieur Cholat a conduit ce Gouverneur une grande partie du chemin ; mais étant à jeun et les forces lui manquant et ne lui permettant pas d'aller jusqu'à THôtel de Ville, il dit à une autre personne de s'en saisir parce qu'il se trouvait mal. » Service fait par Cholat, p. 8 et s.

(i) Pitra fait un récit dramatique des outrages que le marquis de Launey subit pendant ce traiet et de la fin tragique de ce Gouverneur. Il dit tenir de Hulin certains détails, sinon tous. Néanmoins cette relation ne m'inspire pas grande confiance; elle est emphatique et contient un grand nombre d'erreurs.

(2) Précis exact, p. 5 et 6.

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