INTRODUCTION CCXLVII
qui glaçait d'effroi les spectateurs. Elle imprimait dan s leur esprit une idée de sauvagerie et de férocité et étouffait les émotions joyeuses qu'ils éprouvaient auparavant. Rigby et ses amis, ainsi que beaucoup^d'autres citoyens, choqués et dégoûtés par cette scène hideuse, quittèrent immédiatement la rue et rentrèrent chez eux (t).
La nuit approchait, mais la foule restait dans les rues, en proie à la plus vive agitation. Le bruit courait que la ville allait être attaquée par une armée formidable sous les ordres du comte d'Artois et du maréchal de Broglie. « Cette nuit du mardi 14 au mercredi 15 fut, dit le Cousin Jacques (2), la plus affreuse de toutes. On disait les ennemis aux portes de Paris ; les patrouilles furent doublées et même triplées. On fit allumer des lampions sur toutes les fenêtres des premiers étages et l'on avertit tout le monde de ne pas se coucher. Vers minuit des hommes répandus dans toutes les rues se mirent à crier d'une voix terrible et sépulcrale : Aux armes! aux armes! L'ennemi est da7îs les faubourgs! On. frappait à toutes les portes ; on entrait dans toutes les maisons ; on montait dans tous les appartements ; on faisait partir tous les hommes et en moins d'une demi-heure tout Paris fut sur pied. Le tocsin ne discontinua pas de sonner à l'Hôtel de Ville et dans toutes les paroisses. A ce son lugubre se joignait sans cesse le bruit effrayant des canons, dont on faisait à chaque instant des décharges.
« Toutes les rues étaient barricadées par des tranchées ; toutes les cours dépavées ; toutes les fenêtres ouvertes; tous les citoyens femmes, vieillards, enfants veillaient dans l'attente de l'ennemi, ayant à leurs côtés une énorme
(i) Ces quatre paragraphes ne sont qu'une paraphrase, aussi fidèle que possible, de la relation de Rigby.
(2) Histoire de France pendant trois mois, p. 96, et Courrier des Planètes, n» 67, icp septembre, p. 48. Voyez aussi Journal de Hardy, t. VIII, p. 590. — Procès- verbal des électeurs, t. I, p. 376-381. — Journal des Arquebusiers, p. II et 12.