CCXLVIII INTRODUCTION
provision de pierres et d'ustensiles de toute espèce pour en accabler les soldats, s'ils se présentaient dans la ville. Les jeunes filles, même les plus timides, avaient à la main des sabres, des épées, des broches et tout ce qu'elles avaient pu trouver d'armes défensives pour résister à l'ennemi, s'il fût venu dans les maisons. Car on s'attendait à tout sans pouvoir rien deviner. En un mot, il faut avoir été témoin de cette nuit d'horreur pour être en état d'en juger. Les tableaux les plus énergiques seraient encore infiniment au-dessous de la vérité.
« La plupart des Parisiens croyait qu'on voulait aller à Versailles et qu'on n'avait mis toute la ville sous les armes que pour prévenir des trahisons pendant que l'on serait occupé aux expéditions du dehors. Mais le lendemain matin on sut que toutes ces alarmes n'avaient été excitées que pour cause de sûreté; car après une journée comme celle du mardi il était urgent de redoubler de précautions et de rigueur pour porter les derniers coups à la cabale expirante. »
Ce projet de marche sur Versailles n'exista, à vrai dire, que dans la tête de quelques exaltés, Camille Desmoulins entre autres. Il l'expose dans la lettre qu'il écrivit à son père le i6 juillet. « Je montai la garde, dit-il (i), toute la nuit. Je rencontrai un détachement de hussards, sur les onze heures du soir^ qui entrait par la porte Saint- Jacques. Le gendarme qui nous commandait cria : Qiii vive! L'officier de hussards leur cria : France, la nation française; nous venons nous rendre, vous offrir nos secours. Comme on s^en défiait un peu, on leur dit de se désarmer d'abord et sur leur refus on les remercia de leurs services et il ne s'en serait pas échappé un seul, s'ils ne se fussent égosillés à crier : Vivent les Parisiens et le Tiers Etat! On les ramena jusqu'aux barrières, où nous leur souhaitâmes le bonsoir. Nous les avions pro-
(i) Œuvrcs'dc C. Desmculins, édition J. Claretie, t. II, p. Î34.