‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 79 sur 110 · INTRODUCTION CCI.IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CCI.IX

empressement naïf et franc, partout des acclamations et des bénédictions sur notre passage, des larmes, des cris : « Vive la Nation ! vive le Roi ! vive les Députés (i) / » A l'Hôtel de Ville, La Fayette, vice-président de l'Assemblée, dit que le roi avait été trompé, mais qu'il ne Tétait plus ; il donna ensuite lecture du discours que Louis XVI avait prononcé le matin et il demanda que l'on fît tout pour rétablir l'ordre et rendre à Paris le calme et la tranquillité. Moreau de Saint- Méry, second président de l'Assemblée des électeurs, lui répondit et le chargea de transmettre au roi l'expression de leur respect et de leur dévouement. Alors les électeurs nommèrent par acclamation Bailly maire de Paris, et La Fayette commandant général de la milice parisienne. Puis députés et électeurs, au milieu d'une foule immense, se rendirent à Notre-Dame, oii un Te Deum fut chanté par l'archevêque de Paris. Dans le rapport qu'il fit le lendemain à l'Assemblée, Mounier fut obligé de déclarer que partout, tant à l'Hôtel de Ville que dans les rues, le peuple demandait à grands cris l'éloignement des nouveaux ministres et le retour de Necker.

Les idées de la population parisienne étaient d'ailleurs bien connues. Pendant que la députation se rendait dans la capitale, Barnave avait proposé à l'Assemblée une motion tendant au renvoi des ministres, comme ne méritant pas la confiance du peuple et en étant absolument indignes. Il avait dit, entre autres choses, que les citoyens de Paris ne tarderaient pas sans doute à demander ce renvoi et qu'il fallait les prévenir ; car il était de la dignité de l'Assemblée de ne pas paraître se laisser entraîner par l'influence du peuple. Mirabeau appuya cette motion; mais Clermont-Tonnerre en fit renvoyer la discussion au lendemain. Il déclara que dans une aussi belle journée, il fallait laisser le roi dans la joie et goûter en silence le

(i) Mémoires de Bailly, t. II, p. 18.

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bonheur d'être roi d'une nation aussi fidèle. « A Dieu ne plaise, dit -il, que je veuille prendre la défense de pareils ministres ; à Dieu ne plaise que je veuille empêcher leur dénonciation ; mais dans un aussi beau jour, il n'est pas de la dignité de réassemblée de s'occuper d'un ministère aussi avili. )) L'Assemblée ne se contenta pas de cet avertissement. Le lendemain i6 juillet, Mirabeau lut un projet d'adresse au roi pour lui demander le renvoi des ministres dont les conseils avaient causé les malheurs de Paris et de la France. Barnave demanda qu'on y ajoutât le vœu du rappel de Necker. Mounier fit une timide tentative pour défendre les prérogatives du roi qui devait avoir le libre choix de ses ministres ; mais Mirabeau le réfuta sans peine et défendit victorieusement sa motion. Enfin Lally-ToUendal enleva l'assentiment de l'Assemblée en disant: « Messieurs, nous l'avons vu, nous l'avons entendu, dans les rues, dans les carrefours, sur les quais, sur les places, il n'y avait qu'un cri, le rappel de M. Necker. Tout ce peuple immense nous priait de redemander M. Necker au roi. Les prières d'un peuple sont des ordres ; il faut donc que nous demandions le rappel de M. Necker. » On allait passer au vote sur le projet d'adresse présenté par Mirabeau, quand on vint annoncer à l'Assemblée le renvoi de tous les ministres et le rappel de Necker.

Le 1 6 juillet, à la première heure, Louis XVI tint un grand conseil, où se trouvèrent, avec tous les ministres, la reine et les frères du roi. Il ne s'agissait de rien moins que d'examiner si Louis XVI, avec toute la famille royale et ses principaux courtisans, se retirerait à Metz, sous la protection de l'armée pour y rassembler ses fidèles, tenter d'en imposer à l'Assemblée et en cas d'échec entreprendre d'arracher à main armée son royaume à la Révolution. S'il fallait en croire M""^ Campan, Marie- Antoinette, toujours portée aux résolutions extrêmes, avait adopté ce parti et l'avait fait agréer par son mari ;

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elle avait même donné à cette femme de chambre l'ordre de préparer ses bijoux et elle aurait brûlé avec elle une grande quantité de papiers (i). On sait combien suspectes sont les affirmations, même les plus solennelles, de M"'^ Campan ; mais cette fois il semble qu'elle a dit vrai ; car son témoignage est confirmé par ceux du duc des Cars et de Fersen.

Dans la nuit du 15 au 1 6 juillet, sur les trois ou quatre heures du matin, le duc des Cars fut réveillé et mandé en toute hâte chez le duc de La Vauguyon, qu'il trouva en conférence avec le baron de Breteuil ; ces deux ministres étaient, dit-il, « consternés et morts de fatigue comme de chagrin ».

Ils confièrent à leur ami qu'ils sortaient de chez le roi et qu'ils l'avaient laissé disposé à partir pour Metz dans la journée, si le maréchal de Broglie se chargeait d'y conduire la famille royale. Comme ils ne doutaient pas que ce maréchal ne s'en chargeât, ils avaient proposé de l'envoyer appeler, mais le roi n'avait pas voulu qu'on le réveillât avant six heures du matin. A cette heure-là, tous les ministres se réuniraient chez le roi pour convenir du moment du départ. En attendant, le duc des Cars devait se préparera suivre le roi. « Revenez ici, lui dit le duc de la Vauguyon. Nous aurons vu le roi et le maréchal ; je vous indiquerai l'heure du départ. » Mais à huit heures du matin, les deux ministres lui dirent : « Il n'y a point de départ ; le maréchal n'a pas seulement hésité, il a refusé de se charger de la conduite à Metz. » — « Je sais, ajoute le duc des Cars, que les partisans du maréchal ont nié ce refus ; et en émigration M. de Broglie s'est plaint que le roi n'ait pas voulu qu'il le conduisît à Metz. Je conçois qu'il n'y avait pas à se vanter en avouant le refus ; mais qu'y a-t-il à opposer au récit que je viens de faire au rapport de ces deux mi-

(ï) Mémoires de M^e Campan, t. II, p. 52, 5?.

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