CCLXII INTRODUCTION
nistres ( i ) ? » Il n'y a pas même à hésiter entre les déclarations du maréchal de Broglie et celles de ses deux collègues Breteuil et La Vauguyon ; car ces derniers peuvent se recommander de l'autorité de Louis XVI lui-même. Le 14 février 1792 il disait à Fersen : « Je sais que j'ai manqué le moment; c'était le 14 juillet. Il fallait alors s'en aller et je le voulais ; mais comment faire, quand Monsieur lui-même me priait de ne pas partir et que le maréchal de Broglie, qui commandait, me répondait : Oui^ nous pouvons aller à Met^ ; mais que ferons-nous, quand nous y serons? J'ai manqué le moment et depuis je ne l'ai pas retrouvé. J'ai été abandonné de tout le monde (2). »
Obligé de rester à Versailles malgré lui, puisqu'il était abandonné même par le chef de son armée, par ce maréchal incapable en qui il avait si mal placé sa confiance, le malheureux Louis XVI dut se résigner et se soumettre, se séparer de Breteuil et rappeler Necker. C'en était trop. Le pauvre roi n'eut pas le courage de rédiger luimême la lettre qu'il lui fallait écrire à l'orgueilleux genevois, dont il allait avoir à subir l'odieuse présence et l'importun concours. Il se borna à copier la minute rédigée par le comte de Provence, dont on y reconnaît la précoce habileté (3) . C'était de beaucoup le plus intelligent des trois frères. Tout aussi hostile à la Révolution que son aîné et que son cadet, il avait su cacher ses véritables sentiments et ne pas se compromettre. Il put donc tranquillement rester en France. Mais le comte d'Artois, qui s'était follement mis à la tête du parti aristocratique, fut obligé de reconnaître qu'il était pour lui de la plus élémentaire prudence de quitter le royaume. Il partit furtivement avec ses fils dans la nuit du 16 au
{i; Mémoires du duc des Cars, t. II, p. 80 et s.
(2} Journal de Fersen dans le Comte de Fersen et la Cour de France, par M. de Klinckowstrom. Paris, 1878, in-80, t. II, p. 6. (3) Musée des Archives nationales, n» 1108.